- Les fouilles de Chengba révèlent une cité fortifiée de la dynastie Han (entre 202 et 141 avant notre ère) organisée autour des voies fluviales et montagneuses du Sichuan oriental, probablement l’ancienne Dangqu mentionnée dans les textes historiques.
- Le site unique comprend une « porte d’eau », zone d’accostage qui aurait servi de point de contrôle combinant accès terrestre et fluvial, ce qui en ferait la seule connue de l’époque Han en Chine.
- Les fouilles ont aussi livré plus de 20 000 fragments de métallurgie du fer, des documents sur bambou traitant finances et administration locale, et des traces d’ateliers artisanaux, montrant la richesse économique de cette cité carrefour.
Concrètement en France
- En France aussi, l’archéologie préventive précède souvent les grands chantiers, et les découvertes sont encadrées par le code du patrimoine.
- Les vestiges de villes antiques fortifiées avec enceinte, rues et ateliers sont bien connus sur le territoire français, notamment pour la période gallo-romaine.
- Comme à Chengba, les ports fluviaux antiques ont joué un rôle clé dans le commerce français ancien, le long de la Seine, du Rhône ou de la Loire.
- Toute découverte fortuite de vestiges lors de travaux doit être signalée aux autorités compétentes, et non conservée par l’inventeur.
Les repères
- Des archéologues exhument à Chengba, dans le Sichuan oriental, les vestiges d’une ville fortifiée de la dynastie Han, probablement l’ancienne cité de Dangqu mentionnée dans les textes historiques.
- Le site couvre environ 50 000 mètres carrés et comprend une enceinte de 725 mètres, un fossé défensif, des rues, des bâtiments, des ateliers de poterie et une zone portuaire sur la rivière Qujiang.
- Une « porte d’eau » unique en Chine aurait permis à l’administration de contrôler les flux de voyageurs, d’embarcations et de marchandises entre les régions, combinant accès terrestre et fluvial.
- Les murailles de Chengba ont été édifiées sous les Han occidentaux, entre 202 et 141 avant notre ère, et représentent le premier site urbain Han identifié dans l’est du Sichuan.
- Royaumes combattants (avant l’unification de la Chine) : Occupation antérieure du site, attestée par des objets en bronze et des armes rituelles liés à l’État de Ba
- Entre 202 et 141 avant notre ère : Construction des murailles de Chengba sous les Han occidentaux
- 206 avant notre ère à 220 de notre ère : Période de la dynastie Han, durant laquelle Chengba était occupée
Dans le sud-ouest de la Chine, des fouilles révèlent l’organisation d’une cité ancienne installée au carrefour des voies fluviales et montagneuses.
À Chengba, dans le comté de Quxian, à l’est de la province chinoise du Sichuan, les archéologues mettent au jour les vestiges d’une importante ville de la dynastie Han. La revue archéologique Antiquity rapporte que cet ensemble pourrait correspondre à l’ancienne cité de Dangqu, connue par les textes historiques.
Une cité fortifiée au cœur du Sichuan oriental
Le site de Chengba couvre environ 50 000 mètres carrés. Les recherches ont permis d’identifier une enceinte dotée de portes, longue d’environ 725 mètres, ainsi qu’un fossé défensif. À l’intérieur, les vestiges dessinent les contours d’une ville organisée, avec des rues et des fondations de bâtiments.
Les archéologues ont aussi relevé, autour de l’espace urbain, les traces d’un cimetière, d’ateliers de poterie et d’une zone d’accostage sur la rive. Ces éléments montrent que Chengba ne se limitait pas à une fonction militaire ou administrative. La cité réunissait activités artisanales, circulation des marchandises et lieux de vie.
Les murailles de Chengba auraient été édifiées sous les Han occidentaux, entre 202 et 141 avant notre ère, puis réparées à plusieurs reprises.
Cette chronologie est déterminante. La dynastie Han a exercé son pouvoir sur une grande partie de la Chine entre 206 avant notre ère et 220 de notre ère. Elle a constitué une période majeure pour la structuration administrative du territoire, l’essor des échanges et le développement de nombreuses villes.
Chengba représente le premier site urbain de l’époque Han identifié dans l’est du Sichuan. Les autres villes connues de cette période dans la province se concentrent surtout autour de la plaine de Chengdu, bien plus à l’ouest.
Des indices solides en faveur de l’ancienne Dangqu
Les spécialistes tentent désormais de déterminer le nom antique de cette ville. Plusieurs éléments conduisent à l’associer à Dangqu, un district mentionné dans les sources historiques de la période Han et rattaché à la commanderie de Ba, une circonscription administrative de l’époque.
Le principal indice vient de nombreuses tuiles de toiture portant une inscription avec les caractères correspondant à « Dangqu ». Leur présence, associée aux descriptions anciennes de la localisation probable du district, rend très vraisemblable l’identification de Chengba avec la ville de Dangqu sous les Han occidentaux.
Le lieu avait déjà de l’importance avant cette période. Des objets en bronze datant des Royaumes combattants, une époque antérieure à l’unification de la Chine, relient une phase plus ancienne de l’occupation à une localité appelée Cong. Des armes et des vases rituels indiquent aussi que le secteur comptait déjà parmi les centres actifs de l’ancien État de Ba.
- des murailles et un fossé défensif ;
- un réseau de rues et des constructions ;
- des ateliers liés à la poterie et au travail du fer ;
- des documents sur lamelles de bambou ;
- une zone portuaire au bord de la rivière Qujiang.
Une « porte d’eau » qui pourrait être unique
L’élément le plus singulier se trouve au nord-ouest de la ville antique, à proximité de la rivière Qujiang. Les archéologues y ont identifié une zone d’accostage. Sa position et les renseignements contenus dans des lamelles de bambou retrouvées sur place suggèrent qu’elle pouvait servir de point de contrôle combinant accès terrestre et accès fluvial.
Dans cette hypothèse, des agents locaux surveillaient les voyageurs, les embarcations, les ressources et le transport des marchandises. Un tel dispositif aurait permis à l’administration de contrôler les flux qui circulaient entre les régions.
Si cette interprétation est confirmée, Chengba abriterait la seule « porte d’eau » de l’époque Han connue à ce jour en Chine.
La géographie explique l’intérêt stratégique du site. Chengba se situe sur la rive orientale du Qujiang, cours d’eau qui rejoint le Jialing, lui-même relié au Yangtsé. Au nord, le passage de Micang ouvrait une route à travers les monts Daba vers les plaines centrales chinoises.
Les déplacements terrestres restaient difficiles dans ce relief accidenté. La combinaison des routes de montagne et du transport fluvial plaçait donc la cité à un point de passage particulièrement utile entre plusieurs espaces de la Chine ancienne.
Des archives de bambou sur la vie locale
Les documents sur bambou constituent une autre trouvaille majeure. Ils abordent des sujets variés : finances, affaires judiciaires, éducation, calligraphie, littérature et calcul. Certains concernent l’enregistrement des foyers, une catégorie de documents rarement retrouvée pour la période Han en Chine.
Ces textes peuvent éclairer le fonctionnement d’une administration locale. L’enregistrement des ménages servait notamment à connaître la population relevant d’un territoire, dans une société où les autorités devaient organiser les obligations administratives et la gestion des ressources.
Les recherches pourraient ainsi livrer des informations concrètes sur la vie quotidienne, l’enseignement et les pratiques administratives dans le Sichuan oriental il y a près de deux millénaires.
Une production de fer à grande échelle
Chengba était aussi un centre de production. Les fouilles ont livré plus de 20 000 fragments liés à la métallurgie du fer : scories, éléments de revêtement de four et tuyères. Une tuyère est une pièce qui permet de souffler de l’air dans un foyer afin d’élever la température nécessaire à la transformation du minerai.
Les datations au radiocarbone indiquent que cette activité s’est poursuivie de la fin des Han occidentaux jusqu’au milieu des Han orientaux. L’ampleur des déchets retrouvés suggère une production suivie, susceptible d’alimenter les besoins locaux et les circuits d’échanges régionaux.
Quel regard depuis la France ?
En France, les vestiges urbains de l’Antiquité font souvent l’objet d’opérations d’archéologie préventive avant des travaux d’aménagement. L’Institut national de recherches archéologiques préventives intervient, avec d’autres services autorisés, pour étudier et préserver les traces du passé lorsqu’un projet risque de les affecter.
La comparaison doit rester prudente : Chengba appartenait à l’administration des Han, tandis que le territoire de la France actuelle comprenait alors des peuples gaulois, puis des espaces intégrés au monde romain. Les fouilles chinoises rappellent pourtant une réalité commune aux grandes civilisations antiques : les villes vivaient grâce à l’artisanat, aux voies de circulation, aux autorités locales et aux échanges.
À Chengba, les prochaines campagnes devront préciser les limites de la cité et établir une chronologie plus fine de son évolution. Elles pourraient aussi aider à comprendre comment s’articulaient les quartiers résidentiels, les zones artisanales, les bâtiments administratifs et les installations fluviales dans cette ville du Sichuan ancien.


