Écrans et aliments ultratransformés multiplient le risque de symptômes de TDAH chez l’enfant, alerte une étude

En bref
Une étude espagnole menée sur deux ans auprès de 568 enfants établit une association entre une forte exposition aux écrans, une alimentation riche en produits ultratransformés et des indices de trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité, sans pour autant prouver un lien de causalité.
L’essentiel en 3 points
  • Des chercheurs de l’université de Navarre ont observé chez 568 enfants de 4 à 5 ans une association entre le temps d’écran prolongé, les aliments ultratransformés et des symptômes compatibles avec un TDAH, dont 10,9 % des participants présentaient des indices.
  • Les enfants exposés plus de deux heures quotidiennement aux écrans présentaient un risque relatif 2,16 fois plus élevé de symptômes de trouble, tandis que ceux consommant le plus de produits ultratransformés obtenaient des scores significativement plus faibles en attention et comportement.
  • Cette étude observationnelle met en évidence une association statistique sans démontrer la causalité, invitant les familles à privilégier les aliments frais et limiter les écrans dans une approche globale du bien-être de l’enfant.

Concrètement en France
  • En France, les autorités sanitaires recommandent de limiter fortement les écrans chez les jeunes enfants, un message relayé lors des consultations de suivi et dans le carnet de santé.
  • Les campagnes publiques françaises encouragent aussi à réduire les produits industriels très transformés au profit de repas préparés à la maison.
  • Comme en Espagne, seul un professionnel de santé peut poser un diagnostic de TDAH, généralement après une évaluation spécialisée et non sur la base d’un simple questionnaire.
  • À retenir : ces résultats décrivent une association observée dans un groupe d’enfants, pas une relation de cause à effet démontrée.
Les repères
  • Une étude espagnole du projet Sendo (université de Navarre) a suivi 568 enfants de 4 à 5 ans pendant deux ans pour étudier le lien entre exposition aux écrans, alimentation ultratransformée et symptômes de TDAH
  • Plus d’une heure d’écran quotidien multiplie par 1,22 le risque de présenter des indices compatibles avec un trouble du déficit de l’attention; ce risque atteint 2,16 au-delà de deux heures
  • Les aliments ultratransformés représentaient 37 % de l’apport énergétique des enfants; leur consommation élevée augmente les scores de risque de TDAH de 1,50 à 2,14 points selon les outils d’évaluation
  • Au total, 10,9 % des enfants suivis présentaient des indices compatibles avec un TDAH; 39 % passaient plus d’une heure par jour devant un écran
  • L’étude identifie plusieurs domaines affectés: hyperactivité, inattention, relations sociales et comportements prosociaux, sans décrire un mécanisme unique mais plutôt un effet cumulatif d’habitudes

En Espagne, une étude menée auprès de jeunes enfants interroge l’effet cumulé des habitudes alimentaires et du temps passé devant les écrans.

Le média en ligne espagnol Infobae rapporte les résultats du projet Sendo, conduit par l’université de Navarre avec le soutien de la Fondation Mapfre. Les chercheurs ont observé, sur deux ans, un lien entre une forte exposition aux écrans, une alimentation riche en produits ultratransformés et davantage de signes compatibles avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Près de 600 enfants suivis pendant deux ans

L’enquête porte sur 568 filles et garçons âgés de 4 à 5 ans au début du suivi. Leurs parents ont répondu à des questionnaires portant sur les repas, l’activité physique, le sommeil, la sédentarité et plusieurs aspects de leur santé au quotidien.

Les scientifiques ont ensuite évalué le comportement des enfants à l’aide de deux outils. Le premier, le questionnaire SDQ, comporte 25 questions et s’intéresse notamment aux relations avec les autres, à la conduite, à l’attention et au bien-être émotionnel. Le second cible plus directement l’inattention ainsi que l’hyperactivité et l’impulsivité.

Au total, 10,9 % des enfants suivis présentaient des indices compatibles avec un trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité.

Cette proportion ne vaut pas diagnostic médical. Les questionnaires permettent de repérer des signaux et d’étudier des tendances dans un groupe, sans remplacer l’évaluation clinique d’un enfant par un professionnel de santé.

Deux heures d’écran associées à un risque plus élevé

Parmi les participants, 39 % passaient plus d’une heure par jour devant un écran. Télévision, ordinateur et tablette étaient pris en compte dans cette mesure.

Selon les résultats présentés, une exposition quotidienne de plus d’une heure est associée à un risque relatif de 1,22 de répondre aux critères d’un possible trouble. Chez les enfants passant au moins deux heures par jour devant des écrans, ce risque relatif atteint 2,16.

Les auteurs ne décrivent pas un mécanisme unique. Le temps d’écran peut s’inscrire dans des routines familiales très différentes et coexister avec d’autres facteurs, comme le sommeil, les activités physiques ou l’organisation des repas. L’étude a justement cherché à observer ces habitudes avant d’évaluer les symptômes.

Des difficultés observées dans plusieurs domaines

Les enfants ayant les habitudes les moins favorables obtenaient des scores moins bons dans plusieurs dimensions : hyperactivité, inattention, relations avec les camarades et comportements prosociaux. Ces derniers désignent les attitudes tournées vers les autres, comme l’entraide, le partage ou la prise en compte d’autrui.

  • l’inattention, qui peut se manifester par une difficulté à rester concentré ;
  • l’hyperactivité et l’impulsivité ;
  • les relations avec les autres enfants ;
  • les comportements d’aide et de coopération.

Les aliments ultratransformés également pointés

L’étude s’est aussi penchée sur la place des produits ultratransformés dans les assiettes. Ils représentaient 37 % de l’apport énergétique quotidien des enfants inclus dans l’analyse.

Ces produits sont généralement des préparations industrielles composées de plusieurs ingrédients et additifs, souvent prêtes à consommer ou à réchauffer. Leur catégorie peut inclure des produits très variés. L’enquête ne désigne donc pas un aliment isolé, mais une part globale de l’alimentation quotidienne.

Chez les enfants qui en consommaient le plus, les scores associés au risque de trouble augmentaient de 1,50 point sur le questionnaire SDQ et de 2,14 points sur l’échelle centrée sur l’attention et l’hyperactivité. Les écarts étaient significatifs pour l’hyperactivité, l’inattention, les relations avec les pairs et les conduites prosociales.

Une alimentation riche en produits frais et une exposition plus limitée aux appareils électroniques font partie des habitudes sur lesquelles les familles peuvent agir, selon les responsables de l’étude.

Eva Arranz, médecin à la Fondation Mapfre, souligne que l’intérêt de ces résultats tient au caractère modifiable de ces habitudes. Elle estime que privilégier les aliments frais et limiter le temps passé devant les appareils électroniques peut s’intégrer à une approche globale de la santé et du bien-être des enfants.

Une association, pas une preuve de causalité

Les chercheurs appellent à la prudence. Leur travail est observationnel : il met en évidence une association statistique, sans démontrer que les écrans ou les produits ultratransformés causent directement les symptômes du trouble.

Nerea Martín Calvo, spécialiste en pédiatrie et docteure de l’université de Navarre, rappelle que ce trouble a une origine complexe. Des facteurs génétiques et neurobiologiques interviennent, tout comme certains éléments de l’environnement dans lequel l’enfant grandit.

Elle explique que les données du projet Sendo permettent de mieux examiner une relation qui nécessite encore des recherches. Les prochaines étapes consisteront à reproduire les résultats, à mieux mesurer objectivement les habitudes des enfants et à vérifier si leur évolution s’accompagne de changements dans les symptômes.

Ce que prévoit l’approche française

En France, le trouble du déficit de l’attention avec ou sans hyperactivité ne se diagnostique pas à partir d’un seul questionnaire ni d’un comportement observé ponctuellement à la maison ou à l’école. L’évaluation repose sur un examen clinique et sur le recueil d’informations dans plusieurs cadres de vie de l’enfant.

La Haute Autorité de santé souligne que les manifestations doivent être durables, présentes dans au moins deux environnements et avoir un retentissement sur la vie quotidienne. Un médecin peut orienter la famille vers des professionnels compétents lorsque les difficultés d’attention, d’agitation ou d’impulsivité persistent et affectent la scolarité, les relations ou la vie familiale.

Les résultats espagnols ne permettent donc pas d’affirmer qu’un enfant qui regarde des écrans ou mange occasionnellement un produit industriel développera un trouble. Ils invitent plutôt à regarder l’ensemble du rythme de vie : temps de sommeil, activité physique, repas, moments sans écran et échanges avec les proches.

Des repères pratiques dans la vie quotidienne

Réduire l’exposition aux écrans ne signifie pas seulement retirer un appareil. Pour les familles, cela peut passer par des temps de repas sans tablette ni télévision, des activités calmes avant le coucher ou des occasions régulières de jouer, lire, dessiner et sortir.

Du côté de l’alimentation, l’enjeu consiste à donner une place plus large aux produits bruts ou peu transformés lorsque cela est possible : fruits, légumes, féculents, légumineuses, œufs, poissons ou autres aliments préparés simplement. Ces ajustements n’ont pas vocation à remplacer un suivi médical lorsqu’un enfant présente des difficultés préoccupantes.

Questions fréquentes

Qu’est-ce que le projet Sendo et qui l’a mené ?
Le projet Sendo est une étude conduite par l’université de Navarre avec le soutien de la Fondation Mapfre. Elle a suivi 568 enfants âgés de 4 à 5 ans pendant deux ans pour examiner le lien entre les habitudes de vie, l’alimentation et les symptômes de TDAH.
Cette étude prouve-t-elle que les écrans causent le TDAH ?
Non, l’étude est observationnelle et met en évidence une association statistique, sans démontrer que les écrans ou les produits ultratransformés causent directement les symptômes. Le TDAH a une origine complexe impliquant des facteurs génétiques, neurobiologiques et environnementaux.
Comment se pose le diagnostic du TDAH en France ?
En France, le diagnostic ne repose pas sur un seul questionnaire. Il s’appuie sur un examen clinique complet et le recueil d’informations dans plusieurs environnements de vie de l’enfant. Les symptômes doivent être durables, présents dans au moins deux contextes et affecter la vie quotidienne, selon la Haute Autorité de santé.
Quels sont les produits ultratransformés visés par l’étude ?
L’étude désigne l’ensemble des produits ultratransformés, c’est-à-dire des préparations industrielles composées de plusieurs ingrédients et additifs, généralement prêtes à consommer ou à réchauffer. Elle n’isole pas un aliment spécifique mais évalue leur part globale dans l’alimentation quotidienne.
Comment les familles peuvent-elles agir sur ces habitudes ?
Les familles peuvent instaurer des temps de repas sans écran, réduire le temps devant les appareils électroniques, privilégier les aliments frais et peu transformés comme les fruits, légumes, féculents et légumineuses, et favoriser les moments de jeu, lecture et activité physique.


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