- La Marine nationale a repéré un navire marchand du XVIe siècle, baptisé Camarat 4, reposant à 2 560 mètres de profondeur au large du Var, établissant un record de profondeur pour une épave ancienne dans les eaux françaises.
- Le navire mesure 30 mètres de long et transporte une cargaison diverse incluant des céramiques ligures, des barres métalliques, six canons et des ancres, permettant aux archéologues d’étudier le commerce méditerranéen de la Renaissance.
- Protégée par sa grande profondeur, l’épave demeure remarquablement préservée, mais les archéologues y ont aussi découvert des déchets modernes, illustrant la portée de la pollution plastique jusque dans les zones marines très profondes.
Concrètement en France
- Le patrimoine culturel immergé dans les eaux françaises est protégé par la loi : une épave ancienne appartient en principe à l’État et ne peut être fouillée ou prélevée sans autorisation.
- Toute découverte fortuite d’un bien culturel maritime, par un plaisancier ou un plongeur, doit être déclarée aux autorités compétentes et non remontée à la surface.
- Le service du ministère de la Culture spécialisé dans l’archéologie sous-marine, cité dans l’article, est l’interlocuteur de référence pour ce type de site en France.
- Ces épaves très profondes restent hors de portée des plongeurs et ne sont explorables qu’avec des robots sous-marins, ce qui limite les risques de pillage mais aussi la fréquence des études.
Les repères
- Découverte d’une épave du XVIe siècle baptisée Camarat 4 au large du Var, à 2 560 mètres de profondeur, record pour un navire ancien en eaux françaises
- Navire marchand d’environ 30 mètres de long chargé de céramiques ligures, barres métalliques, canons et ancres, identifiés grâce à des images de caméra sous-marine
- Cargaison composée de cruches à bec pincé, assiettes jaunes décorées et objets portant les lettres « IHS » permettant une datation précise du XVIe siècle
- Poupe vide intriguant les archéologues, suggérant un possible chavirement avant le naufrage dont les causes restent à déterminer
- Épave exceptionnellement préservée en tant que « capsule temporelle » protégée par la profondeur, à l’écart des activités humaines et des prélèvements illégaux
- début du mois de mars : La Marine nationale détecte l’épave au sonar lors d’une opération de reconnaissance en haute mer
- XVIe siècle : Naufrage du navire marchand Camarat 4
- 1968 : Coulage du sous-marin français La Minerve au large de Toulon, qui était jusque-là la plus profonde épave française connue
Au large du Var, une mission navale a repéré un navire marchand vieux de près de cinq siècles, remarquablement préservé sous la Méditerranée.
Les faits se déroulent en France, au large de Ramatuelle, près de Saint-Tropez. Le magazine américain Smithsonian Magazine rapporte que cette épave, baptisée Camarat 4, repose à une profondeur jamais atteinte pour un navire ancien dans les eaux françaises.
Un navire marchand figé au fond de la Méditerranée
La Marine nationale menait une opération de reconnaissance en haute mer au début du mois de mars lorsqu’un sonar a signalé une grande forme sur le fond marin. Les marins ont alors utilisé une caméra sous-marine pour observer la zone.
Les images ont montré la silhouette d’un bâtiment remontant au XVIe siècle. La Marine a alerté le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, un service du ministère français de la Culture chargé de protéger et d’étudier le patrimoine immergé.
Le Camarat 4 repose à environ 2 560 mètres sous la surface de la Méditerranée, au large du cap Camarat.
Cette profondeur place le site devant La Minerve, le sous-marin français coulé en 1968 au large de Toulon. Cette épave militaire, jusque-là la plus profonde connue dans les eaux françaises, repose à plus de 2 200 mètres sous la surface.
Le Camarat 4 mesure environ 30 mètres de long pour 7 mètres de large. Il s’agissait d’un navire de commerce, chargé de plusieurs centaines de pièces avant son naufrage. Sa cargaison comprend notamment des cruches en céramique à bec pincé, des assiettes jaunes décorées et des barres de métal.
Des céramiques venues de Ligurie
Les premières observations orientent les chercheurs vers la Ligurie, région côtière du nord-ouest de l’Italie, proche de la frontière française. Les cruches et les assiettes auraient été fabriquées dans cette région au XVIe siècle, à une période où les routes maritimes reliaient activement les ports italiens, provençaux et méditerranéens.
Certains récipients portent des motifs géométriques ou végétaux. D’autres affichent les lettres « IHS », correspondant aux trois premières lettres du nom de Jésus-Christ en grec. Ces éléments décoratifs peuvent aider les spécialistes à dater plus précisément les objets et à identifier leurs lieux de production.
- Des centaines de cruches et d’assiettes en céramique ;
- Des barres métalliques transportées comme marchandise ;
- Deux marmites destinées à la cuisine de bord ;
- Six canons ;
- Des ancres et des éléments de l’armement du navire.
La présence de canons ne signifie pas nécessairement que le bâtiment était un navire de guerre. À cette époque, les bâtiments marchands embarquaient souvent des armes pour se défendre contre les attaques en mer. Le commerce maritime restait exposé aux conflits, aux actes de piraterie et aux rivalités entre puissances côtières.
Une poupe qui interroge les archéologues
Une partie du site intrigue déjà les équipes chargées de son étude : la poupe paraît vide, alors que le reste du navire était chargé de marchandises. Pour un bâtiment commercial, cette absence est inhabituelle.
Les archéologues envisagent plusieurs pistes, sans pouvoir trancher à ce stade. Des biens périssables ont pu être rangés à cet endroit et se décomposer au fil des siècles. Les futures analyses devront aussi établir si certaines parties du navire ont été déplacées par les courants ou lors du naufrage.
La dispersion des objets donne une autre indication. Elle laisse penser que le bateau a pu chavirer avant de sombrer. La cause de cet accident reste inconnue : tempête, problème de navigation, avarie ou surcharge figurent parmi les hypothèses que les spécialistes devront examiner.
Une capsule temporelle protégée par la profondeur
À plus de deux kilomètres sous la surface, l’épave est restée à l’écart des activités humaines habituelles. Cette situation a limité les dégradations et les prélèvements illégaux.
« C’est une véritable capsule temporelle », a déclaré Marine Sadania, archéologue subaquatique au ministère de la Culture. « On a l’impression que le temps s’est arrêté sur ce navire. »
La pression, l’obscurité totale et les températures froides compliquent fortement les interventions humaines. Elles contribuent aussi à préserver certains vestiges. Les chercheurs doivent donc travailler avec des équipements conçus pour les grandes profondeurs, notamment des caméras et des appareils téléopérés.
L’équipe souhaite réunir des céramologues, des historiens et des géologues afin de mieux comprendre l’origine de la cargaison, les conditions du naufrage et l’itinéraire probable du navire. Avec la Marine nationale, elle prévoit aussi de réaliser une reproduction numérique en trois dimensions du site et de remonter un nombre limité d’objets pour les étudier.
La France face à la protection de son patrimoine sous-marin
En France, le patrimoine archéologique situé sous l’eau relève du ministère de la Culture. Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines intervient sur les épaves, les ports anciens, les vestiges engloutis et les objets présents dans les eaux françaises.
Une épave n’est pas un gisement librement accessible. Les recherches, prélèvements et fouilles exigent des autorisations. Cette protection vise à éviter la disparition d’objets qui, une fois retirés de leur contexte, perdent une partie de leur valeur historique. La position d’une épave sensible peut aussi être gardée discrète afin de limiter les risques de pillage.
Dans le cas du Camarat 4, l’enjeu ne concerne pas seulement le navire lui-même. Chaque objet, son emplacement et son état de conservation apportent des indices sur la vie à bord, le commerce en Méditerranée et les pratiques artisanales de la Renaissance.
Des déchets modernes au milieu d’objets vieux de cinq cents ans
Le site n’abrite pas uniquement des vestiges anciens. Les archéologues ont aussi observé des canettes de bière, des pots de yaourt, des bouteilles en plastique et des filets de pêche parmi les objets du XVIe siècle.
« Après l’émerveillement de la trouvaille vient la tristesse de voir de telles choses », a déclaré Arnaud Schaumasse, directeur du Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines. « L’océan n’est pas une poubelle, mais il est manifestement traité comme tel. »
Cette cohabitation entre une cargaison ancienne et des déchets récents montre que la pollution atteint aussi les zones marines très profondes. Les plastiques et les filets abandonnés peuvent voyager loin sous l’effet des courants, puis se déposer sur des fonds difficilement accessibles.
La future reconstitution en trois dimensions permettra de conserver une image précise de l’épave avant toute intervention. Elle offrira aussi aux chercheurs la possibilité d’étudier la disposition des objets sans multiplier les manipulations sur un site fragile, situé dans un environnement extrême.


