- Un rapport sur 64 grottes et collines karstiques du Cambodge occidental révèle une biodiversité cachée : geckos, escargots, mille-pattes et un serpent venimeux sans nom scientifique vivent dans ces milieux isolés.
- Certaines espèces animales peuvent être limitées à une seule colline calcaire, ce qui signifie que leur disparition entraînerait l’extinction d’espèces inconnues de la science, notamment à cause de l’exploitation minière.
- Des caméras automatiques ont enregistré 59 espèces autour des cavités, dont des pangolins de la Sonde, des macaques et des varans du Bengale, tandis que cinq grottes accueillent au moins 5,1 millions de chauves-souris asiatiques.
Concrètement en France
- La France possède aussi de vastes zones karstiques, notamment dans les Causses, le Jura, les Alpes, le Vercors ou les Pyrénées, avec une faune souterraine adaptée à l’obscurité et à l’humidité.
- Comme au Cambodge, certaines espèces cavernicoles françaises ne vivent que dans un réseau souterrain restreint, ce qui les rend très sensibles aux pollutions de l’eau et aux extractions de granulats.
- Plusieurs cavités françaises font l’objet de protections (arrêtés de protection d’habitats, sites Natura 2000, réserves naturelles), et l’accès à certaines grottes est réglementé, en particulier pour préserver les colonies de chauves-souris en hibernation.
- À retenir : en spéléologie de loisir, respecter les périodes de fermeture et ne rien prélever reste le geste le plus utile, car un dérangement hivernal peut être fatal aux chauves-souris.
Les repères
- Des scientifiques découvrent de nombreuses espèces animales inconnues dans les grottes calcaires de l’ouest du Cambodge, révélées par un rapport consacré à 64 grottes et collines karstiques
- Les habitats souterrains abritent des geckos, des escargots minuscules, des mille-pattes et un serpent venimeux sans nom scientifique, certains ne vivant que sur une seule colline
- La fragmentation naturelle des reliefs calcaires favorise l’évolution distincte des populations isolées, créant une biodiversité unique et vulnérable aux carrières, incendies et activités humaines
- Les chercheurs ont mené des recherches diurnes et nocturnes, utilisant des lampes pour identifier les reptiles actifs la nuit et observer les escargots terrestres et autres petites espèces
Dans l’ouest du Cambodge, les reliefs calcaires abritent une faune discrète, vulnérable et encore largement méconnue des scientifiques.
Un rapport consacré à 64 grottes et collines karstiques révèle l’ampleur de cette biodiversité cachée. Le média en ligne américain Earth.com rapporte que plusieurs animaux jamais recensés par la science vivent dans ces milieux sombres et isolés, soumis à la pression des carrières, des incendies et des activités humaines.
Des animaux liés à quelques collines seulement
Les cavités calcaires de l’ouest cambodgien ne sont pas de simples formations rocheuses. Elles constituent des habitats à part entière, faits de fissures humides, de parois obscures, de salles souterraines et de petits massifs séparés les uns des autres par des routes, des terres agricoles ou des zones habitées.
Les chercheurs y ont recensé des geckos, des escargots minuscules, des mille-pattes ainsi qu’un serpent venimeux qui n’a pas encore reçu de nom scientifique. Certains de ces animaux pourraient ne vivre que sur une seule colline calcaire. La disparition d’un relief pourrait donc entraîner celle d’espèces présentes nulle part ailleurs.
Chaque grotte et chaque colline isolée peut abriter une combinaison animale différente, façonnée par un long isolement.
Les inventaires ont été coordonnés sur des collines séparées, afin de mesurer les différences entre les populations. Cette fragmentation naturelle joue un rôle majeur : au fil des générations, des animaux très proches peuvent évoluer de manière distincte dès lors qu’ils ne se reproduisent plus avec ceux des reliefs voisins.
Pourquoi les grottes abritent une faune si singulière
L’eau façonne le calcaire de manière irrégulière. Elle creuse des chambres, des fentes et des recoins qui conservent l’humidité. Ces espaces offrent des abris, des zones de ponte et des ressources alimentaires pour des espèces de petite taille.
Les collines karstiques du Cambodge occidental forment ainsi une mosaïque. Elles semblent proches sur une carte, mais peuvent être séparées par des espaces difficiles à franchir pour un gecko, un escargot terrestre ou un mille-pattes. Cette séparation favorise l’apparition de lignées propres à chaque massif.
- Les parois et fissures maintiennent des conditions plus fraîches et humides.
- Les cavités protègent de nombreux animaux durant les périodes les plus chaudes.
- Les reliefs isolés limitent les déplacements entre les populations.
- La petite taille de certaines espèces les rend faciles à ignorer lors d’observations rapides.
Des recherches menées après le coucher du soleil
Les équipes de terrain ont inspecté les sentiers, les falaises, les entrées de cavités et les pierres mobiles durant la journée. La nuit, elles ont utilisé des lampes pour repérer les reptiles, souvent plus actifs lorsque la température baisse et que leurs proies se déplacent.
Les geckos et les serpents peuvent alors être repérés grâce aux mouvements, aux reflets de leurs yeux ou à la coloration de leur corps. Les chercheurs ont aussi écarté les lieux trop dangereux et certaines grottes occupées par de très grandes colonies de chauves-souris.
Parmi les espèces signalées figurent de minuscules escargots terrestres. L’un d’eux a été trouvé dans la province de Battambang, à l’ouest du pays. Son observation constitue la première mention de son groupe au Cambodge. Un autre escargot ajoute le pays à l’aire connue d’un groupe déjà présent dans plusieurs régions calcaires humides d’Asie.
Les geckos, témoins de l’isolement des reliefs
Les geckos ont livré certains des résultats les plus parlants. Une espèce nouvellement décrite, dotée de doigts recourbés, présente quatre branches génétiques sur des collines distinctes. Ces populations restent très proches d’apparence, mais leur patrimoine génétique révèle une séparation ancienne.
Un autre petit gecko a été signalé sur la colline calcaire de Phnom Khpoh, dans la province de Battambang. Dans cette région, des affleurements karstiques surgissent au milieu des plaines agricoles. Pour les espèces qui y vivent, ces îlots rocheux jouent le rôle de refuges très restreints.
« Nous ne pouvons pas protéger quelque chose si nous ne savons pas qu’il existe », a déclaré Lee Grismer, chercheur associé à l’étude.
Des mammifères, oiseaux et reptiles autour des cavités
La vie ne se limite pas aux petits animaux vivant dans les roches. Des caméras automatiques installées dans neuf collines karstiques ont enregistré 59 espèces à partir de 199 221 images. Elles ont notamment révélé la présence de pangolins de la Sonde, de paons verts, de macaques, de serows continentaux et de varans du Bengale.
Les pangolins de la Sonde sont des mammifères nocturnes couverts d’écailles. Ils figurent parmi les espèces menacées observées dans cette zone. Les chiens domestiques ont aussi été fréquemment filmés. Leur présence inquiète les scientifiques, car ils peuvent poursuivre la faune sauvage, perturber les animaux la nuit et transmettre des maladies.
Le rôle déterminant des chauves-souris
Certaines grottes accueillent d’immenses colonies de chauves-souris. Leurs déjections, appelées guano, nourrissent des insectes et participent à la circulation des nutriments dans les cavités. Des détecteurs acoustiques ont permis d’identifier des chauves-souris grâce à leurs émissions sonores aiguës, y compris dans des zones où l’accès humain était jugé trop risqué.
Cinq grottes considérées comme importantes à l’échelle nationale abriteraient au moins 5,1 millions de chauves-souris asiatiques à lèvres ridées. Le guano peut représenter une ressource économique locale lorsqu’il sert d’engrais. Une collecte trop intensive, tout comme la chasse, risque pourtant d’affaiblir les colonies.
En France, une protection encadrée pour les cavités et les chauves-souris
En France, les grottes peuvent elles aussi héberger des espèces très spécialisées, notamment des chauves-souris et des invertébrés adaptés à l’obscurité. Les chauves-souris présentes sur le territoire français bénéficient d’une protection réglementaire : leur destruction, leur capture ou la dégradation de leurs sites de reproduction et de repos sont interdites, sauf dérogation encadrée.
La situation cambodgienne rappelle l’utilité des inventaires naturalistes avant tout projet d’aménagement. Une carrière de calcaire ne transforme pas seulement un paysage : elle peut faire disparaître des fissures, des abris et des populations animales dont l’existence n’avait pas encore été documentée.
Des menaces directes sur les massifs calcaires
La demande en ciment accentue la pression sur les collines calcaires, utilisées comme matière première. L’extraction constitue le risque le plus brutal : lorsqu’une colline est exploitée, les grottes et les microhabitats qu’elle contient disparaissent avec elle.
Les équipes ont aussi relevé des traces de feux, de chasse, de déchets, de creusement des sols et de modifications de cavités fréquentées par les visiteurs. Plusieurs grottes sont déjà utilisées pour la méditation, le culte, le tourisme ou la collecte de guano. Toute mesure de protection doit donc tenir compte des habitants et de ces usages locaux.
Le rapport de l’organisation Fauna & Flora préconise notamment de poursuivre les relevés durant la saison des pluies, de cartographier plus largement les collines et de renforcer la protection des sites les plus sensibles. Dans ces paysages calcaires, l’enjeu dépasse la seule sauvegarde d’une grotte : il concerne des espèces dont l’aire de vie peut se limiter à quelques rochers.


