En Chine, les chantiers de réservoirs se multiplient depuis cinq ans : ils servent à garder l’électricité quand le réseau en manque

En bref
La Chine accélère ses travaux de stockage pour éviter que l’essor du solaire et de l’éolien ne déséquilibre son réseau électrique.
L’essentiel en 3 points
  • La Chine a franchi beaucoup plus vite que prévu ses objectifs dans les énergies renouvelables. En décembre 2020, Xi Jinping avait fixé un cap de 1 200 gigawatts de capacités installées pour le solaire et l’éolien à l’horizon…
  • Le fonctionnement repose sur une idée simple. Une installation associe deux réservoirs, l’un situé plus haut que l’autre. Lorsque l’électricité solaire ou éolienne est abondante et peu demandée, des pompes remontent l’eau vers le bassin supérieur.
  • Pékin prévoit d’ajouter environ 100 gigawatts de capacités de stockage hydraulique par pompage en cinq ans. Le pays dispose aujourd’hui d’environ 59 gigawatts de ce type. Si le programme aboutit, ces centrales deviendraient l’un des piliers du stockage…

À première vue, ces immenses bassins pourraient faire penser à des réserves destinées aux villes, à l’agriculture ou à la lutte contre les sécheresses. Leur rôle est tout autre. Pékin mise sur des réservoirs placés à différentes altitudes pour emmagasiner de l’électricité produite en trop grande quantité, puis la restituer aux heures où la demande augmente.

Des réservoirs conçus pour retenir de l’électricité

La Chine a franchi beaucoup plus vite que prévu ses objectifs dans les énergies renouvelables. En décembre 2020, Xi Jinping avait fixé un cap de 1 200 gigawatts de capacités installées pour le solaire et l’éolien à l’horizon 2030. Ce seuil a finalement été atteint dès juillet 2024, avec plus de six années d’avance.

La progression ne s’est pas arrêtée là. À la fin de l’année 2025, la puissance cumulée du solaire et de l’éolien aurait dépassé 1 840 gigawatts. Ces deux sources représenteraient alors 47,3 % des capacités électriques installées du pays. Pour la première fois, elles pèseraient davantage que le charbon et le gaz dans le parc de production chinois.

Cette performance pose une difficulté très concrète. Les panneaux photovoltaïques produisent principalement au milieu de la journée. Les éoliennes, elles, dépendent des conditions météorologiques. Or les foyers, les transports et les usines ne consomment pas l’électricité au même rythme.

Les nouveaux réservoirs chinois ne visent pas d’abord à fournir de l’eau : ils constituent une immense réserve d’énergie disponible quand le soleil baisse ou que le vent tombe.

Pour absorber ces écarts, le pays déploie deux grandes familles d’outils : les batteries industrielles et les centrales de pompage-turbinage. C’est cette seconde technique qui explique la multiplication des grands bassins artificiels dans les zones montagneuses.

Le principe du pompage-turbinage

Le fonctionnement repose sur une idée simple. Une installation associe deux réservoirs, l’un situé plus haut que l’autre. Lorsque l’électricité solaire ou éolienne est abondante et peu demandée, des pompes remontent l’eau vers le bassin supérieur.

Quand le réseau a besoin de puissance, notamment en début de soirée, l’eau redescend. Son passage entraîne des turbines, qui produisent alors de l’électricité. L’installation joue donc le rôle d’une batterie géante, à la différence qu’elle utilise l’altitude et l’eau comme moyens de stockage.

  • En période de forte production, l’électricité alimente les pompes.
  • L’eau est transférée vers le réservoir situé en hauteur.
  • Lors d’un pic de consommation, elle redescend à travers les turbines.
  • La centrale renvoie rapidement de l’électricité sur le réseau.

Cette technologie existe depuis plus d’un siècle. Elle reste très utilisée car elle permet de stocker de gros volumes d’énergie pendant plusieurs heures, voire davantage selon la taille des retenues. Elle est aussi capable de réagir rapidement aux variations du réseau.

La montagne, un atout industriel décisif

Le territoire chinois offre de nombreux reliefs favorables à ces équipements. Les régions montagneuses permettent de créer un dénivelé suffisant entre les deux bassins, sans devoir construire des infrastructures démesurées. Les autorités peuvent ainsi associer des barrages, des tunnels, des conduites forcées et des centrales souterraines.

La Chine compterait désormais davantage de projets de pompage-turbinage en cours que l’ensemble des autres pays réunis. L’enjeu dépasse la seule production d’électricité. Il s’agit aussi de stabiliser un réseau national immense, traversé par des lignes à très haute tension reliant les zones désertiques, riches en soleil et en vent, aux grandes métropoles de l’est.

Un objectif de 100 gigawatts supplémentaires

Pékin prévoit d’ajouter environ 100 gigawatts de capacités de stockage hydraulique par pompage en cinq ans. Le pays dispose aujourd’hui d’environ 59 gigawatts de ce type. Si le programme aboutit, ces centrales deviendraient l’un des piliers du stockage de longue durée chinois.

Ce choix ne signifie pas que les batteries sont reléguées au second plan. Elles progressent elles aussi à un rythme particulièrement soutenu. En 2025, les capacités de stockage par batteries ont augmenté de 75 % sur un an. À la fin de cette période, leur capacité cumulée atteignait 136 gigawatts, soit un niveau environ quarante fois supérieur à celui envisagé dans un précédent plan quinquennal.

Solution de stockage Usage principal Atout majeur
Pompage-turbinage Stockage sur plusieurs heures Très grandes quantités d’énergie
Batteries industrielles Réponse rapide aux pics Installation près des réseaux urbains
Air comprimé Stockage de durée intermédiaire Réduit l’usage de certains métaux
Volants d’inertie Stabilisation instantanée Réagit en quelques secondes

Les batteries ne suffisent pas à tout absorber

Les batteries au lithium-ion dominent encore le marché chinois. Elles sont pratiques pour lisser des pointes brèves et renforcer localement un réseau. Leur coût, leur durée de vie et leur besoin en matières premières limitent toutefois leur emploi lorsqu’il faut conserver d’énormes quantités d’énergie durant de longues périodes.

Les réservoirs de pompage-turbinage répondent mieux à cette contrainte. Une fois les ouvrages construits, l’eau peut circuler entre les deux bassins pendant des décennies. Le rendement n’est pas parfait : une partie de l’électricité utilisée pour remonter l’eau est perdue. Mais l’opération reste rentable quand elle utilise des surplus qui auraient autrement été peu valorisés, ou lorsque le réseau risque la saturation.

Le stockage ne crée pas d’électricité supplémentaire. Il déplace sa disponibilité dans le temps, de l’heure où elle est abondante vers celle où elle devient nécessaire.

Des choix technologiques encore ouverts

La Chine développe aussi des batteries au sodium-ion, qui pourraient réduire sa dépendance à certains matériaux. D’autres projets misent sur l’air comprimé, le stockage gravitaire ou les volants d’inertie. Chaque solution vise un besoin distinct : garder l’électricité quelques secondes, plusieurs heures ou toute une nuit.

Le pompage-turbinage comporte aussi des contraintes. Il faut des reliefs adaptés, des volumes d’eau disponibles et des travaux lourds. Les chantiers peuvent modifier les paysages et perturber des écosystèmes locaux. Le choix des sites devient donc aussi sensible que la technologie elle-même.

Pour la Chine, l’enjeu est clair : produire toujours plus d’électricité renouvelable ne suffit pas. Il faut pouvoir la conserver, la déplacer et la délivrer au bon moment. Ces réservoirs, souvent aperçus comme de simples ouvrages hydrauliques, deviennent ainsi des pièces centrales de sa stratégie énergétique.


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