- Joël Lapointe prépare un camping en parcourant Google Maps et remarque une formation circulaire inhabituellement régulière dans la Côte-Nord québécoise, qu’il signale aux scientifiques.
- Une équipe de géologues menée par Gordon Osinski découvre sur le terrain des cônes de percussion dans la roche, confirmant qu’il s’agit d’un cratère d’impact datant de 390 millions d’années, nommé Uhackatik.
- Le cratère de 25 kilomètres de diamètre est le plus grand découvert depuis celui de Hiawatha en 2018 et montre comment une technologie quotidienne peut révéler des structures géologiques cachées depuis des centaines de millions d’années.
Concrètement en France
- La France possède elle aussi des cratères d’impact anciens identifiés sur son territoire, souvent très érodés et invisibles au sol sans analyse géologique.
- Un amateur français qui repère une structure suspecte sur une image satellite peut la signaler à des laboratoires universitaires de géologie ou à des sociétés savantes, comme ce fut le cas au Québec.
- La confirmation d’un cratère repose sur des indices dans la roche, pas sur la seule forme visible sur une carte, ce qui explique la prudence initiale des chercheurs.
- En France, prospecter ou prélever des roches n’est pas libre partout, notamment dans les espaces protégés ou sur des terrains privés, où une autorisation est nécessaire.
Les repères
- Un astronome amateur québécois, Joël Lapointe, a découvert un immense cercle régulier sur Google Maps en préparant un voyage de camping
- Des chercheurs ont confirmé que ce cercle de 25 kilomètres de diamètre correspond aux traces d’un cratère d’impact vieux d’environ 390 millions d’années
- L’équipe a trouvé la preuve décisive sur place : des cônes de percussion (shatter cones) dans les affleurements rocheux, structures qui ne se forment que sous l’onde de choc d’un impact
- Le cratère, appelé Uhackatik, situé près du lac Marsal sur la Côte-Nord au Québec, est l’un des plus grands cratères d’impact identifiés ces dernières années
- 2024 : Joël Lapointe observe le cercle sur des images satellites en préparant son voyage
- Octobre 2025 : L’équipe menée par Gordon Osinski se rend sur le site en hydravion et découvre les cônes de percussion
- 15 septembre 2026 : La NASA Earth Observatory publie un article consacré à cette découverte
Il cherchait seulement un endroit où planter sa tente. En parcourant les images satellites d’une région sauvage du Québec, Joël Lapointe remarque pourtant quelque chose d’étrange : un immense cercle dessiné dans le paysage, suffisamment régulier pour attirer l’œil de cet astronome amateur. Une intuition qui aurait facilement pu rester sans lendemain.
Le cercle était pourtant bien réel. Des chercheurs ont depuis confirmé que cette structure perdue dans la végétation de la Côte-Nord correspond aux traces d’un gigantesque impact survenu il y a environ 390 millions d’années. Le cratère, aujourd’hui fortement érodé, mesurerait près de 25 kilomètres de diamètre.
Ce qui devait être la préparation banale d’un séjour en camping s’est donc transformé en découverte géologique majeure. Et le plus étonnant reste peut-être que cette cicatrice gigantesque était restée là, sous nos yeux, pendant des centaines de millions d’années.
Un simple cercle aperçu sur une carte change tout
L’histoire commence en 2024. Joël Lapointe prépare un voyage dans la région reculée de la Côte-Nord, au Québec, lorsqu’il observe les environs du lac Marsal sur des images satellites. Une forme circulaire dans le relief retient son attention.
Pour n’importe quel autre utilisateur, il aurait pu s’agir d’une montagne, d’une ancienne structure volcanique ou simplement d’une coïncidence géologique. Lapointe, passionné d’astronomie, envisage une autre possibilité : et si cette immense forme avait été créée par l’impact d’un objet venu de l’espace ?
Il décide de transmettre son observation à des spécialistes. Le signalement finit par intéresser plusieurs chercheurs, même si l’hypothèse d’un impact ne fait pas immédiatement l’unanimité.
Le géologue planétaire Gordon Osinski, de la Western University au Canada, reconnaît lui-même avoir été initialement sceptique. La région avait déjà été étudiée et certaines roches avaient auparavant été interprétées comme les traces d’une ancienne activité volcanique. Une explication parfaitement crédible.
Une équipe décide malgré tout de vérifier sur place.
La NASA Earth Observatory, qui a consacré le 15 septembre 2026 une publication à cette découverte, raconte aujourd’hui comment cette observation faite devant un écran a finalement conduit les scientifiques jusqu’à l’un des plus grands cratères d’impact identifiés ces dernières années.
Les chercheurs trouvent la preuve directement dans la roche
Atteindre la zone n’avait rien d’une promenade. En octobre 2025, l’équipe menée par Gordon Osinski rejoint le site en hydravion. L’appareil ne peut même pas atteindre directement la rive : les chercheurs doivent parcourir une cinquantaine de mètres dans l’eau avec leur matériel avant de commencer leurs observations.
Sur place, le terrain est marécageux, couvert d’une végétation particulièrement dense et difficile à traverser.
Les premières heures ne suffisent pas à résoudre l’énigme. Puis les géologues découvrent dans plusieurs affleurements rocheux des structures très particulières : des cônes de percussion, également appelés shatter cones.
Ces marques ne se forment pas sous une pression ordinaire. Elles apparaissent lorsque les roches subissent l’onde de choc extrêmement puissante produite lors d’un impact.
Pour Gordon Osinski, il s’agit de l’un des indices les plus solides que l’on puisse observer directement sur le terrain pour identifier un cratère d’impact.
Les chercheurs disposent alors de ce qu’ils étaient venus chercher.
La gigantesque formation circulaire observée depuis l’espace n’est pas simplement un relief inhabituel. Selon l’équipe, elle correspond bien à une structure créée lors de la collision d’un objet cosmique avec notre planète. L’analyse des roches permet de situer l’événement autour de 390 millions d’années, bien avant l’apparition des dinosaures.
Un cratère de 25 kilomètres resté presque invisible
La structure, appelée Uhackatik, atteint environ 25 kilomètres de diamètre. À une telle échelle, on pourrait imaginer qu’un cratère soit immédiatement reconnaissable.
Après près de 400 millions d’années d’érosion, de transformations géologiques et de végétation, son apparence n’a pourtant plus grand-chose à voir avec les cratères parfaitement circulaires que l’on observe sur la Lune.
Vu depuis le sol, impossible de prendre suffisamment de recul pour comprendre immédiatement la forme générale du paysage. Les images satellites ont justement offert cette perspective.
C’est ce qui rend l’histoire si particulière : une technologie consultée quotidiennement par des millions de personnes pour préparer un trajet ou regarder une destination a permis de remarquer une structure géologique vieille de plusieurs centaines de millions d’années.
La Terre compte seulement autour de 200 structures d’impact confirmées, alors que les géologues pensent que beaucoup d’autres restent encore à identifier. Les traces les plus anciennes peuvent disparaître sous l’effet de l’érosion, de la tectonique, des sédiments ou de la végétation.
Le Québec constitue justement un terrain particulièrement intéressant pour les spécialistes. Son socle rocheux très ancien a conservé plusieurs traces de collisions cosmiques survenues à différentes périodes de l’histoire terrestre.
Uhackatik serait également le plus grand cratère d’impact découvert depuis la structure de Hiawatha, au Groenland, identifiée en 2018 et large d’environ 31 kilomètres.
Si un tel objet tombait aujourd’hui, les dégâts seraient immenses
Un diamètre de 25 kilomètres permet aussi de mesurer indirectement la violence de ce qui s’est produit à cet endroit.
Le cratère actuel est évidemment beaucoup plus grand que l’objet qui l’a provoqué. Lors d’une collision à très grande vitesse, l’énergie libérée comprime, fracture, chauffe et projette d’énormes quantités de roche en quelques instants.
Selon Gordon Osinski, un événement comparable se produisant aujourd’hui au Québec provoquerait une dévastation à l’échelle régionale, suffisamment importante pour détruire de grandes villes, avec des conséquences susceptibles d’affecter également le climat mondial.
Aucune population humaine n’était là pour assister à celui d’Uhackatik. Il y a 390 millions d’années, la Terre se trouvait au Dévonien. Les premiers grands écosystèmes forestiers commençaient à se développer et la vie terrestre était très différente de celle que nous connaissons.
L’impact a laissé une marque suffisamment profonde pour survivre à presque quatre dixièmes de milliard d’années d’histoire terrestre.
La structure doit encore suivre le processus de reconnaissance formelle auprès des spécialistes internationaux des cratères d’impact, mais l’équipe scientifique considère son origine comme pratiquement confirmée grâce aux observations réalisées sur le terrain.
L’histoire rappelle surtout à quel point certaines découvertes scientifiques peuvent commencer de manière improbable. Pas dans un immense laboratoire, ni grâce à un télescope spatial de plusieurs milliards d’euros, mais devant une carte satellite consultée pour préparer quelques jours de camping.
Joël Lapointe voulait simplement savoir où installer sa tente.
Il avait en réalité posé les yeux sur la cicatrice d’une collision cosmique vieille de 390 millions d’années.


