- Rémi Branco, maire de Puy-l’Évêque et conseiller départemental du Lot, dit recevoir depuis plusieurs mois des témoignages particulièrement préoccupants. Il évoque notamment le cas d’une aide à domicile, mère d’une petite fille, vivant à Cahors et travaillant autour…
- Avec la Fondation Jean-Jaurès et Jérôme Fourquet, responsable des études d’opinion à l’Ifop, Rémi Branco a voulu mettre des chiffres sur ce malaise. Les résultats cités par l’élu montrent une forte inquiétude chez les Français vivant loin des…
- Face à cette situation, Rémi Branco propose un dispositif national de location de voitures électriques à tarif réduit. Son idée repose sur un million de véhicules proposés pour 50 euros par mois aux habitants qui dépendent fortement de…
Chapô — Dans les campagnes, la hausse des prix à la pompe pèse sur le travail, les soins et les liens familiaux.
Pour de nombreux habitants du Lot et d’autres départements peu desservis par les transports collectifs, prendre sa voiture n’est pas un choix de confort. C’est une obligation quotidienne. Aller travailler, accompagner un enfant, consulter un spécialiste ou faire ses courses implique souvent des dizaines de kilomètres. Avec un gazole annoncé au-delà de 2,40 euros le litre et un sans-plomb qui franchit les deux euros dans certaines stations, le budget automobile devient une source d’angoisse.
Une dépense qui dévore les petits salaires
Rémi Branco, maire de Puy-l’Évêque et conseiller départemental du Lot, dit recevoir depuis plusieurs mois des témoignages particulièrement préoccupants. Il évoque notamment le cas d’une aide à domicile, mère d’une petite fille, vivant à Cahors et travaillant autour de Puy-l’Évêque. Ses déplacements sont indispensables à son activité, mais une grande part de son revenu part dans le réservoir.
Dans ce type de métier, les horaires sont morcelés et les interventions se succèdent dans plusieurs communes. Il est difficile de réduire les trajets. Il est tout aussi difficile de renoncer à travailler, même lorsque chaque plein fait basculer le compte bancaire dans le rouge.
Dans les zones rurales, le coût du trajet domicile-travail peut devenir une dépense aussi lourde que le logement ou l’alimentation.
Le maire décrit aussi des habitants qui limitent leurs déplacements de loisirs, annulent leurs vacances ou repoussent une visite familiale. Certains choisiraient même de ne plus se rendre à un rendez-vous médical éloigné, faute de pouvoir financer l’aller-retour. La question du carburant dépasse donc largement celle de l’automobile : elle touche directement l’accès à l’emploi, aux soins et à la vie sociale.
Deux salariés sur trois jugent le trajet trop coûteux
Avec la Fondation Jean-Jaurès et Jérôme Fourquet, responsable des études d’opinion à l’Ifop, Rémi Branco a voulu mettre des chiffres sur ce malaise. Les résultats cités par l’élu montrent une forte inquiétude chez les Français vivant loin des grandes agglomérations.
- Plus de deux Français sur trois estiment que se rendre au travail coûte désormais trop cher.
- Près d’un actif sur quatre affirme avoir déjà laissé passer une possibilité professionnelle à cause des frais de déplacement.
- Près d’une personne sur cinq dit avoir décalé ou abandonné un rendez-vous médical.
- Près de six Français sur dix ressentent une réduction de leur liberté de déplacement au quotidien.
Ces données illustrent une fracture territoriale ancienne. En ville, un salarié peut parfois s’appuyer sur le métro, le tramway, le bus, le train ou le vélo. Dans un village, l’offre est souvent rare, avec des horaires incompatibles avec les emplois postés, le travail de nuit ou les journées fractionnées.
La voiture reste souvent le seul moyen disponible
Dans le Lot, comme dans de nombreux territoires ruraux, les distances s’additionnent vite. Un habitant peut vivre à vingt kilomètres de son emploi, à trente kilomètres d’un médecin spécialiste et à davantage encore d’une gare importante. La voiture devient alors un outil de travail indirect, mais sans lequel l’activité s’arrête.
Le problème ne concerne pas seulement les foyers les plus modestes. Une hausse prolongée du carburant fragilise aussi les ménages aux revenus intermédiaires, déjà confrontés aux dépenses de logement, d’énergie, d’assurance et d’alimentation. Chaque déplacement est alors calculé.
Une location sociale à 50 euros mensuels
Face à cette situation, Rémi Branco propose un dispositif national de location de voitures électriques à tarif réduit. Son idée repose sur un million de véhicules proposés pour 50 euros par mois aux habitants qui dépendent fortement de leur automobile.
L’élu compare le principe à l’aide dont profitent certains salariés des grandes villes pour leurs abonnements aux transports. En région parisienne, l’employeur rembourse généralement au moins la moitié du coût d’un abonnement de transport collectif. Pour le maire de Puy-l’Évêque, les habitants ruraux devraient eux aussi bénéficier d’une solution durable et accessible.
Le projet vise à donner aux habitants éloignés des réseaux de transport une alternative financièrement supportable à l’essence et au gazole.
La proposition a été transmise au gouvernement. Elle ne constitue donc pas, à ce stade, une aide ouverte aux demandes des particuliers. Son financement, les conditions d’éligibilité, le rôle des employeurs et la répartition des véhicules restent à préciser.
Le prix de la recharge, l’autre enjeu du projet
Une voiture électrique réduit la dépendance aux carburants fossiles, mais elle ne supprime pas toutes les dépenses. Il faut recharger le véhicule, souscrire éventuellement un abonnement, prévoir l’assurance et pouvoir accéder à une borne.
Rémi Branco insiste sur la nécessité de développer les bornes lentes. Elles sont particulièrement adaptées aux recharges longues, la nuit à domicile ou pendant une journée de travail. Elles coûtent généralement moins cher à installer que les équipements rapides, même si leur utilisation réclame davantage de temps.
| Type de recharge | Usage courant | Point de vigilance |
|---|---|---|
| Prise ou borne lente | Recharge nocturne à domicile | Temps de charge long |
| Borne accélérée | Stationnement de quelques heures | Disponibilité variable selon les communes |
| Borne rapide | Long trajet et dépannage ponctuel | Tarif souvent plus élevé |
Une aide utile à condition d’être adaptée aux usages
Le modèle peut répondre aux besoins de nombreux salariés, à condition que l’autonomie des véhicules corresponde aux distances parcourues. Une aide à domicile, un infirmier libéral, un artisan ou un employé travaillant loin de chez lui ne roulent pas tous de la même manière. Les kilomètres effectués, la possibilité de charger chez soi et les conditions hivernales peuvent modifier fortement l’usage réel d’une voiture électrique.
Le dispositif devra aussi éviter de laisser de côté les foyers sans garage, les locataires qui ne peuvent pas installer de prise et les habitants des hameaux les plus isolés. La location à bas prix ne règle pleinement le problème que si l’accès à la recharge suit sur le terrain.
Pour les élus ruraux, le débat est désormais posé : alors que les transports collectifs restent concentrés autour des métropoles, la transition vers une mobilité moins coûteuse doit aussi atteindre les villages. Dans le Lot, cette demande prend la forme d’une voiture électrique à mensualité réduite. Elle traduit surtout une inquiétude très concrète : celle de ne plus pouvoir se déplacer pour vivre normalement.


