- Une épave découverte près de Nosy Boraha à Madagascar serait celle du Nossa Senhora do Cabo, un navire portugais transportant or, argent et objets religieux, coulé le 8 avril 1721 par les pirates Olivier Levasseur et John Taylor.
- Plus de 3 300 artefacts ont été remontés du fond marin par le Centre pour la préservation des épaves historiques du Massachusetts, incluant des pièces d’or, de la porcelaine et une plaque d’ivoire religieuse.
- L’île Sainte-Marie attirait les pirates en raison de ses baies naturelles, sa position stratégique sur les routes commerciales de l’océan Indien et la faiblesse du contrôle politique local à cette époque.
Concrètement en France
- La Réunion, citée comme lieu de l’attaque, est aujourd’hui un département français de l’océan Indien, ce qui inscrit cet épisode dans l’histoire d’un territoire français.
- Le pirate Olivier Levasseur, dit La Buse, est une figure française bien connue dans la mémoire locale réunionnaise, où sa légende de trésor caché continue d’alimenter les récits.
- Les 138 millions de dollars évoqués pour la cargaison représentent, à titre indicatif, un ordre de grandeur d’environ 120 à 130 millions d’euros selon les taux de change récents.
- En France, les épaves et biens culturels maritimes découverts dans les eaux territoriales relèvent d’un régime juridique protecteur qui interdit les fouilles et prélèvements sans autorisation de l’État.
Les repères
- Une épave identifiée comme celle de la Nossa Senhora do Cabo, navire de guerre portugais coulé en 1721 au large de Madagascar, révèle une attaque de pirates du début du XVIIIe siècle
- Le navire transportait une cargaison estimée à environ 138 millions de dollars aujourd’hui : lingots d’or et d’argent, textiles, bijoux et objets religieux partis de Goa vers Lisbonne
- L’attaque du 8 avril 1721 a été menée par des pirates dont Olivier Levasseur, dit « La Buse », et John Taylor ; le navire a ensuite été volontairement coulé près de l’île Nosy Boraha
- Plus de 3 300 artefacts ont été remontés du fond marin par une équipe du Massachusetts, notamment des pièces d’or arabes, de la porcelaine et une plaque d’ivoire avec inscription religieuse
- L’épave documente aussi les violences du commerce colonial : elle transportait environ 200 personnes réduites en esclavage venues du Mozambique
- Début de 1721 : Le navire Nossa Senhora do Cabo quitte Goa avec sa cargaison précieuse et ses passagers de haut rang à destination de Lisbonne
- 8 avril 1721 : Le navire portugais est attaqué par des pirates près de l’île de La Réunion ; l’équipage n’a plus de moyens suffisants pour résister après qu’une tempête a endommagé le bâtiment
- Après le 8 avril 1721 : Les pirates Olivier Levasseur et John Taylor conduisent le navire capturé sur plusieurs centaines de kilomètres vers l’île Nosy Boraha où ils retirent le butin avant de couler volontairement le navire
Au large de Madagascar, une longue enquête sous-marine remet en lumière une attaque de pirates survenue au début du XVIIIe siècle.
Publié le 17 juillet 2025, le récit du magazine américain Smithsonian Magazine retrace l’identification probable d’un navire de guerre portugais, coulé près de l’île de Nosy Boraha, sur la côte est de Madagascar. Les chercheurs y ont déjà remonté des milliers d’objets, témoins d’un épisode violent de la piraterie dans l’océan Indien.
Un navire chargé de trésors venu d’Inde
Le bâtiment se nommait Nossa Senhora do Cabo, un nom qui signifie « Notre-Dame du Cap ». Il avait quitté Goa, alors colonie portugaise située en Inde, au début de l’année 1721. Sa destination était Lisbonne.
Le navire transportait une cargaison particulièrement précieuse : des lingots d’or et d’argent, des textiles, des bijoux ainsi que des objets religieux. Selon l’estimation citée par Smithsonian Magazine, l’ensemble aurait aujourd’hui une valeur d’environ 138 millions de dollars.
Le voyage comptait aussi plusieurs passagers de haut rang. Le vice-roi portugais sortant et l’archevêque de Goa étaient à bord. Environ 200 personnes réduites en esclavage, venues du Mozambique, se trouvaient également sur le navire.
Le sort des personnes réduites en esclavage et celui de l’archevêque de Goa restent inconnus après l’attaque.
Cette présence rappelle que les grandes routes commerciales de l’océan Indien transportaient des marchandises, des représentants du pouvoir colonial et des êtres humains victimes de la traite. L’épave ne raconte donc pas seulement une histoire de trésor perdu : elle documente aussi les violences de cette période.
L’attaque qui a condamné le navire
Le 8 avril 1721, le navire portugais mouillait près de l’île de La Réunion lorsqu’il a été encerclé par des pirates. L’équipage ne disposait plus de moyens suffisants pour résister.
Peu avant l’assaut, une tempête avait durement endommagé le bâtiment. Pour éviter qu’il ne sombre, les marins avaient dû jeter une partie des canons à la mer. Privé de son armement, le navire de 700 tonnes est devenu une cible vulnérable.
Parmi les assaillants figuraient Olivier Levasseur, pirate français surnommé « La Buse », et John Taylor. Après s’être emparés du navire, ils l’ont conduit sur plusieurs centaines de kilomètres vers l’ouest, jusqu’à l’île Sainte-Marie, aujourd’hui appelée Nosy Boraha.
Les chercheurs décrivent cet épisode dans la revue spécialisée Wreckwatch comme l’un des faits les plus marquants de l’âge d’or de la piraterie. Une fois le butin retiré, les pirates auraient volontairement coulé le navire pour effacer les traces de leur opération.
- Le navire avait quitté Goa au début de 1721.
- L’attaque s’est produite le 8 avril 1721 près de La Réunion.
- Les pirates ont déplacé le bâtiment vers Nosy Boraha.
- Le vice-roi portugais a été libéré contre une rançon de 2 000 dollars.
Plus de 3 300 objets remontés du fond marin
L’équipe du Centre pour la préservation des épaves historiques, installé dans le Massachusetts, travaille depuis plus de dix ans dans les eaux entourant Nosy Boraha. Elle a confronté les archives, les dimensions de la coque et les objets recueillis afin d’établir l’identité de l’épave.
Les archéologues ont récupéré plus de 3 300 artefacts. Parmi eux figurent des pièces d’or portant des inscriptions arabes, des fragments de porcelaine, des figurines religieuses et des morceaux de poterie.
Ils ont aussi mis au jour une plaque d’ivoire ornée de lettres dorées formant l’inscription « INRI ». Cet objet constituait vraisemblablement un élément religieux, cohérent avec la présence d’un archevêque et d’une cargaison comprenant des objets de culte.
Les objets retrouvés prouvent que les pirates n’avaient pas emporté l’intégralité de la cargaison.
Une épave ne livre pas toujours ses informations d’un seul coup. Les objets peuvent se disperser lors du naufrage, être recouverts par les courants ou enfouis sous les sédiments. Dans ce cas précis, le sable et la vase recouvrent désormais l’essentiel du site, ce qui pourrait limiter de nouvelles récupérations.
Pourquoi Nosy Boraha attirait les pirates
Au début du XVIIIe siècle, l’île Sainte-Marie occupait une position stratégique sur les routes maritimes de l’océan Indien. Ses baies naturelles pouvaient abriter des navires. Sa proximité avec les voies commerciales fréquentées par les bâtiments européens en faisait un point d’observation idéal pour les équipages pirates.
La faiblesse du contrôle politique local renforçait encore son intérêt. Les chercheurs cités dans Wreckwatch décrivent la zone comme un repaire où les commerçants légaux n’osaient pas s’aventurer. Les pirates pouvaient y réparer leurs bateaux, répartir leurs prises et échapper plus facilement aux autorités.
Au moins quatre autres épaves de navires pillés par des pirates reposeraient près de Nosy Boraha. Elles pourraient fournir de nouveaux éléments sur les réseaux maritimes, les cargaisons et la circulation des richesses entre l’Afrique, l’Inde et l’Europe à cette époque.
En France, le patrimoine archéologique sous-marin est protégé
La France possède elle aussi un important patrimoine englouti, en mer comme dans les fleuves et les lacs. L’organisme compétent est le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, rattaché au ministère de la Culture. Il coordonne les recherches, veille à la protection des sites et intervient dans la gestion du patrimoine culturel maritime.
Pour les archéologues, une épave ne se limite pas à un ensemble d’objets de valeur. Sa position, l’état de sa coque, la répartition des vestiges et les couches de sédiments apportent des informations précieuses. Retirer un objet sans étude préalable peut faire perdre une partie de son histoire.
Les recherches autour de Nosy Boraha illustrent cette méthode : les spécialistes n’ont pas fondé leur identification sur les seules pièces d’or ou la porcelaine. Ils ont croisé les archives historiques avec la forme du navire et le contexte exact des découvertes. C’est cet ensemble d’indices qui relie aujourd’hui l’épave au destin tragique du Nossa Senhora do Cabo.


