- Entre la fin du Moyen Âge et la fin du XVIIIe siècle, les tribunaux français et européens ont poursuivi des animaux selon les mêmes procédures que pour les humains, avec juges, arguments juridiques et parfois avocats.
- Les cochons, chevaux, chiens, bovins et insectes figuraient parmi les accusés les plus fréquents, tandis que les chats n’apparaissent presque jamais dans les archives judiciaires couvrant cette période.
- Les chats ont échappé aux tribunaux car leur taille, leur régime alimentaire et leurs capacités physiques les éloignaient des actes considérés comme assez graves : ils ne mangeaient pas d’enfants ni ne dévastaient les champs.
Concrètement en France
- En France aujourd’hui, un animal ne peut pas être poursuivi en justice : c’est son propriétaire ou son gardien qui répond des dommages causés, notamment en cas de morsure.
- Le droit français reconnaît désormais l’animal comme un être vivant doué de sensibilité, tout en le soumettant au régime des biens, ce qui l’éloigne définitivement du statut de justiciable.
- En cas de chien mordeur, ce sont des procédures administratives, décidées par le maire ou le préfet, qui peuvent aboutir à des mesures de placement ou d’euthanasie, et non un procès de l’animal.
- À retenir : ces procès médiévaux disent surtout comment une société conçoit la responsabilité, une question qui reste posée aujourd’hui, par exemple pour les dégâts causés par la faune sauvage.
Les repères
- Du Moyen Âge à la fin du XVIIIe siècle, les tribunaux européens ont poursuivi des animaux (cochons, chevaux, insectes, rats) selon des procédures judiciaires formelles avec juges et avocats
- Les chats apparaissent presque jamais dans les archives judiciaires, contrairement à d’autres espèces, bien qu’une compilation de 200 affaires du IXe au XIXe siècle ne recense aucun félin domestique accusé
- Les cochons étaient les prévenus les plus fréquents, poursuivis pour attaques contre des enfants ; les bovins et chevaux l’étaient après décès d’humains
- Les sanctions incluaient l’emprisonnement dans les mêmes prisons que les détenus humains, l’exécution, ou les amendes payables par le propriétaire
- L’absence des chats des tribunaux s’explique par des raisons pragmatiques : leur taille et leurs capacités les éloignaient des actes assez graves pour justifier une procédure judiciaire
- IXe au XIXe siècle : période couverte par une compilation de procès d’animaux recension 200 affaires
- Fin du Moyen Âge à fin du XVIIIe siècle : période principale de poursuite judiciaire d’animaux en Europe
Du Moyen Âge à la fin du XVIIIe siècle, des tribunaux européens ont poursuivi des animaux, tandis que les chats échappaient presque toujours aux accusations.
En France et dans plusieurs pays d’Europe, cette pratique aujourd’hui déroutante reposait sur une idée alors très différente de notre rapport aux bêtes. Le média en ligne Live Science rapporte, à partir d’un ouvrage de l’historien Rod Phillips, que cochons, chevaux, insectes ou rats pouvaient comparaître devant la justice. Les chats, eux, apparaissent très rarement dans les archives judiciaires.
Quand les animaux comparaissaient devant les juges
Entre la fin du Moyen Âge et la fin du XVIIIe siècle, certains animaux furent traités comme de véritables justiciables. Les procédures ne se limitaient pas à une punition décidée sur-le-champ par un propriétaire ou une communauté. Elles pouvaient suivre le fonctionnement habituel d’un tribunal, avec un juge, des arguments juridiques et parfois un avocat.
Les animaux concernés étaient accusés en vertu des règles applicables à l’époque. Les grands mammifères, notamment les bovins et les chevaux, pouvaient être poursuivis lorsqu’ils avaient causé la mort d’une personne. Les cochons figuraient parmi les prévenus les plus fréquents. Ils vivaient souvent près des habitations et pouvaient s’attaquer à de très jeunes enfants.
Dans ces affaires, l’animal n’était pas seulement considéré comme dangereux : il pouvait être regardé comme responsable de son acte et puni en conséquence.
La peine pouvait ressembler à celle prévue pour un humain reconnu coupable. Des animaux furent enfermés dans les mêmes prisons que les détenus humains. D’autres furent exécutés par les personnes chargées des exécutions judiciaires. Lorsqu’une amende était prononcée, le propriétaire devait la régler.
Des procès aussi contre les nuisibles
Les tribunaux religieux intervenaient dans un autre type de litiges. Ils pouvaient viser des animaux qui détruisaient les récoltes. Sauterelles, sangsues, rats et souris ont ainsi fait l’objet de procédures collectives.
Dans ce cadre, les sanctions n’avaient pas la même forme que pour un cochon ou un cheval. Les juges religieux pouvaient prononcer une excommunication ou ordonner aux animaux de quitter un territoire et de se rendre dans un lieu où ils ne feraient plus de dégâts.
- Les cochons étaient accusés après des attaques contre des enfants.
- Les chiens pouvaient être poursuivis pour des morsures.
- Les bovins risquaient des poursuites après un décès causé par leurs coups de corne.
- Les insectes et les rongeurs étaient visés pour les dommages aux cultures.
Cette justice animale fut particulièrement présente en France, tout en existant aussi en Suisse, dans les territoires allemands, aux Pays-Bas, en Espagne, en Italie et plus occasionnellement en Grande-Bretagne. Des affaires plus tardives ont aussi été recensées hors d’Europe, notamment en Russie, au Brésil, aux États-Unis et au Canada.
Pourquoi les chats ont presque toujours échappé aux tribunaux
Le contraste est frappant. Une compilation de procès d’animaux couvrant une période allant du IXe au XIXe siècle recense près de 200 affaires. Aucun chat n’y figure parmi les accusés. Chiens, loups, chèvres, chevaux, cochons, escargots et sauterelles y apparaissent, mais pas les félins domestiques.
L’explication avancée est très pragmatique. Les chats semblaient commettre trop peu d’actes considérés comme assez graves pour justifier une procédure. Leur taille, leur régime alimentaire et leurs capacités physiques les éloignaient des faits reprochés à d’autres espèces.
Les chats ne mangeaient pas les enfants comme certains cochons, ne provoquaient pas de blessures graves comme certains chiens et ne dévastaient pas les champs comme les nuées d’insectes.
Cette relative absence des prétoires ne signifie pas que les chats bénéficiaient d’une protection particulière. Ils ont été victimes de mauvais traitements et de mises à mort, hors de toute procédure judiciaire. Dans certains contextes, ils furent aussi associés à la sorcellerie. Ces violences ne relevaient pourtant pas des procès d’animaux décrits dans les archives.
Les chats, obstacles inattendus dans une affaire de rats
Les chats apparaissent tout de même dans une affaire célèbre du début du XVIe siècle, sans être eux-mêmes poursuivis. Dans le diocèse d’Autun, en Bourgogne, des rats avaient été convoqués devant une juridiction après avoir mangé une récolte d’orge.
Les rongeurs ne se présentèrent pas à la date fixée. Leur défenseur obtint un délai en faisant valoir que les chats guettaient leur passage et rendaient le trajet dangereux. Selon cet argument, personne ne pouvait être tenu de se présenter devant un tribunal s’il ne pouvait le faire sans risque.
Les archives ne permettent pas de savoir si les rats ont finalement comparu. Cette affaire montre surtout jusqu’où pouvait aller la mise en scène judiciaire : les règles de procédure semblaient devoir s’appliquer, au moins en apparence, à des animaux incapables de comprendre une convocation.
Une responsabilité animale difficile à interpréter
Ces procès soulèvent une question délicate : les contemporains pensaient-ils réellement que les animaux avaient une intention comparable à celle des humains ? Les sources ne permettent pas de répondre de façon simple.
Certains juristes affirmaient clairement que les bêtes n’avaient pas la raison humaine. Pourtant, la forme même des procès donnait l’impression qu’elles pouvaient être coupables. Une condamnation supposait, dans les faits, qu’un comportement puisse être soumis à une norme et sanctionné.
Les pratiques de dissuasion renforcent ce trouble. Pendant des siècles, des animaux morts ou mutilés ont été suspendus pour éloigner leurs semblables. Des lapins ou des belettes pouvaient être accrochés à des branches comme avertissement. Cette méthode rappelait les châtiments publics infligés aux humains, dont les corps ou les têtes étaient exposés afin de frapper les esprits.
Quelle différence avec la France actuelle ?
En France, un animal ne peut pas être déclaré pénalement coupable d’une infraction. Le droit moderne ne lui attribue pas une responsabilité criminelle comparable à celle d’une personne. Lorsqu’un animal cause un dommage, la question porte sur la prévention du risque et sur la responsabilité de son détenteur ou de son propriétaire, selon les circonstances.
Le code civil reconnaît les animaux comme des êtres vivants doués de sensibilité. Ils restent soumis au régime des biens, sous réserve des lois qui les protègent. Cette formulation traduit une évolution majeure par rapport aux procès médiévaux : l’animal n’est plus un prévenu susceptible d’être puni pour une faute morale.
Un chien ayant infligé des blessures graves peut faire l’objet de mesures administratives ou judiciaires destinées à protéger les personnes. La décision ne repose pas sur l’idée que le chien aurait commis un crime au sens humain du terme. Elle vise le danger présenté par l’animal et les obligations de la personne qui en a la garde.
Un changement profond de regard
Les procès d’animaux racontent moins une justice absurde qu’une ancienne manière de penser l’ordre social, religieux et juridique. À l’époque, la frontière entre la faute, le danger, le dommage et le péché ne correspondait pas à celle que connaît le droit français contemporain.
Le cas des chats est révélateur. Leur quasi-absence des tribunaux ne venait pas d’une réputation de sagesse reconnue par les juges. Elle tenait surtout à leur incapacité pratique à commettre les faits les plus souvent poursuivis. Leur rôle de chasseurs de rongeurs a même pu les placer, dans l’affaire bourguignonne, du côté de la menace qui empêchait les accusés rats de rejoindre le tribunal.


