- En 1997, des ornithologues découvrent près de la frontière péruvienne une espèce d’oiseau inconnue, le jocotoco (Grallaria ridgelyi), grâce à son chant distinctif dans une forêt isolée des Andes.
- Cette découverte incite l’ornithologue Robert Ridgely à créer la réserve de Tapichalaca, qui devient le point de départ de la Fondation Jocotoco et de son réseau de 19 paysages protégés couvrant près de 50 000 hectares.
- Le réseau s’étend de l’Amazonie aux Galápagos et accueille 1 350 espèces d’oiseaux (12,5 % des oiseaux mondiaux) ainsi que des animaux emblématiques comme le condor et l’ours des Andes, prouvant que protéger une espèce préserve tout un écosystème.
Concrètement en France
- En France, la protection des milieux naturels passe surtout par des outils publics comme les parcs nationaux, les parcs naturels régionaux et les réserves naturelles, plutôt que par l’achat de terres par des fondations privées.
- Il existe néanmoins un modèle proche de celui décrit ici, avec des associations et conservatoires qui achètent des terrains pour les soustraire à l’urbanisation ou à l’exploitation intensive.
- Les surfaces citées, environ 50 000 hectares pour les réserves privées, correspondent à l’ordre de grandeur d’un parc naturel français de taille moyenne.
- À retenir : la découverte d’une espèce sert souvent de levier de mobilisation, un mécanisme que l’on retrouve en France autour d’espèces emblématiques comme le loup, l’ours ou certains oiseaux menacés.
Les repères
- Découverte en 1997 d’une espèce d’oiseau inconnue, le Grallaria ridgelyi (jocotoco), dans une forêt isolée de l’Équateur près de la frontière péruvienne
- Création de la réserve de Tapichalaca et fondation de la Fondation Jocotoco pour protéger l’habitat de l’espèce
- Réseau de 19 réserves privées protégées couvrant environ 50 000 hectares, plus 81 000 hectares gérés avec les communautés locales
- Écosystèmes diversifiés préservés : forêts andines, Amazonie, páramos, région du Chocó, zones sèches de Tumbes et îles Galápagos
- 1 350 espèces d’oiseaux recensées dans les réserves, représentant 12,5 % des espèces d’oiseaux connues mondialement
- 1997 : Découverte d’un oiseau inconnu lors d’une expédition scientifique dans une forêt reculée des versants orientaux des Andes
- Fin des années 1990 : Identification de l’espèce Grallaria ridgelyi et création de la réserve de Tapichalaca
Dans une forêt isolée de l’Équateur, un chant inhabituel a conduit des ornithologues vers un oiseau encore inconnu de la science.
La rencontre, survenue près de la frontière péruvienne à la fin des années 1990, a eu des conséquences bien plus larges que l’identification d’une nouvelle espèce. Comme le rapporte le média en ligne américain Good News Network, cet oiseau a servi de point de départ à la création d’un réseau de réserves privées aujourd’hui étendu dans plusieurs régions équatoriennes.
Un appel étrange au cœur des Andes
Tout commence en 1997, lors d’une sortie d’observation dans une forêt reculée des versants orientaux de la cordillère des Andes. Des scientifiques entendent alors un cri qu’ils ne reconnaissent pas. Ils suivent ce signal sonore à travers la végétation et aperçoivent un oiseau assez grand, aux teintes grises, noires et brunes.
Sa silhouette intrigue immédiatement les observateurs. L’animal se tient sur de longues pattes, avec une posture qui rappelle celle d’un échassier. Aucun membre de l’équipe n’avait vu un tel oiseau auparavant.
Cette observation allait conduire à l’identification d’une espèce nouvelle pour la science : Grallaria ridgelyi.
Les habitants de la région l’appelaient déjà « jocotoco ». L’espèce a reçu son nom scientifique en hommage à Robert Ridgely, l’ornithologue qui avait organisé l’expédition de 1997. Elle appartient au groupe des grallaires, des oiseaux terrestres des forêts sud-américaines, connus pour leur discrétion et leurs chants puissants.
Un oiseau devenu le symbole d’une mobilisation
Robert Ridgely comprend alors que l’avenir de l’espèce dépend directement de la protection du secteur où elle vient d’être identifiée. Il cherche rapidement des financements afin d’acquérir les terrains concernés.
Cette collecte permet la création de la réserve de Tapichalaca. Ce premier site devient ensuite la base d’un programme de conservation beaucoup plus vaste porté par la Fondation Jocotoco, en lien avec les communautés locales.
La fondation affirme agir sur plusieurs fronts :
- la protection des habitats naturels ;
- la restauration de zones dégradées ;
- le reboisement ;
- le suivi des espèces menacées ;
- le développement d’un écotourisme encadré.
Le réseau compte désormais 19 paysages privés protégés. Ils couvrent 123 000 acres, soit près de 50 000 hectares. La Fondation Jocotoco les gère aussi avec environ 200 000 acres de terres appartenant à des communautés locales, soit près de 81 000 hectares.
Des milieux naturels très différents
Ces espaces ne se limitent pas aux forêts andines. Ils s’étendent de l’Amazonie aux hauts plateaux andins, appelés páramos, en passant par la région humide du Chocó, les zones sèches de Tumbes et les îles Galápagos.
Cette diversité explique l’intérêt écologique du réseau. Selon les données citées par Good News Network, 1 350 espèces d’oiseaux y ont été recensées. Cela représente 12,5 % des espèces d’oiseaux connues dans le monde.
Les réserves accueillent aussi des animaux emblématiques des Andes, comme le condor et l’ours des Andes. Elles abritent également des espèces menacées, parmi lesquelles la perruche d’El Oro et le pétrel des Galápagos.
« Chaque année, nous identifions de nouvelles espèces, nous retrouvons des espèces que l’on croyait déjà perdues à cause de l’extinction et nous aidons des espèces à sortir d’une situation critique », affirme la Fondation Jocotoco.
La protection d’un habitat, au-delà d’une seule espèce
L’histoire du jocotoco illustre une réalité fréquente en matière de biodiversité : protéger un animal rare implique souvent de préserver tout son environnement. Une forêt sauvegardée pour un oiseau peut aussi offrir un refuge à des mammifères, des amphibiens, des insectes, des plantes et d’autres oiseaux qui dépendent du même territoire.
Ian J. Davidson, directeur régional pour les Amériques de BirdLife International, a salué le travail de la fondation dans des propos rapportés par le quotidien britannique The Guardian.
« En créant un réseau d’“arches” d’habitats protégés, Jocotoco a donné à ces espèces remarquables une réelle chance non seulement de survivre, mais aussi de se rétablir et de s’étendre au-delà de leurs derniers bastions. »
Il estime que cette action constitue « un exemple inspirant de ce que la détermination, la science et une gestion sur le long terme peuvent accomplir pour la nature ».
Quelle mise en perspective en France ?
En France, la préservation des espèces sauvages repose sur plusieurs outils. Les parcs nationaux, les réserves naturelles nationales et régionales, les arrêtés de protection de biotope ainsi que les sites Natura 2000 contribuent à préserver des milieux fragiles. L’État, les collectivités, les associations et les propriétaires fonciers peuvent intervenir selon les zones et les statuts de protection.
Le parallèle avec l’Équateur doit être manié avec prudence. Les paysages, les espèces et les règles foncières diffèrent fortement. L’exemple de Tapichalaca montre tout de même qu’une acquisition ciblée de terrains peut empêcher la disparition d’un habitat avant que les menaces ne deviennent irréversibles.
En France aussi, beaucoup d’oiseaux dépendent de milieux très précis : zones humides, bocages, landes, forêts anciennes, falaises ou prairies. La disparition ou la fragmentation de ces espaces réduit les possibilités de nourrissage, de reproduction et de déplacement des animaux.
Pourquoi les grallaires sont difficiles à observer
Les grallaires vivent le plus souvent au sol ou près du sol, dans des sous-bois denses. Elles se déplacent discrètement et restent fréquemment invisibles, même lorsqu’elles chantent à proximité. Leur repérage repose donc souvent sur l’écoute attentive de leurs vocalisations.
Cette particularité aide à comprendre pourquoi le jocotoco a pu rester inconnu des scientifiques jusqu’à la fin des années 1990. Dans les forêts montagneuses, le relief, la végétation et l’isolement des lieux compliquent les inventaires naturalistes.
La réserve de Tapichalaca rappelle ainsi qu’un oiseau aperçu au détour d’une expédition peut devenir le moteur d’une action durable. À partir d’un chant entendu dans la forêt équatorienne, des dizaines de milliers d’hectares ont fini par être intégrés à une stratégie de protection de la nature.


