Un étrange « ver-serpent » intriguait les scientifiques depuis plus de dix ans : ils savent enfin ce que c’est

En bref
Des chercheurs ont enfin identifié le mystérieux « ver-serpent » observé en Alaska en 2007 : il s’agit de milliers de larves d’une nouvelle espèce de mouche, Sciara serpens, se déplaçant collectivement pour se protéger ou conserver leur humidité.
L’essentiel en 3 points
  • En 2007, une Alaskienne a photographié une étrange colonne de milliers de larves formant l’apparence d’un serpent gris rampant sur une route près d’Ester.
  • Les scientifiques ont identifié en 2021 une espèce jusque-là inconnue, Sciara serpens, appartenant à la famille des Sciaridés en examinant les organes génitaux des mâles au microscope.
  • Ce déplacement collectif constitue probablement une défense contre les prédateurs ou une stratégie pour limiter le dessèchement des larves lors du déplacement sur le sol.

Concrètement en France
  • Les moucherons de la famille des Sciaridés sont aussi présents en France, où on les rencontre couramment dans les terreaux de plantes d’intérieur, les composts et les cultures de champignons.
  • Le phénomène de larves progressant en colonne compacte a déjà été rapporté ailleurs en Europe, mais il reste rare et très ponctuel, donc peu probable à observer dans un jardin français.
  • Ces larves se nourrissent de matière organique en décomposition et ne présentent pas de danger pour l’être humain, même si elles peuvent gêner les producteurs de plants et de champignons.
  • En France, l’identification et la description de nouvelles espèces d’insectes passent par le travail de muséums et de laboratoires de recherche, un processus qui peut demander plusieurs années.
Les repères
  • En Alaska, des milliers de larves formaient une colonne mobile ressemblant à un serpent gris, phénomène observé en 2007 et resté mystérieux pendant plus de seize ans
  • Les chercheurs ont identifié une espèce de mouche jusqu’alors inconnue, nommée Sciara serpens, appartenant à la famille des Sciaridés
  • Le déplacement collectif des larves pourrait servir à effrayer les prédateurs ou à limiter leur dessèchement en progressant les unes sur les autres
  • L’identification a nécessité d’élever les larves jusqu’à leur transformation en mouches adultes et d’examiner les organes génitaux des mâles au microscope
Chronologie
  • Été 2007 : Maggie Billington observe la procession de larves sur une route à Ester, en Alaska
  • 2007 : Une autre observation du phénomène permet de recueillir des larves vivantes, élevées jusqu’à leur transformation en mouches adultes
  • 2021 : Confirmation de la nouvelle espèce Sciara serpens grâce à l’examen détaillé des organes génitaux des mâles par Thalles Pereira

En Alaska, des milliers de larves ont longtemps formé une étonnante colonne mobile, semblable à un serpent gris rampant sur le sol.

Le mystère remonte à l’été 2007, dans la localité d’Ester, en Alaska. Une habitante avait alors observé une scène déroutante sur une route : une longue masse mouvante composée de milliers de petites larves. Le média scientifique en ligne Live Science rapporte que des chercheurs ont fini par identifier l’insecte responsable de ce curieux phénomène.

Une observation insolite faite en 2007

Maggie Billington avait repéré cette procession inhabituelle il y a plus de seize ans. Les larves, très nombreuses, avançaient les unes contre les autres en dessinant une ligne longue et compacte. À distance, l’ensemble évoquait le déplacement d’un serpent gris.

À cette époque, elle était bénévole au Musée du Nord de l’université d’Alaska, à Fairbanks. Elle a donc photographié la scène et recueilli des spécimens qu’elle a transmis à Derek Sikes, conservateur des insectes du musée.

Les milliers de larves ne formaient pas un seul animal : elles se déplaçaient collectivement, au point de prendre l’apparence d’un serpent.

Derek Sikes a raconté avoir tout de suite pensé à des larves de mouches, sans connaître ce comportement. Il s’est dit « stupéfait » par ce cas, qu’il a comparé à une énigme digne d’une série de science-fiction.

Une autre observation de ce type, réalisée elle aussi en 2007, a permis de recueillir des larves vivantes. Les scientifiques les ont élevées jusqu’à leur transformation en mouches adultes, une étape nécessaire pour parvenir à les identifier avec fiabilité.

Une nouvelle espèce de mouche

L’enquête a abouti à l’identification d’une espèce jusqu’alors inconnue de la science. Les chercheurs l’ont nommée Sciara serpens. Elle appartient à la famille des Sciaridés, des petites mouches dont les larves vivent notamment dans les matières organiques en décomposition.

Ces insectes sont souvent appelés moucherons des champignons, car leurs larves se nourrissent dans des milieux riches en matière végétale humide et en champignons. Les reconnaître quand ils sont encore jeunes reste difficile : de nombreuses larves de mouches se ressemblent.

La confirmation de la nouvelle espèce n’est arrivée qu’en 2021. Thalles Pereira, chercheur spécialisé dans les insectes au Musée du Nord de l’université d’Alaska, a étudié les organes génitaux des mâles à l’aide d’un microscope puissant. Leur forme présentait des différences nettes avec celle d’une espèce européenne proche.

  • Les larves ont été vues en très grand nombre sur le sol.
  • Leur déplacement groupé crée l’illusion d’un unique animal allongé.
  • Les adultes appartiennent à une famille de petites mouches liées aux matières organiques.
  • L’examen précis des mâles a permis de distinguer cette espèce de ses parentes connues.

Pourquoi ces larves se déplacent-elles ainsi ?

Les auteurs de l’étude avancent plusieurs hypothèses, sans trancher définitivement. Cette silhouette collective pourrait effrayer des oiseaux ou d’autres prédateurs susceptibles de s’attaquer aux larves. Une longue forme ondulante peut en effet paraître plus menaçante qu’un amas de petits insectes vulnérables.

Les chercheurs envisagent aussi un avantage lié à l’humidité. En s’entassant et en progressant les unes sur les autres, les larves pourraient limiter leur dessèchement lorsque le sol est moins humide. Ce type de déplacement collectif pourrait donc répondre à la fois à un besoin de protection et à une contrainte du milieu.

La ressemblance avec un serpent pourrait être une défense contre les prédateurs ou une manière de conserver l’humidité durant le déplacement.

Bien des questions demeurent. Des témoins, dont Derek Sikes, ont également remarqué la présence de coléoptères courant à proximité de la procession. Ces insectes pourraient être attirés par les larves. Lors d’essais menés en laboratoire, les coléoptères les ont pourtant largement ignorées.

Un lien ancien avec l’Europe et l’Asie

Les mouches élevées en Alaska ressemblaient davantage à une espèce européenne appelée Sciara mirabilis qu’à des espèces nord-américaines auparavant signalées dans le Maryland et l’Arkansas. Ce résultat peut sembler surprenant, mais il correspond à un schéma déjà relevé chez plusieurs insectes d’Alaska, tels que certains criquets et coléoptères.

Les scientifiques relient cette parenté au Pléistocène, une période allant d’il y a 2,6 millions d’années à 11 700 ans. À cette époque, l’Alaska était relié à l’Asie par le pont terrestre de Béring. Des insectes ont pu gagner l’Alaska depuis la Sibérie orientale, tandis que de vastes calottes glaciaires limitaient les échanges avec le reste de l’Amérique du Nord.

Que peut-on observer en France ?

La France abrite aussi des Sciaridés. Ces petites mouches peuvent notamment être remarquées près des terreaux humides, des pots de fleurs, du compost ou de matières végétales en décomposition. Les adultes sont souvent discrets, sombres et de petite taille, tandis que les larves vivent cachées dans le substrat.

Voir quelques moucherons près d’une plante ne signifie pas que l’on assiste au phénomène observé en Alaska. La colonne de larves appelée « ver-serpent » correspond à un comportement collectif très particulier. Il rappelle que des espèces ordinaires en apparence peuvent adopter des stratégies étonnantes lorsque les conditions de milieu s’y prêtent.

Un signal utile pour les naturalistes

Une photographie, le lieu précis d’observation et la date peuvent aider les spécialistes à étudier des espèces mal connues. Dans cette affaire, les images et les spécimens recueillis par une bénévole ont lancé une recherche qui a duré des années.

Les larves de Sciaridés participent à la décomposition de matières organiques. En consommant des éléments présents dans les sols humides et les débris végétaux, elles font partie d’un ensemble d’organismes impliqués dans le recyclage naturel de la matière. Leur étrange procession n’est donc pas seulement une curiosité visuelle : elle révèle aussi une facette encore peu comprise de leur mode de vie.

Questions fréquentes

Pourquoi cette découverte a-t-elle pris si longtemps ?
L’identification fiable exigeait d’élever les larves jusqu’au stade adulte, ce qui a pris plusieurs années. La confirmation définitive de la nouvelle espèce n’est intervenue qu’en 2021, après l’examen des organes génitaux des mâles au microscope.
Pourquoi les larves se déplacent-elles ainsi en colonne ?
Les scientifiques envisagent deux hypothèses principales : effrayer les prédateurs en donnant l’impression d’un animal plus grand et menaçant, ou limiter le dessèchement en s’entassant les unes sur les autres lorsque le sol est sec.
Comment les chercheurs ont-ils identifié cette mouche ?
Après avoir collecté des larves vivantes en 2007, ils les ont élevées jusqu’à la métamorphose en adultes. Thalles Pereira a ensuite étudié les organes reproducteurs des mâles au microscope et découvert des différences nettes avec une espèce européenne apparentée.
Peut-on observer ce phénomène en France ?
La France abrite des Sciaridés (mouches similaires) vivant près de terreaux humides et de matières en décomposition, mais le comportement collectif en colonne n’a pas été documenté comme en Alaska.
Pourquoi cette mouche ressemble-t-elle davantage à une espèce européenne ?
Pendant le Pléistocène, l’Alaska était relié à l’Asie par le pont terrestre de Béring, permettant aux insectes de migrer de Sibérie orientale vers l’Alaska, tandis que les calottes glaciaires isolaient le reste de l’Amérique du Nord.


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