- Le volcan grec de Methana n’a connu aucune éruption depuis environ 2 250 ans, mais une étude internationale montre que du magma s’accumule continuellement dans ses profondeurs.
- En datant plus de 1 250 cristaux de zircon sur 700 000 ans d’histoire volcanique, les chercheurs de l’École polytechnique fédérale de Zurich ont reconstitué l’activité souterraine du système.
- La subduction tectonique crée un magma très riche en eau, plus visqueux et difficile à remonter, ce qui explique pourquoi certains volcans restent silencieux malgré une production magmatique continue.
Concrètement en France
- La France métropolitaine compte aussi des volcans considérés comme endormis plutôt qu’éteints, notamment en Auvergne, où l’absence d’éruption depuis des millénaires ne signifie pas la disparition du système.
- Les territoires français d’outre-mer, en particulier les Antilles et La Réunion, abritent des volcans actifs surveillés en permanence par des observatoires volcanologiques.
- La surveillance volcanique en France repose sur des réseaux de capteurs mesurant la sismicité, les déformations du sol et les émissions de gaz, avec des niveaux d’alerte pouvant déclencher des mesures préfectorales.
- À retenir : ce type d’étude affine la compréhension des réservoirs de magma en profondeur, sans permettre pour autant de prédire une éruption à une date donnée.
Les repères
- La péninsule de Methana, en Grèce près d’Athènes, n’a pas connu d’éruption depuis plus de 100 000 ans mais accumule du magma en profondeur
- Une équipe dirigée par l’École polytechnique fédérale de Zurich a daté plus de 1 250 cristaux de zircon pour reconstituer 700 000 ans d’histoire volcanique du volcan
- Le magma riche en eau, produit par la subduction tectonique, cristallise facilement et reste piégé en profondeur sans remonter vers la surface
- L’étude documente au moins 31 éruptions passées, dont trois événements explosifs marquants, démentant l’idée qu’un volcan sans éruption depuis des millénaires serait éteint
- environ 700 000 ans : début de la période d’histoire volcanique documentée par l’étude
- environ 2 250 ans : dernière éruption connue, mentionnée par l’historien grec Strabon
- 30 avril 2026 : publication de l’article rapportant les résultats de l’étude par le média Infobae
En Grèce, à une cinquantaine de kilomètres d’Athènes, le calme apparent de la péninsule de Methana cache une activité souterraine suivie de près.
Publié le 30 avril 2026, un article du média en ligne argentin Infobae rapporte les résultats d’une étude internationale sur ce volcan grec. Les chercheurs montrent que l’absence d’éruption pendant une très longue période ne signifie pas que les profondeurs sont restées inactives.
Un volcan silencieux, mais pas éteint
La péninsule de Methana se situe dans le golfe Saronique, au sud-ouest d’Athènes. Elle appartient à l’arc volcanique grec, une zone marquée par les mouvements des plaques tectoniques. Son paysage peut donner l’impression d’un système volcanique ancien et immobile. Les travaux scientifiques cités par Infobae racontent une histoire bien différente.
Pendant plus de 100 000 ans sans éruption connue, du magma aurait continué à se former sous Methana. Il ne serait pas remonté jusqu’à la surface. Il se serait accumulé en profondeur, dans les zones où les roches fondues refroidissent et se transforment progressivement.
À Methana, une longue période sans lave ni explosion visible a coïncidé avec une production continue de magma dans les profondeurs.
Cette observation remet en cause une idée souvent répandue : un volcan privé d’éruption durant des millénaires ne peut pas automatiquement être considéré comme définitivement éteint. L’étude retrace au moins 700 000 ans d’histoire volcanique et mentionne plus de 31 éruptions, dont trois événements explosifs marquants.
La dernière éruption connue du volcan remonterait à environ 2 250 ans. Elle a été évoquée par l’historien grec Strabon. Cela ne permet pas, à lui seul, de déterminer le comportement futur du système volcanique, mais ce passé montre que Methana a connu plusieurs phases d’activité au fil du temps.
Les cristaux de zircon, archives des profondeurs
Pour comprendre ce qui s’est produit loin sous la surface, l’équipe dirigée par l’École polytechnique fédérale de Zurich s’est appuyée sur des cristaux de zircon. Ces minéraux très résistants se forment dans les environnements magmatiques et peuvent conserver des informations sur leur âge et leur composition.
Les scientifiques ont daté plus de 1 250 cristaux issus de l’histoire du volcan. Le professeur Olivier Bachmann, du groupe de volcanologie et de pétrologie magmatique de l’École polytechnique fédérale de Zurich, compare ces éléments à de petites boîtes noires géologiques.
« En datant plus de 1 250 d’entre eux sur 700 000 ans d’histoire volcanique, nous avons reconstruit la vie interne du volcan avec une précision et une puissance statistique qui n’existaient pas auparavant », a expliqué Olivier Bachmann.
Le zircon agit ainsi comme une horloge minérale. Lorsqu’il se forme dans une chambre magmatique, il enregistre une partie des conditions régnant autour de lui. L’étude de nombreux cristaux permet de reconstituer les périodes durant lesquelles le magma se renouvelait, cristallisait ou stagnait sous terre.
Pourquoi le magma ne remonte pas
Les chercheurs relient cette situation à la subduction tectonique sous la péninsule. Ce phénomène survient lorsqu’une plaque terrestre glisse sous une autre. Elle entraîne alors vers les profondeurs de l’eau et des sédiments marins.
Cette eau modifie les conditions de formation du magma. À Methana, le magma produit serait particulièrement riche en eau. Il peut alors cristalliser plus facilement dans les profondeurs et devenir plus visqueux. Sa remontée vers la surface devient plus difficile.
- La subduction apporte de l’eau et des sédiments dans les profondeurs.
- Cette présence favorise la production d’un magma riche en eau.
- Le magma cristallise davantage et circule moins facilement.
- Il peut donc s’accumuler sans provoquer immédiatement une éruption.
Răzvan-Gabriel Popa, volcanologue et auteur principal de l’étude, estime que beaucoup de volcans situés dans des zones de subduction pourraient être alimentés de manière périodique par ce type de magma très humide. Selon lui, ce mécanisme n’est pas encore pleinement pris en compte par la communauté scientifique.
Une surveillance à maintenir sur les volcans calmes
Les auteurs appellent à revoir la manière dont les volcans longtemps silencieux sont évalués. Certains critères utilisent une durée d’environ 10 000 ans sans activité pour qualifier un volcan d’éteint. Le cas de Methana suggère que cette seule durée ne suffit pas toujours à évaluer ce qui se déroule sous la surface.
« Une période prolongée de silence volcanique ne signifie pas l’extinction, elle peut être le signe d’une accumulation d’énergie pour une réactivation future », a averti Olivier Bachmann.
Cette prudence ne signifie pas qu’une éruption est imminente à Methana. L’étude met plutôt en lumière une limite : l’absence de signes visibles ne renseigne pas nécessairement sur l’état des réservoirs magmatiques profonds. Une évaluation fiable doit croiser plusieurs indices.
Les chercheurs cités recommandent notamment de suivre :
- les émissions de gaz volcanique ;
- les déformations lentes du sol ;
- les petits séismes localisés sous l’édifice ;
- les données géophysiques capables d’imager les structures profondes.
La situation en France
En France, la surveillance des volcans actifs concerne surtout les territoires ultramarins. Les observatoires volcanologiques et sismologiques suivent notamment la Soufrière de Guadeloupe, la montagne Pelée en Martinique, le Piton de la Fournaise à La Réunion et l’activité sismo-volcanique autour de Mayotte.
Ces dispositifs s’appuient sur des réseaux de sismomètres, des mesures des gaz, des instruments qui détectent les déformations du sol et des observations de terrain. Leur rôle consiste à repérer les changements inhabituels et à informer les autorités compétentes sur l’évolution d’un système volcanique.
La France métropolitaine possède aussi des zones volcaniques anciennes, notamment en Auvergne. Elles ne présentent pas le même contexte tectonique actif que Methana. La comparaison a donc ses limites, mais l’étude grecque rappelle une réalité utile : l’histoire géologique d’un volcan et l’observation de ses profondeurs comptent autant que son apparence en surface.
Ce que change cette étude pour l’évaluation du risque
Le magma n’est pas un liquide uniforme. Sa température, sa teneur en eau, sa viscosité et les cristaux qu’il contient influencent fortement sa capacité à se déplacer. Un magma très visqueux peut rester bloqué longtemps. S’il remonte un jour, la présence de gaz et d’eau peut aussi jouer sur le type d’éruption.
Pour les régions proches de volcans silencieux, l’enjeu est donc de ne pas confondre absence d’éruption et absence totale d’activité. L’étude consacrée à Methana invite les organismes chargés du risque volcanique, en Grèce comme dans d’autres pays volcaniques, à intégrer les signaux discrets qui viennent des profondeurs.


