- Le robot Perseverance a détecté sous le cratère Jezero un ancien delta fluvial enterré à plus de 35 mètres de profondeur, datant de 3,7 à 4,2 milliards d’années, grâce au radar RIMFAX embarqué.
- Les structures découvertes montrent plusieurs épisodes d’érosion et de dépôts, ainsi que la présence de carbonates de magnésium, indices d’une interaction prolongée entre l’eau et les roches martiennes.
- Cette découverte enrichit la compréhension de l’habitabilité ancienne de Mars et renforce l’intérêt scientifique du site pour la recherche de traces de vie passée sur la planète rouge.
Concrètement en France
- La France participe activement à l’exploration de Mars via le CNES et l’Agence spatiale européenne, qui contribuent à des instruments embarqués sur les missions martiennes.
- Un instrument français, la SuperCam, équipe le rover Perseverance et fournit des analyses de roches depuis le cratère Jezero.
- Les échantillons prélevés par Perseverance ne sont pas encore revenus sur Terre, et le calendrier de leur rapatriement reste incertain.
- Pour le lecteur français, ces travaux confirment surtout que Mars a connu de l’eau liquide durablement, sans démontrer l’existence d’une vie passée.
Les repères
- La NASA découvre un réseau de rivières souterraines enfoui à plus de 35 mètres sous le cratère Jezero sur Mars, datant de 3,7 à 4,2 milliards d’années
- Le robot Perseverance, équipé du radar RIMFAX, a détecté des structures deltaïques et fluviales qui indiquent plusieurs épisodes anciens d’activité de l’eau
- Ces couches géologiques sont plus anciennes que le delta visible en surface et suggèrent que les conditions favorables à une éventuelle vie ancienne ont duré plus longtemps que prévu
- L’étude dirigée par Emily Cardarelli de l’université de Californie à Los Angeles a été publiée dans la revue Science Advances
- 2020 : Lancement du rover Perseverance
- février 2021 : Atterrissage de Perseverance sur le cratère Jezero
- septembre 2023 à février 2024 : Mesures effectuées par RIMFAX durant 78 déplacements du robot sur environ 6,1 kilomètres
- 20 mars 2026 : Publication des résultats par le journal Infobae
Sur Mars, sous les poussières du cratère Jezero, des reliefs anciens révèlent un passé où l’eau a longtemps façonné le paysage.
Le journal en ligne argentin Infobae, dans un article publié le 20 mars 2026, rapporte les résultats d’une étude consacrée aux sous-sols du cratère Jezero. Les données recueillies par le robot Perseverance de la NASA suggèrent qu’un ancien environnement fluvial, enfoui à plus de 35 mètres de profondeur, aurait existé sur la planète rouge bien avant les formations déjà connues.
Un ancien delta caché sous le cratère Jezero
Le cratère Jezero se situe au nord de l’équateur martien. Il mesure environ 45 kilomètres de diamètre et constitue l’un des sites les plus étudiés par la NASA. Perseverance y a atterri en février 2021, après son lancement en 2020, avec une mission précise : rechercher des indices d’une éventuelle vie ancienne et prélever des échantillons de roches.
Les scientifiques ont repéré sous la surface des couches sédimentaires inclinées. Ces structures, appelées clinoformes, se forment lorsqu’un cours d’eau débouche dans une étendue d’eau calme, comme un lac. Le courant y dépose progressivement du sable, de la boue et d’autres particules, qui s’accumulent en strates.
Les structures repérées sous Jezero correspondent à des dépôts fluviaux et deltaïques recouverts par les paysages martiens plus récents.
Cette configuration indique qu’un réseau de cours d’eau alimentait autrefois une masse d’eau dans cette région. L’étude évoquée par Infobae estime l’âge de ce delta enfoui entre 3,7 et 4,2 milliards d’années. Il serait donc plus ancien que le delta en éventail visible à la surface du cratère, souvent désigné comme le delta occidental.
Un radar capable de sonder les profondeurs martiennes
Pour établir cette carte souterraine, les équipes ont utilisé RIMFAX, un radar embarqué sur Perseverance. Cet instrument envoie des ondes vers le sol et analyse leur retour afin de différencier les couches présentes sous la surface.
Les mesures ont été obtenues durant 78 déplacements du robot, entre septembre 2023 et février 2024. Le parcours étudié représente environ 6,1 kilomètres. Les chercheurs ont combiné les données du radar, les informations satellitaires et les relevés de position de Perseverance pour reconstituer les structures en trois dimensions.
- Le radar a sondé le sous-sol à plus de 35 mètres.
- Cette profondeur représente près du double de celle atteinte lors de précédentes recherches radar sur Mars.
- Les couches observées présentent des traces d’érosion et de dépôts successifs.
- Le paysage enfoui paraît avoir conservé une partie de son organisation géologique ancienne.
L’équipe dirigée par Emily Cardarelli, de l’université de Californie à Los Angeles, a traité ces signaux afin d’identifier les limites et l’inclinaison des dépôts. Les résultats ont été publiés dans la revue scientifique Science Advances.
Des traces de plusieurs épisodes liés à l’eau
Les données ne décrivent pas seulement un ancien bras de rivière isolé. Elles montrent une superposition de couches, compatible avec plusieurs épisodes d’érosion puis de dépôt. Autrement dit, l’eau aurait modifié ce secteur à différentes périodes de l’histoire de Jezero.
Selon l’étude, les réflecteurs enregistrés par le radar sont « compatibles avec des structures fluviales enterrées et des strates deltaïques, qui ont connu plusieurs épisodes d’érosion et de dépôt ». Cette formulation ne prouve pas l’existence passée d’organismes vivants. Elle renforce en revanche l’idée que les conditions nécessaires à une habitabilité ancienne ont pu durer plus longtemps que prévu.
« RIMFAX a révélé un environnement deltaïque souterrain antérieur sous le delta actuel, repoussant encore plus loin dans le temps la période de possible habitabilité de Jezero », a indiqué l’équipe dirigée par Emily Cardarelli.
Les carbonates, une pièce importante du dossier
Une zone baptisée « unité de la marge » retient particulièrement l’attention des scientifiques. Elle se trouve près de l’entrée fluviale du cratère et contient des carbonates, notamment du carbonate de magnésium.
Sur Terre, les carbonates peuvent se former dans des milieux aqueux relativement stables, tels que les lacs ou les mers peu profondes. Leur présence sur Mars ne signifie pas automatiquement que la vie y existait. Elle fournit tout de même un indice majeur : l’eau et les roches ont interagi pendant une période suffisamment longue pour laisser une signature minérale identifiable.
Les chercheurs cités dans l’étude rappellent que la surface martienne a jadis abrité de l’eau liquide et un climat plus chaud que celui observé actuellement. Les dépôts carbonatés constituent une archive de cette interaction entre l’eau et le sous-sol.
Pourquoi ce site intéresse la recherche de vie ancienne
Les anciens deltas sont des secteurs recherchés dans la quête de traces biologiques. Sur Terre, les sédiments fins déposés au fond d’un lac peuvent emprisonner et conserver des éléments chimiques, des minéraux ou des traces d’activité microbienne. Sur Mars, le même mécanisme pourrait avoir protégé des indices très anciens sous des couches de terrain.
Le cratère Jezero rassemble plusieurs caractéristiques favorables à cette recherche :
Le résultat le plus marquant concerne donc la chronologie. Les conditions compatibles avec de l’eau liquide dans la région ne se limiteraient pas à la phase qui a formé le delta visible. Elles remonteraient à une période antérieure, comprise dans le Noachien, une ère très ancienne de Mars située entre environ 4,2 et 3,7 milliards d’années.
Ce que cette recherche signifie pour la France
La France ne dispose pas de robot sur Mars équivalent à Perseverance. Elle participe néanmoins à l’effort spatial européen par l’intermédiaire du Centre national d’études spatiales, le CNES, et de l’Agence spatiale européenne. Les missions vers Mars reposent sur des coopérations internationales, notamment pour les instruments scientifiques, les communications et l’analyse des données.
Pour les laboratoires français travaillant sur les planètes, les sols martiens ou les météorites, les informations recueillies à Jezero enrichissent le cadre géologique dans lequel seront interprétés de futurs échantillons. La NASA prévoit en effet de rapporter sur Terre, si les conditions techniques et budgétaires le permettent, les prélèvements réalisés par Perseverance. Leur étude en laboratoire offrirait des analyses impossibles à mener directement à la surface de Mars.
Une piste solide, pas une preuve de vie
Le terme « habitabilité » désigne la capacité d’un milieu à réunir des conditions favorables à la vie, notamment la présence d’eau liquide, d’éléments chimiques et d’une source d’énergie. Il ne faut pas le confondre avec la preuve qu’une vie a réellement existé.
Les structures repérées sous Jezero permettent surtout de mieux comprendre le passé climatique de Mars. Elles montrent que la planète a connu des paysages fluviaux plus complexes et plus anciens que les reliefs visibles aujourd’hui. Sous les couches poussiéreuses du cratère, ce delta enfoui pourrait ainsi conserver une partie de l’histoire des périodes les plus propices à une vie martienne ancienne.


