- Marguerite de La Rocque a 27 ans lorsqu’elle quitte La Rochelle en 1542. Elle voyage avec Jean-François de La Rocque de Roberval, son tuteur, peut-être aussi son parent. Cet homme de pouvoir a reçu du roi la mission…
- Durant le voyage ou après l’arrivée dans la région, Marguerite de La Rocque est débarquée sur une terre isolée avec son compagnon et sa servante, Damienne. Les récits indiquent qu’elle reçoit quelques armes, des semences, des bagages et…
- Après environ deux années de solitude, Marguerite de La Rocque est finalement secourue par des marins. Les sources hésitent sur leur origine : il pourrait s’agir de pêcheurs basques ou bretons, venus travailler dans les riches zones de…
Le destin de Marguerite de La Rocque traverse les siècles avec la force d’un récit d’aventure. Partie de France avec des colons, elle se retrouve isolée dans le golfe du Saint-Laurent, loin de toute aide. Son histoire mêle expédition coloniale, drame familial, survie et mémoire littéraire.
Une traversée vers les nouveaux territoires français
Marguerite de La Rocque a 27 ans lorsqu’elle quitte La Rochelle en 1542. Elle voyage avec Jean-François de La Rocque de Roberval, son tuteur, peut-être aussi son parent. Cet homme de pouvoir a reçu du roi la mission d’établir une implantation française en Amérique du Nord.
La flottille compte trois navires, environ cent personnes et du bétail. Elle met le cap vers Cap-Rouge, près de l’actuelle ville de Québec, où Jacques Cartier est déjà installé. À bord se trouve aussi Jean Fonteneau, navigateur chevronné surnommé Alfonse de Saintonge. Son expérience des mers joue un rôle majeur durant cette expédition risquée.
À cette époque, traverser l’Atlantique ne relève pas du simple voyage. Les équipages affrontent les tempêtes, le froid, les maladies et le manque de vivres. Les terres américaines restent très mal connues des Européens. Chaque débarquement peut tourner au désastre.
Un abandon dont les raisons restent floues
Durant le voyage ou après l’arrivée dans la région, Marguerite de La Rocque est débarquée sur une terre isolée avec son compagnon et sa servante, Damienne. Les récits indiquent qu’elle reçoit quelques armes, des semences, des bagages et un Nouveau Testament.
Pourquoi une telle décision ? Les sources ne donnent pas de réponse certaine. Certains récits évoquent une liaison jugée scandaleuse avec son amant. D’autres avancent un possible conflit d’héritage. Son protecteur aurait pu vouloir écarter une jeune femme devenue encombrante dans une affaire de famille et de fortune.
Sur un îlot battu par les vents, la jeune femme doit survivre sans équipage, sans village et sans possibilité de rejoindre le continent par ses propres moyens.
Le lieu exact fait toujours débat. La tradition retient l’île de la Demoiselle, un nom attribué par le marin Jean Fonteneau. Plusieurs sites ont été proposés par les historiens, notamment l’île Harrington, dans la province actuelle du Québec, près du détroit de Belle-Isle. L’archipel du Vieux-Fort et l’île de Quirpon, au large de Terre-Neuve, sont aussi cités.
Un drame humain au cœur du golfe
Les versions anciennes racontent que le compagnon de Marguerite meurt peu après l’abandon. Leur enfant, né dans ces conditions terribles, ne survit pas non plus. Damienne disparaît également. La jeune femme reste alors seule dans un environnement hostile.
André Thevet, géographe et écrivain du XVIe siècle, affirme l’avoir rencontrée vers 1556 dans sa demeure périgourdine. Il rapporte son témoignage dans sa Cosmographie universelle, publiée en 1575. Selon lui, Marguerite était devenue très habile avec une arquebuse.
André Thevet écrit qu’elle aurait abattu trois ours au cours d’une même journée, dont un animal à la fourrure blanche.
Cette scène a marqué les imaginations. Elle nourrit l’image d’une femme capable de chasser, de préparer la viande et d’utiliser les peaux pour se protéger du froid. Il faut garder une prudence face à ces récits, souvent embellis au fil du temps. Ils montrent tout de même à quel point son endurance a fasciné ses contemporains.
- Elle aurait utilisé les armes laissées avec ses affaires.
- Elle aurait chassé pour se nourrir et se défendre.
- Les peaux d’animaux auraient servi de vêtements ou de couverture.
- Elle aurait tenu grâce aux provisions initiales, puis aux ressources locales.
Des pêcheurs mettent fin à son isolement
Après environ deux années de solitude, Marguerite de La Rocque est finalement secourue par des marins. Les sources hésitent sur leur origine : il pourrait s’agir de pêcheurs basques ou bretons, venus travailler dans les riches zones de morue du golfe.
La pêche à la morue attire alors de nombreux équipages européens vers les côtes nord-américaines. Bien avant une colonisation durable, Basques, Bretons, Normands et Portugais fréquentent ces eaux pour saler le poisson avant le retour en Europe. Cette présence saisonnière a sans doute offert à la rescapée sa seule chance d’être repérée.
Son retour en France ne lui rend pas pour autant sa place dans les affaires familiales. Jean-François de La Rocque de Roberval meurt en 1560 sans héritier direct. Marguerite se voit écartée d’une part des biens, terres et revenus qu’elle aurait pu réclamer.
Une vie nouvelle dans le Périgord
De retour dans son château de La Mothe, à Nontron, elle ouvre une pension évangélique destinée aux jeunes filles. Cette activité lui permet de reconstruire une existence après l’épreuve. Son histoire renforce aussi son autorité morale : aux yeux de beaucoup, son salut paraît lié à une foi exceptionnelle et à une volonté peu commune.
La figure de Marguerite inspire très tôt les écrivains. Marguerite de Navarre reprend son aventure dans la soixante-septième nouvelle de l’Heptaméron. Le récit y gagne une dimension morale et romanesque, avec une héroïne confrontée à la violence, au deuil et à l’isolement.
| Repère | Élément connu |
|---|---|
| 1542 | Départ depuis la côte atlantique française avec l’expédition de Roberval |
| Golfe du Saint-Laurent | Zone probable de son abandon |
| Environ deux ans | Durée habituellement retenue pour son isolement |
| Vers 1556 | Rencontre rapportée avec André Thevet en Périgord |
Une figure toujours présente dans la culture québécoise
Au Québec et dans l’est du Canada, cette femme reste associée aux premières heures de la présence française. Son destin a nourri des biographies, des livres pour la jeunesse, des romans et des récits historiques. Il symbolise aussi la place souvent effacée des femmes dans les expéditions de la Renaissance.
En 2026, le film L’Île de la Demoiselle, réalisé par Micha Wald, remet cette trajectoire sur le devant de la scène. Salomé Dewaels y incarne Marguerite de La Rocque, tandis qu’Alexandra Lamy joue Marguerite de Navarre. Cette adaptation rappelle que les archives ne livrent pas tout, mais que la survivante continue d’interroger.
Pourquoi son récit garde une telle force
L’isolement sur une île n’était pas seulement une épreuve physique. Le froid, les blessures, l’absence de soins et le choc du deuil rendaient chaque journée incertaine. Une arquebuse, arme longue chargée par la bouche du canon, pouvait servir à chasser, mais son usage demandait de la poudre sèche, du plomb et beaucoup de sang-froid.
Son histoire éclaire aussi la réalité des expéditions françaises du XVIe siècle. Derrière les ambitions royales et les cartes incomplètes, il y avait des vies fragiles, dépendantes de la météo, des réserves et des décisions parfois brutales des chefs de mission. Marguerite de La Rocque demeure ainsi bien plus qu’un personnage de légende : le visage d’une survivante au commencement de l’histoire française en Amérique du Nord.


