- Environ 248 100 pensionnés français vivent en Espagne en 2025, attirés par le climat et les prix supposément moins élevés, mais la réalité sur les îles Canaries s’avère moins idyllique.
- Les coûts ont considérablement augmenté en dix ans : les loyers ont progressé de 56 % entre 2021 et 2025, le carburant est passé de 0,80 euro à 1,70 euro le litre, et les produits alimentaires ne sont pas plus bon marché qu’en France métropolitaine.
- Au-delà des finances, les nouveaux arrivants doivent anticiper l’isolement social, la hausse des infractions dans les zones touristiques et la nécessité de voyager régulièrement vers la France pour voir famille et spécialistes.
Concrètement en France
- Les Canaries font partie de l’Espagne et donc de l’Union européenne, ce qui permet à un retraité français de s’y installer sans visa, mais avec des démarches d’inscription et de résidence à prévoir localement.
- Une pension de retraite française continue d’être versée à l’étranger, sous réserve de fournir régulièrement un justificatif d’existence aux caisses de retraite.
- La couverture santé change de logique une fois la résidence transférée : il faut se renseigner auprès de sa caisse d’assurance maladie avant le départ, car les règles diffèrent d’un séjour touristique.
- Le témoignage rappelle surtout qu’un budget d’expatriation doit intégrer le logement, les transports insulaires et les billets d’avion pour revenir voir ses proches en France.
Les repères
- Près de 248 100 pensionnés français vivent en Espagne en 2025, dont une part importante aux Canaries attirés par le climat et l’image d’une vie moins chère
- Les produits du quotidien coûtent plus cher que prévu sur l’île en raison du transport maritime et aérien, avec des prix comparables aux grandes villes italiennes
- Le carburant a fortement augmenté, passant d’environ 80 centimes par litre à 1,70 euro, impactant significativement le budget mensuel
- Le logement est le principal poste de tension, avec une hausse des loyers de 56 pour cent entre 2021 et 2025 due à la pression touristique et migratoire
- Les vacances offrent une vision trompeuse de la vie réelle sur l’île car elles ne reflètent pas les factures annuelles, les réparations ni les augmentations régulières
- il y a dix ans : Un homme de 70 ans s’installe à Fuerteventura après un séjour de vacances réussi
- Entre 2021 et 2025 : Les loyers aux Canaries ont progressé de 56 pour cent
Installé depuis une décennie sur une île des Canaries, un Français de 70 ans raconte une réalité moins idyllique que prévu.
Le soleil, l’océan et un rythme de vie plus calme attirent de nombreux seniors vers les Canaries. Mais derrière les paysages volcaniques et les températures douces, le quotidien peut réserver quelques mauvaises surprises, notamment pour les personnes qui arrivent avec un budget serré.
Une destination qui séduit les pensionnés français
Partir vivre hors de France après avoir quitté la vie professionnelle est un choix de plus en plus fréquent. Selon un chiffre communiqué par le Sénat, près de 248 100 bénéficiaires d’une pension française vivaient en Espagne en 2025. Le pays attire pour son ensoleillement, sa proximité avec la France et une image de vie moins chère.
Les Canaries concentrent une partie de cet engouement. Cet archipel, situé dans l’océan Atlantique au large du continent africain, offre des hivers très doux. Beaucoup de nouveaux arrivants y voient la possibilité de marcher toute l’année, de fréquenter les terrasses et de profiter d’un environnement maritime sans subir les températures hivernales françaises.
Après un séjour de vacances réussi, cet homme de 70 ans a choisi de s’installer à Fuerteventura il y a dix ans. Avec le recul, il assure apprécier sa vie quotidienne sur place. Il décrit une ambiance paisible, des paysages ouverts et une certaine simplicité dans les relations sociales.
Vivre sur une île ensoleillée peut rester agréable au quotidien, mais les dépenses ont beaucoup changé en dix ans.
Son témoignage rappelle surtout qu’un séjour de quelques semaines ne donne pas la même vision qu’une installation durable. Pendant les vacances, on ne règle ni les factures annuelles, ni les réparations, ni les hausses de loyers.
Les courses ne sont plus aussi bon marché qu’on l’imagine
La première idée reçue concerne le prix des produits du quotidien. Beaucoup de candidats au départ pensent trouver des supermarchés nettement moins chers qu’en France. Or, sur une île, une grande part des marchandises doit être acheminée par bateau ou par avion. Ce transport finit par peser sur les étiquettes.
Le septuagénaire explique avoir observé des prix proches de ceux pratiqués dans plusieurs grandes villes italiennes. Il cite notamment un café en terrasse autour de 2,30 euros et un kilogramme de poulet à environ 8 euros. Des montants qui peuvent sembler acceptables, mais qui prennent une autre dimension lorsqu’ils s’ajoutent aux dépenses de logement, d’énergie et de santé.
Le carburant illustre cette évolution. Il se souvient d’une période où le litre coûtait environ 80 centimes grâce à une fiscalité favorable. Le prix aurait depuis atteint environ 1,70 euro. Sur une île où une voiture facilite souvent les déplacements, cette progression compte dans un budget mensuel.
Les dépenses à prévoir avant de s’installer
- Le loyer et les charges du logement ;
- Les courses alimentaires, parfois plus coûteuses sur les produits importés ;
- La voiture, le carburant, l’assurance et l’entretien ;
- Les billets d’avion pour rendre visite à ses proches ;
- Les soins médicaux, selon sa couverture et ses besoins ;
- Les frais imprévus liés à une installation durable.
Un autre poste peut vite augmenter : les trajets vers la métropole. Revenir régulièrement en France pour voir ses enfants, ses petits-enfants ou consulter un spécialiste médical représente une dépense à intégrer dès le départ. Hors période creuse, les billets d’avion peuvent peser lourd sur une petite pension.
Le logement, principal point de tension sur l’île
Pour ce résident, le sujet le plus préoccupant reste le logement. Fuerteventura attire les visiteurs, les travailleurs saisonniers, les investisseurs et les personnes venues s’installer à l’année. Cette pression réduit l’offre de locations disponibles pour les habitants permanents.
Les chiffres relayés localement donnent une idée de la hausse. Entre 2021 et 2025, les loyers aux Canaries auraient progressé de 56 %. Pour un appartement de 80 mètres carrés, le loyer moyen serait passé de 765 euros mensuels en 2021 à 1 197 euros en octobre 2025.
En quatre ans, un logement de 80 mètres carrés a gagné 432 euros de loyer mensuel en moyenne.
Cette différence équivaut à plus de 5 000 euros sur une année. Pour un ménage disposant d’une pension fixe, la hausse peut bouleverser l’équilibre financier. Elle oblige parfois à s’éloigner du littoral, à accepter un logement plus petit ou à partager un bien.
Les estimations du marché immobilier évoquent un budget compris entre 1 400 et 1 800 euros par mois pour une personne seule louant un logement modeste dans l’archipel. Cette fourchette dépend naturellement de la commune, de la surface, de la proximité de la mer et du type de bail.
Pourquoi les loyers progressent autant
La location touristique joue un rôle dans plusieurs zones très fréquentées. Quand un propriétaire peut louer un appartement à la semaine à des visiteurs, il peut être tenté de ne plus proposer de bail annuel. Les résidents permanents se retrouvent alors en concurrence avec le tourisme.
Le phénomène touche aussi les salariés locaux. Les personnes qui travaillent dans l’hôtellerie, la restauration ou les services peinent parfois à se loger près de leur emploi. Pour un nouvel arrivant, mieux vaut donc ne pas signer dans la précipitation après quelques jours de visite.
Une hausse des infractions relevée dans les secteurs touristiques
Le témoignage évoque aussi un sentiment de sécurité moins évident qu’auparavant dans certains lieux très fréquentés. Les données relayées par le ministère espagnol de l’Intérieur font état d’une hausse de 8,9 % des infractions enregistrées en 2025.
Cette augmentation ne signifie pas que toute l’île serait devenue dangereuse. Elle invite surtout à prendre les précautions habituelles dans les zones animées : ne pas laisser d’effets personnels dans une voiture, garder ses papiers en sécurité et rester vigilant dans les lieux de passage.
Les seniors vivant seuls doivent aussi anticiper un autre sujet, moins visible : l’isolement. La vie sur une île peut être très douce quand on a un cercle d’amis, des habitudes et une bonne santé. Elle devient plus compliquée si l’on ne maîtrise pas suffisamment la langue locale, si l’on perd en mobilité ou si les proches vivent loin.
Une installation qui demande un budget réaliste
Le message de cet habitant n’est pas de déconseiller Fuerteventura. Il continue d’y trouver des raisons de se sentir bien. Le climat, la mer et un rythme moins pressé restent des atouts réels. Mais il invite les futurs arrivants à abandonner l’idée d’une vie forcément bon marché.
Avant de quitter la France, établir un budget détaillé aide à éviter les désillusions. Il faut y inscrire le loyer réel, les charges, la mutuelle, les déplacements, les billets d’avion et une enveloppe pour les dépenses imprévues. Une pension suffisante il y a quelques années peut ne plus offrir la même marge aujourd’hui.
Le climat doux réduit parfois les dépenses de chauffage, ce qui constitue un avantage concret. En revanche, les logements doivent être choisis avec soin : humidité, ventilation, exposition au vent et qualité de l’isolation influencent fortement le confort quotidien. Sur une île, un appartement bon marché peut cacher des défauts coûteux ou difficiles à vivre à l’année.


