- Vinod Khosla ne prédit pas la disparition de toute activité humaine. Il imagine plutôt un basculement : les individus continueraient à créer, entreprendre, soigner, enseigner ou fabriquer, mais ils le feraient par envie et non pour payer leur…
- Le chiffre est spectaculaire et mérite d’être précisé. Il ne signifie pas forcément que huit salariés sur dix seraient brutalement remplacés. Dans de nombreux cas, l’intelligence artificielle pourrait d’abord absorber une partie des missions : rédaction de comptes…
- Le raisonnement de Vinod Khosla repose sur un mécanisme économique simple. Si une machine réalise un service à très faible coût, le prix final de ce service peut lui aussi diminuer. Une consultation, un conseil juridique de base,…
Pour Vinod Khosla, figure de l’investissement technologique et soutien de longue date d’OpenAI, la réponse tient en une formule radicale. Les générations qui grandissent aujourd’hui pourraient ne jamais connaître l’obligation professionnelle telle que leurs parents l’ont vécue. Une projection très optimiste, qui repose sur une automatisation massive des activités économiques.
Une société où l’emploi ne serait plus une obligation
Vinod Khosla ne prédit pas la disparition de toute activité humaine. Il imagine plutôt un basculement : les individus continueraient à créer, entreprendre, soigner, enseigner ou fabriquer, mais ils le feraient par envie et non pour payer leur logement, leur alimentation ou leurs factures.
Dans cette vision, les machines prendraient progressivement en charge une grande partie des tâches qui composent aujourd’hui le quotidien de millions de salariés. Les outils d’intelligence artificielle pourraient répondre aux clients, produire des documents, établir des diagnostics, gérer des stocks ou analyser des comptes avec une rapidité difficile à égaler.
Vinod Khosla estime que la nécessité économique d’exercer un métier pourrait reculer fortement au cours des deux prochaines décennies.
L’investisseur américain avance une échéance comprise entre 2040 et 2045. À cette période, il pense que près de 80 % des fonctions exercées aujourd’hui pourraient s’appuyer principalement sur des systèmes automatisés. Son scénario couvre des secteurs très différents, de la vente au détail aux cabinets comptables, en passant par la médecine et la rédaction.
Le pari des 80 % de postes transformés par l’IA
Le chiffre est spectaculaire et mérite d’être précisé. Il ne signifie pas forcément que huit salariés sur dix seraient brutalement remplacés. Dans de nombreux cas, l’intelligence artificielle pourrait d’abord absorber une partie des missions : rédaction de comptes rendus, tri de dossiers, prise de rendez-vous, analyse d’images médicales ou préparation de contrats standards.
Cette différence est essentielle. Un médecin ne se limite pas à interpréter un résultat d’examen. Il écoute, rassure, arbitre dans l’incertitude et prend une décision avec son patient. De la même manière, un artisan apporte un savoir-faire manuel, une adaptation au terrain et une relation directe que les logiciels ne savent pas toujours reproduire.
Les métiers les plus exposés ne sont pas toujours ceux que l’on croit
Les emplois répétitifs et fortement numérisés figurent parmi les premiers concernés. Les tâches administratives, la saisie de données, le service client de premier niveau ou la production de contenus simples sont déjà transformés par des outils accessibles au grand public.
- Les assistants conversationnels peuvent traiter des demandes courantes à toute heure.
- Les logiciels de gestion repèrent des anomalies dans de grands volumes de données.
- Les systèmes d’aide au diagnostic analysent des images et des résultats médicaux.
- Les outils génératifs produisent des textes, des images, du code ou des présentations.
- Les robots peuvent automatiser certaines opérations logistiques et industrielles.
À l’inverse, les métiers reposant sur le lien humain, la confiance, l’intervention physique ou la responsabilité directe devraient conserver une place forte. Les infirmiers, les éducateurs, les plombiers, les aides à domicile, les enseignants ou les professionnels du secours disposent d’atouts difficiles à réduire à une suite d’instructions.
Une promesse d’abondance grâce à des coûts plus faibles
Le raisonnement de Vinod Khosla repose sur un mécanisme économique simple. Si une machine réalise un service à très faible coût, le prix final de ce service peut lui aussi diminuer. Une consultation, un conseil juridique de base, un cours personnalisé ou la création d’un logiciel deviendraient alors beaucoup plus accessibles.
Dans ce scénario, l’automatisation ne servirait pas uniquement les grandes entreprises. Elle pourrait donner à une petite structure les moyens de produire autant qu’une organisation bien plus grande. Un commerçant pourrait disposer d’un assistant comptable numérique. Une association pourrait créer ses supports de communication sans budget conséquent. Un chercheur pourrait analyser des milliers d’études en quelques minutes.
La promesse avancée est celle d’une production abondante, où les besoins essentiels coûteraient moins cher à satisfaire qu’aujourd’hui.
Cette hypothèse reste liée à une condition majeure : les gains de productivité devront être réellement partagés. Si les bénéfices de l’automatisation restent concentrés dans les mains d’un petit nombre d’acteurs, la baisse du besoin de main-d’œuvre peut aussi accentuer les inégalités.
Le grand angle mort : comment répartir les richesses
La technologie ne décide pas seule du modèle de société. Même avec des outils très puissants, il faudra choisir qui possède les infrastructures, qui finance les services publics et comment les revenus circulent. Les serveurs, les données, l’électricité et les réseaux de télécommunication ont un coût. Ils restent contrôlés par des entreprises ou des États.
Plusieurs pistes reviennent régulièrement dans le débat public :
Aucune de ces solutions ne fait consensus. Elles posent des questions concrètes sur le financement, le niveau des revenus, la valeur accordée aux métiers utiles et la place de l’effort dans la société.
Un enfant né aujourd’hui vivra-t-il vraiment sans chercher d’emploi ?
La formule de Vinod Khosla vise les enfants très jeunes en 2026. Ils entreront sur le marché de l’emploi autour de 2045, précisément au moment où il anticipe une automatisation très large. Son message n’est donc pas qu’ils resteront inactifs, mais qu’ils pourraient ne plus dépendre d’un contrat de travail pour vivre.
Cette perspective doit être accueillie avec prudence. Les prédictions technologiques se trompent souvent sur les délais. L’adoption d’une innovation dépend des lois, de la confiance du public, de l’accès à l’énergie, de la cybersécurité et des choix des employeurs. Une technologie capable d’accomplir une tâche n’est pas automatiquement autorisée à la réaliser.
Dans la santé, par exemple, un logiciel peut aider à détecter une anomalie sur une image. La responsabilité médicale, la confidentialité des données et la relation avec le patient imposent encore un cadre humain. Dans les transports, un véhicule autonome peut fonctionner dans certaines conditions, alors que la circulation réelle comporte des imprévus difficiles à anticiper.
Se préparer à collaborer avec les machines
L’enjeu immédiat n’est pas d’attendre la disparition des métiers. Il consiste à apprendre à utiliser les nouveaux outils sans leur abandonner tout jugement. Savoir vérifier une information, formuler une demande précise, repérer une erreur ou protéger des données sensibles devient déjà une compétence professionnelle.
L’intelligence artificielle générative désigne des programmes capables de produire du texte, des images, du son ou du code à partir d’une consigne. Elle ne raisonne pas comme un humain et peut inventer une source, commettre un calcul erroné ou reproduire des biais présents dans ses données d’entraînement. Un contrôle humain reste indispensable, surtout dans les domaines sensibles.
Pour les enfants qui grandissent aujourd’hui, l’école devra sans doute faire évoluer certains apprentissages. Mémoriser demeure utile, mais l’esprit critique, la coopération, la créativité, l’expression orale et la compréhension des outils numériques pèseront davantage. Le défi ne sera pas seulement de trouver sa place face aux machines. Il sera aussi de décider collectivement ce que chacun souhaite faire du temps libéré.


