- Une tablette d’argile inscrite portant les articles 12 à 20 du traité de Kadesh a été mise au jour à Hattusa, ancienne capitale hittite, et identifiée après près d’un an d’examens.
- Cet accord datant d’environ 1300 avant notre ère posa fin à l’affrontement entre le pharaon Ramsès II et le roi hittite Muwatallis II, établissant paix, non-agression et assistance mutuelle.
- Le traité de Kadesh est exceptionnel car ses versions égyptienne et hittite ont toutes deux été conservées, permettant de comparer comment chaque puissance a formulé l’accord.
Concrètement en France
- Une copie du traité de Kadesh est exposée au siège de l’ONU à New York, ce qui explique sa notoriété comme symbole diplomatique.
- En France, les musées publics conservent eux aussi des tablettes cunéiformes du Proche-Orient ancien, notamment au Louvre, qui dispose d’un département dédié aux antiquités orientales.
- Comme en Turquie, les découvertes archéologiques faites en France relèvent d’un régime public encadré par l’État, avec des autorisations de fouilles et une protection du patrimoine.
- À retenir : les principes évoqués dans ce texte (non-agression, assistance mutuelle, intégrité territoriale) restent la trame des traités internationaux que la France signe aujourd’hui.
Les repères
- Découverte en Turquie d’un fragment de tablette d’argile identifié comme une copie du traité de paix de Kadesh, le plus ancien traité de paix connu dont les deux versions ont été conservées
- La tablette provient de Büyükkale, le palais royal de Hattusa, ancienne capitale des Hittites, et porte les articles 12 à 20 du traité, rédigés en cunéiforme akkadien
- Le traité organisait une paix durable entre l’Égypte et le royaume hittite, prévoyant paix, respect territorial, non-agression, assistance mutuelle et protection des fugitifs
- Trois autres copies du traité étaient déjà connues; les chercheurs espèrent retrouver d’autres fragments pour mieux reconstituer le document
- environs de 1300 avant notre ère : Bataille de Kadesh entre les forces du pharaon Ramsès II et celles du roi hittite Muwatallis II, sans vainqueur décisif
- quelques années après 1300 avant notre ère : Conclusion du traité de paix entre Ramsès II et le successeur de Muwatallis II
- près d’un an avant l’annonce : Examens menés sur la tablette par le ministère turc de la Culture et du Tourisme
En Turquie, un fragment d’argile inscrit éclaire l’accord qui mit fin à l’affrontement entre deux grandes puissances de l’Antiquité.
Mis au jour sur le site de l’ancienne capitale hittite, cet objet a été identifié comme une copie du traité de paix de Kadesh. Le ministère turc de la Culture et du Tourisme, institution publique chargée du patrimoine du pays, a rendu compte de cette avancée après des examens menés pendant près d’un an.
Un texte vieux de plus de trois millénaires
Le fragment provient de Büyükkale, le palais royal de Hattusa, dans le centre de la Turquie actuelle. Hattusa fut la capitale des Hittites, une grande puissance de l’Anatolie antique. Les archéologues y poursuivent des fouilles depuis de nombreuses années.
Les analyses ont permis de rattacher la tablette à une copie du traité de Kadesh. Cet accord est couramment présenté comme le plus ancien traité de paix connu dont les versions des deux parties ont été conservées.
Le morceau de tablette porte les articles 12 à 20 d’un accord qui organisait une paix durable entre l’Égypte et le royaume hittite.
Le texte était écrit en cunéiforme akkadien. Le cunéiforme désigne une écriture formée de petites empreintes en forme de coins, réalisées dans l’argile fraîche à l’aide d’un instrument taillé. L’akkadien servait alors largement de langue diplomatique au Proche-Orient ancien.
La tablette exhumée ne livre qu’une partie du document, mais son intérêt est majeur. Trois copies du traité sont déjà connues. Les chercheurs espèrent désormais retrouver d’autres fragments appartenant à cet exemplaire, ce qui pourrait permettre de reconstituer plus précisément son contenu matériel et son parcours.
Après une bataille sans vainqueur
L’histoire de ce texte remonte aux environs de 1300 avant notre ère. Les forces du pharaon Ramsès II affrontèrent celles du roi hittite Muwatallis II près de Kadesh, une ville située dans la région de l’actuelle Syrie.
Des dizaines de milliers de soldats auraient pris part au combat. La bataille est souvent considérée comme l’un des grands affrontements de chars de l’Antiquité. Malgré sa violence, elle ne déboucha pas sur une victoire décisive.
Quelques années plus tard, Ramsès II conclut un accord avec le successeur de Muwatallis II. Le traité posa les bases d’une relation stabilisée entre les deux États, alors rivaux pour le contrôle de zones stratégiques du Proche-Orient.
Les principaux engagements prévus
Le document ne se limitait pas à annoncer la fin des hostilités. Il définissait plusieurs obligations réciproques, dont certaines résonnent encore avec les principes diplomatiques modernes.
- la paix et la fraternité entre les deux royaumes ;
- le respect de l’intégrité territoriale ;
- un engagement de non-agression ;
- une assistance mutuelle face aux invasions extérieures ;
- un soutien en cas de troubles internes ;
- des dispositions concernant le retour de personnes ayant fui vers l’autre territoire.
Le traité prévoyait aussi que les personnes renvoyées ne subissent pas certaines sanctions. Le texte évoque notamment la protection de leurs maisons, de leurs épouses et de leur intégrité physique. Cette attention portée au sort des fugitifs donne une dimension très concrète à un accord souvent réduit à sa portée symbolique.
« Voyez l’ordre fixé pour l’éternité que le dieu Soleil et le dieu de l’Orage ont établi pour le pays d’Égypte et le pays de Hatti : paix et fraternité, sans qu’il reste entre eux la moindre inimitié. »
Cette formulation, traduite de l’akkadien, figure dans l’article 14 du traité. Elle montre que les souverains plaçaient l’accord sous la garantie de leurs divinités, un élément central dans les relations internationales de cette époque.
Des versions conservées des deux côtés
Le traité de Kadesh possède une particularité rare : les versions égyptienne et hittite sont toutes deux connues. Des copies en akkadien ont été retrouvées dans l’ancienne capitale hittite. Une version en hiéroglyphes égyptiens figure aussi sur les murs du temple de Karnak, en Égypte.
Cette double conservation permet aux spécialistes de comparer la façon dont chaque puissance a formulé l’accord. Elle constitue un avantage précieux pour l’étude du Proche-Orient ancien, où de nombreux textes diplomatiques ne nous sont parvenus que par une seule tradition.
Une réplique en cuivre d’une tablette du traité a été offerte à l’Organisation des Nations unies par la Turquie en 1970. L’institution internationale met en avant les notions de paix durable, de non-agression et d’aide mutuelle contenues dans le document antique.
Ce que cette trouvaille rappelle en France
La France ne possède pas d’équivalent direct au traité de Kadesh dans son histoire ancienne. La comparaison reste utile pour comprendre le rôle des accords écrits : ils fixent des engagements, organisent les rapports entre autorités et créent une trace susceptible d’être relue, contrôlée et transmise.
En France, l’archéologie préventive intervient avant certains travaux d’aménagement lorsque le sous-sol risque de contenir des vestiges. L’Institut national de recherches archéologiques préventives participe à ces recherches aux côtés des services de l’État, des collectivités et d’autres opérateurs autorisés.
La découverte de Hattusa rappelle aussi pourquoi l’étude d’un objet prend du temps. Une tablette ne parle pas d’elle-même. Les spécialistes doivent examiner l’argile, la forme, les signes gravés, le lieu exact de découverte et les comparaisons possibles avec d’autres documents. Dans ce cas, près d’une année a été nécessaire avant l’annonce de l’identification.
Une argile fragile, une mémoire durable
L’argile peut sembler vulnérable, mais elle devient très résistante lorsqu’elle est cuite ou exposée à un incendie. C’est l’une des raisons pour lesquelles tant de tablettes administratives, juridiques ou diplomatiques ont traversé les millénaires.
Chaque nouveau fragment peut modifier la lecture d’un texte ancien. Retrouver les parties manquantes de cette copie apporterait des éléments sur la rédaction du traité, sur sa conservation dans le palais royal et sur la circulation des documents entre les deux puissances. À Hattusa, les fouilles continuent donc avec l’espoir de compléter ce témoignage exceptionnel de la diplomatie antique.


