- Des archéologues étudient depuis 2013 un tumulus monumental à Karaağaç, en Turquie, situé loin de Gordion, l’ancienne capitale de la Phrygie, dont l’architecture et le mobilier funéraire suggèrent qu’il appartenait à une figure de haut rang.
- Le tumulus contient une riche collection d’objets funéraires, dont des situles en bronze décorées datées entre 740 et 690 avant Jésus-Christ, période associée au règne de Midas, ce qui nourrit l’hypothèse d’un lien familial.
- Les archéologues demeurent divisés : certains estiment que la présence de situles indique un statut royal, tandis que d’autres considèrent qu’il s’agit plutôt d’objets offerts à un notable local lors d’échanges diplomatiques avec la cour.
Concrètement en France
- En France aussi, des tumulus et tombes princières protohistoriques existent, notamment de l’époque celtique, et livrent parfois un mobilier funéraire de grande richesse.
- Le pillage clandestin évoqué en Turquie a son équivalent français : la recherche d’objets archéologiques sans autorisation, y compris avec un détecteur de métaux, est encadrée par la loi et peut être sanctionnée.
- Toute découverte fortuite sur un terrain doit en principe être déclarée aux autorités compétentes, l’État conservant un droit de regard sur les vestiges archéologiques.
- Avant de grands travaux, des diagnostics d’archéologie préventive peuvent être prescrits, ce qui explique que beaucoup de découvertes françaises surviennent sur des chantiers.
Les repères
- Un imposant tumulus phrygien découvert à Karaağaç, en Turquie, pourrait appartenir à un membre de la famille royale du roi Midas.
- Le tombeau se situe à plus de 160 kilomètres de Gordion, l’ancienne capitale de la Phrygie, suggérant l’existence de centres de pouvoir en dehors de la capitale.
- Les objets funéraires découverts, notamment des situles en bronze et des jarres en céramique, correspondent à ceux des élites phrygiennes et sont datés entre 740 et 690 avant Jésus-Christ.
- L’architecture monumentale du tumulus (environ 8 mètres de hauteur, 60 mètres de diamètre) et son mobilier riche indiquent que le défunt occupait un rôle majeur dans les structures de pouvoir phrygien.
- 2010 : Repérage du tumulus suite à des dégâts visibles sur des photographies satellites
- 2013 : Début des fouilles universitaires
- janvier : Publication d’une étude dans l’American Journal of Archaeology
- 740 à 690 avant Jésus-Christ : Période de datation de la tombe, correspondant au règne de Midas
- environ 1200 à 675 avant Jésus-Christ : Période d’existence du royaume de Phrygie en Anatolie centrale
Dans le nord-ouest de la Turquie, un imposant tumulus phrygien relance les interrogations sur l’entourage du roi Midas.
À Karaağaç, dans le district de Bozüyük, des archéologues étudient depuis plus d’une décennie une sépulture qui pourrait avoir accueilli un personnage étroitement lié au pouvoir phrygien. Le média scientifique en ligne Live Science rapporte que ses dimensions, son architecture et plusieurs objets funéraires rapprochent ce tombeau des élites de l’époque du légendaire Midas.
Une tombe éloignée de l’ancienne capitale
Le tumulus de Karaağaç se trouve à plus de 160 kilomètres à l’ouest de Gordion, l’ancienne capitale de la Phrygie. Cette distance constitue l’un des éléments les plus marquants de l’étude publiée dans le numéro de janvier de l’American Journal of Archaeology.
La Phrygie a occupé une partie de l’Anatolie centrale entre environ 1200 et 675 avant Jésus-Christ. Les historiens ont souvent envisagé ce royaume comme un État très centralisé autour de Gordion, à l’image d’autres puissances antiques de la région.
Or, la présence d’un tombeau aussi prestigieux loin de la capitale pourrait nuancer cette vision. Elle suggère que des figures influentes et des centres de pouvoir existaient aussi dans des zones éloignées de Gordion.
La sépulture de Karaağaç indique que l’organisation politique phrygienne ne reposait peut-être pas uniquement sur une capitale et sur un pouvoir urbain centralisé.
Le tumulus domine encore nettement le paysage. Il s’élève d’environ huit mètres au-dessus d’une butte naturelle et de plus de trente mètres au-dessus de la plaine environnante. Son diamètre atteint approximativement soixante mètres.
Les chercheurs l’ont repéré en 2010, après l’apparition, sur des photographies satellites, de dégâts liés à des pillages. Les fouilles universitaires ont débuté en 2013. Cette surveillance tardive rappelle la fragilité des sites archéologiques face aux creusements clandestins, qui peuvent faire disparaître des informations irremplaçables sur la position des objets et l’organisation d’une tombe.
Des objets dignes d’une élite phrygienne
À l’intérieur du monument, la chambre funéraire en bois présente des caractéristiques comparables à celles de sépultures de haut rang mises au jour près de Gordion. Les archéologues ont aussi identifié un mobilier funéraire particulièrement riche.
- De nombreuses jarres en céramique ;
- un récipient portant une inscription avec un nom phrygien ;
- des vases en bronze ouvragés, appelés situles ;
- des fragments d’objets associés aux pratiques funéraires des élites.
Les situles sont des récipients métalliques, souvent richement décorés. Ils peuvent porter des scènes de chasse, de combat ou de procession. Leur présence à Karaağaç a retenu toute l’attention des spécialistes, car les exemplaires connus auparavant provenaient du « tumulus de Midas » à Gordion, une tombe probablement attribuée à Gordias, le père de Midas.
Hüseyin Erpehlivan, archéologue à l’université de Bilecik, estime que l’architecture monumentale et les objets dépassent ce que l’on attendrait d’un simple notable local. Selon lui, l’occupant de la tombe appartenait vraisemblablement aux structures de pouvoir phrygiennes.
Les objets permettent de dater la tombe entre 740 et 690 avant Jésus-Christ, soit durant la période associée au règne de Midas.
Cette chronologie nourrit l’hypothèse d’un lien avec la famille royale. Elle ne permet pas, à elle seule, d’identifier le défunt. Hüseyin Erpehlivan avance aussi une autre possibilité : ces objets précieux auraient pu être offerts à un personnage local important, tel qu’un gouverneur, dans le cadre d’échanges de présents avec la cour.
Une hypothèse royale encore discutée
Les prudences des chercheurs sont essentielles dans ce dossier. Maya Vassileva, archéologue à la Nouvelle université bulgare de Sofia, juge que Karaağaç apporte une preuve très significative de l’existence d’une sépulture phrygienne d’élite loin de Gordion.
Elle ne considère pas pour autant que les fragments de situles suffisent à démontrer un statut royal ou un lien familial avec Midas. À ses yeux, l’explication d’un échange de cadeaux entre les élites paraît plus convaincante.
Cette divergence illustre le travail archéologique : un objet exceptionnel ne livre pas automatiquement l’identité de son propriétaire. Les spécialistes confrontent l’emplacement du site, les matériaux, les techniques de fabrication, les inscriptions et les comparaisons avec d’autres tombes connues avant de tirer des conclusions.
Le roi Midas, entre personnage historique et récit mythique
Midas est resté célèbre pour le récit de son « toucher d’or ». Selon cette histoire, tout ce qu’il touchait se transformait en or, y compris sa nourriture et sa boisson. La version incluant sa fille est bien plus tardive : l’écrivain américain Nathaniel Hawthorne l’a ajoutée au XIXe siècle.
Derrière la légende, Midas a bien été un roi de Phrygie au VIIIe siècle avant Jésus-Christ. Les Grecs de l’Antiquité le disaient extrêmement riche. Les fouilles menées dans les sépultures royales phrygiennes ont révélé des objets qui donnent une base concrète à cette réputation : travail du métal raffiné, bijoux, poteries, mobilier en bois rare et traces de textiles de qualité.
Plus de 120 tumulus entourent Gordion. Environ la moitié a fait l’objet d’investigations. La tombe formellement identifiée comme celle de Midas n’a, elle, toujours pas été retrouvée.
Des ossements qui ne désignent pas le défunt
Des restes humains ont été exhumés dans le tumulus de Karaağaç. Ils ne permettent pas d’attribuer la sépulture à un membre de la dynastie phrygienne. Les chercheurs pensent même qu’ils ne correspondent pas au premier occupant de la chambre funéraire.
Une partie des os proviendrait d’un cimetière plus ancien, déjà présent sur le site avant l’édification du tumulus. D’autres inhumations auraient eu lieu après la construction du monument phrygien. Le lieu a donc accueilli des morts sur une durée proche de trois millénaires.
Brian Rose, archéologue à l’université de Pennsylvanie et spécialiste de Gordion, souligne l’intérêt de cette longue utilisation funéraire. Il relève aussi que deux autres tumulus récemment fouillés à Gordion appartiennent à la même période que Karaağaç, à la fin du VIIIe siècle avant Jésus-Christ.
Ce que recouvre l’archéologie funéraire en France
En France, les découvertes de tombes anciennes relèvent d’un cadre scientifique et administratif précis. L’Institut national de recherches archéologiques préventives intervient notamment avant certains travaux d’aménagement, lorsque le sous-sol risque de contenir des vestiges. Les services archéologiques des collectivités et les services de l’État participent aussi à la protection et à l’étude du patrimoine.
La comparaison avec Karaağaç rappelle un principe partagé par les archéologues : la valeur d’une découverte ne repose pas seulement sur les objets précieux. Le sol, la disposition des dépôts, les traces de bois ou de textiles et la position des ossements peuvent renseigner sur les rites funéraires et sur la société qui les a produits.
Dans le cas du tumulus turc, l’inscription sur une jarre pourrait encore apporter des éléments précieux. Les inscriptions phrygiennes restent rares et leur contexte archéologique aide à mieux comprendre les personnes qui ont commandé, reçu ou utilisé ces objets. Les futures analyses du mobilier, du bois de la chambre et des couches de terre devraient préciser la place de Karaağaç dans le royaume de Midas.


