À Madrid, cinq années ont suffi à renverser la situation : le seuil des 100 est franchi tandis que Paris décroche

En bref
L’Espagne affiche un recul marqué de son endettement rapporté à la richesse nationale, tandis que la trajectoire française continue de se tendre.
L’essentiel en 3 points
  • La dette des administrations publiques espagnoles atteint désormais 99,9 % du produit intérieur brut. Ce chiffre, relevé en juillet 2026, ramène le pays sous le seuil symbolique des 100 % pour la première fois depuis 2020.
  • La dette n’est qu’une partie de l’équation. Le déficit public, c’est-à-dire l’écart annuel entre les dépenses des administrations et leurs recettes, pèse tout autant sur la suite. L’Espagne l’a ramené à 2,4 % de son produit intérieur brut.
  • La première explication tient à l’activité économique. L’Espagne devrait enregistrer une croissance de 2,3 % en 2026, contre seulement 0,4 % attendus en France. Quand le produit intérieur brut progresse, les recettes de TVA, d’impôt sur les sociétés…

Le contraste est saisissant de part et d’autre des Pyrénées. Il y a encore quelques années, Madrid présentait une situation budgétaire plus dégradée que celle de Paris. Depuis, l’économie espagnole a accéléré, les recettes ont progressé et le poids de la dette a nettement reculé dans le produit intérieur brut. La France, elle, se prépare à franchir de nouveaux records d’endettement.

Madrid franchit un cap très attendu

La dette des administrations publiques espagnoles atteint désormais 99,9 % du produit intérieur brut. Ce chiffre, relevé en juillet 2026, ramène le pays sous le seuil symbolique des 100 % pour la première fois depuis 2020.

Le mouvement est rapide. En 2021, après les dépenses exceptionnelles liées à la crise sanitaire, le ratio espagnol dépassait 124 %. Cinq ans plus tard, il a baissé d’environ 25 points. La dette en euros ne s’est pas effondrée : elle avoisine même 1 700 milliards d’euros. C’est la croissance de la richesse produite dans le pays qui a permis de réduire son poids relatif.

L’Espagne conserve une dette élevée en valeur absolue, mais elle représente désormais moins de 100 euros pour chaque tranche de 100 euros de richesse créée sur une année.

La situation française suit une direction opposée. L’endettement public représente près de 117 % du produit intérieur brut en 2026 et pourrait se rapprocher des 120 % à la fin de l’année. L’écart entre les deux pays, qui semblait difficile à imaginer au début de la décennie, se creuse donc vite.

Le déficit donne une marge à l’Espagne

La dette n’est qu’une partie de l’équation. Le déficit public, c’est-à-dire l’écart annuel entre les dépenses des administrations et leurs recettes, pèse tout autant sur la suite. L’Espagne l’a ramené à 2,4 % de son produit intérieur brut.

La France prévoit un déficit de 5,4 % en 2026. Cet écart de trois points change beaucoup de choses. Quand un État emprunte chaque année pour couvrir une part importante de ses dépenses courantes, son stock de dette augmente mécaniquement. Il devient aussi plus vulnérable à toute remontée des taux d’intérêt.

Pays Dette rapportée au produit intérieur brut Déficit public Taux d’emprunt à dix ans
Espagne 99,9 % 2,4 % Environ 4 %
France Environ 117 % 5,4 % Environ 4,6 %

Les investisseurs regardent ces données avec attention. Madrid emprunte désormais à un coût inférieur à celui de Paris sur dix ans. Un écart de quelques dixièmes de point paraît limité, mais il se chiffre en milliards d’euros lorsque les montants levés sur les marchés sont considérables.

La croissance porte l’essentiel de l’effort

La première explication tient à l’activité économique. L’Espagne devrait enregistrer une croissance de 2,3 % en 2026, contre seulement 0,4 % attendus en France. Quand le produit intérieur brut progresse, les recettes de TVA, d’impôt sur les sociétés et de cotisations sociales suivent en général le même chemin.

Le tourisme joue un rôle majeur dans cette dynamique. L’Espagne a engrangé 134,7 milliards d’euros de recettes touristiques en 2025, soit une hausse de 6 % sur un an. Le pays a accueilli 96,8 millions de visiteurs. La France a reçu davantage de voyageurs, avec 102 millions de personnes, mais les dépenses totales ont été moins élevées : 77,5 milliards d’euros.

Des visiteurs qui restent davantage

Le nombre de touristes ne suffit pas à mesurer l’impact économique. La durée des séjours, la fréquentation des hôtels, les repas au restaurant, les transports et les loisirs comptent tout autant. Le modèle espagnol bénéficie de séjours souvent plus longs sur les côtes et dans les grandes villes.

  • Les dépenses des visiteurs soutiennent l’hôtellerie et la restauration.
  • Les entreprises du bâtiment profitent de la demande immobilière et des infrastructures.
  • La consommation intérieure progresse avec l’emploi et les revalorisations salariales.
  • Les recettes fiscales augmentent lorsque l’activité reste soutenue.

Cette croissance ne constitue pas une recette automatique. Elle peut ralentir vite si les ménages réduisent leurs dépenses, si l’énergie renchérit ou si le tourisme marque le pas. Elle a tout de même permis à l’Espagne d’améliorer ses comptes sans engager un plan d’économies aussi brutal que celui redouté dans d’autres pays européens.

Salaires et main-d’œuvre soutiennent l’activité

Le gouvernement de Pedro Sánchez a relevé fortement le salaire minimum depuis 2018. Une hausse de 22 % a notamment été décidée en 2019. En 2026, le salaire minimum espagnol représente 76 % de son équivalent français, contre 57 % huit ans plus tôt.

Les rémunérations restent plus faibles qu’en France. Dans l’industrie, une heure travaillée coûte en moyenne 27,70 euros en Espagne, contre 46,30 euros en France. Cette différence renforce la compétitivité de certaines entreprises espagnoles, tout en laissant apparaître une réalité moins favorable pour le pouvoir d’achat des salariés.

L’arrivée de travailleurs étrangers a aussi répondu aux besoins de secteurs confrontés aux pénuries de recrutement. La restauration, le bâtiment, l’agriculture et les services touristiques ont trouvé une partie de leur main-d’œuvre grâce à cette dynamique. Plus de 500 000 personnes ont été régularisées en 2026 selon les annonces gouvernementales.

La baisse du ratio d’endettement espagnol repose avant tout sur une économie qui grossit rapidement, et non sur une disparition de la dette.

Trois exercices sans nouveau budget voté

Cette amélioration intervient dans un contexte politique pourtant instable. Le gouvernement espagnol ne dispose pas d’une majorité parlementaire solide et ne parvient plus à faire adopter un budget depuis trois ans. Les comptes de 2023 sont reconduits, comme le permet la Constitution espagnole.

La France connaît elle aussi de fortes incertitudes budgétaires. Le débat sur les économies, les hausses de prélèvements et les niches fiscales occupe déjà une place centrale avant les élections de 2027. L’enjeu dépasse les chiffres comptables : un budget adopté tardivement ou fragilisé complique les décisions des administrations, des collectivités et des entreprises.

Une réussite traversée de faiblesses

L’Espagne ne sort pas pour autant de toutes ses difficultés. Le chômage demeure élevé, à 9,9 %, contre 8,3 % en France. Les aides accordées face à la crise des carburants ont aussi pesé sur les finances publiques, pour plus de 2 milliards d’euros. Baisses de taxes et soutiens directs à la pompe ont soulagé les ménages, mais ces dispositifs ont un coût.

La crise du logement constitue l’autre grand point de tension. Le loyer moyen a presque doublé en dix ans et atteignait 15,10 euros par mètre carré en août. Dans les zones les plus demandées, de nombreux jeunes adultes restent chez leurs parents faute de pouvoir louer un logement. Les retraités aux revenus modestes subissent aussi les hausses de loyers.

Comprendre le ratio de dette

Le ratio dette sur produit intérieur brut ne mesure pas la même chose que le montant total dû par un État. Il compare cette dette à la taille de l’économie. Si la richesse nationale augmente plus vite que les emprunts, le ratio peut baisser, même lorsque le montant total de dette continue de monter.

C’est ce qui se produit aujourd’hui en Espagne. Pour que cette amélioration dure, le pays devra préserver sa croissance, maîtriser son déficit et contenir les dépenses liées au vieillissement, au logement et aux aides d’urgence. La France fait face au même défi, avec une marge financière plus étroite et des taux d’emprunt désormais moins favorables.


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