- En 1542, une jeune Périgourdine de la petite noblesse, Marguerite de La Rocque, aurait été abandonnée par son tuteur Roberval sur une île de l’estuaire du Saint-Laurent pour punir sa liaison amoureuse non autorisée.
- Selon les récits historiques, elle aurait survécu seule pendant environ deux ans après la mort de son compagnon et de sa servante, avant d’être recueillie par des pêcheurs basques et de retourner en France.
- Son histoire, transformée en légende au Canada, symbolise la résistance féminine et interroge le coût humain de la colonisation, rappelant que les femmes et les marginalisés des expéditions n’avaient pas choisi leur voyage.
Concrètement en France
- Le Périgord, aujourd’hui en Dordogne, revendique cette figure parmi ses grands personnages, même si aucune trace locale certaine n’en atteste le parcours.
- L’expédition de Roberval s’inscrit dans les tentatives de colonisation françaises lancées sous François Ier, un pan de l’histoire de France souvent abordé au collège et au lycée.
- Le récit repose sur des textes du XVIe siècle et non sur des archives judiciaires : en histoire, l’absence de sources directes impose la prudence, y compris sur le nom et le lieu exacts.
- Le lecteur peut surtout retenir que cette mémoire est restée plus vive au Canada, où elle nourrit récits, romans et toponymie, qu’en France.
Les repères
- En 1542, Marguerite de La Rocque, une jeune femme du Périgord, aurait été abandonnée sur une île du Saint-Laurent par son tuteur Jean-François de La Rocque de Roberval, punition pour avoir aimé sans son accord.
- Accompagnée d’un amant et d’une servante, elle aurait survécu deux ans seule sur l’île après la mort de ses compagnons, grâce à la chasse et son endurance exceptionnelle.
- Son histoire est transmise par les récits du cosmographe André Thevet (1558) et de l’écrivain François de Belleforest, devenant une légende au Canada malgré l’absence de sources directes.
- La localisation exacte de l’île, souvent associée à l’« île des Démons » au large de Terre-Neuve, demeure débattue par les historiens.
- vers 1515 ou 1520 : Naissance probable de Marguerite de La Rocque dans une famille de petite noblesse liée au Périgord
- 1542 : Départ de l’expédition de Roberval vers la Nouvelle-France et abandon de Marguerite sur une île du Saint-Laurent
- 1558 : Le cosmographe André Thevet rapporte l’histoire de Marguerite de La Rocque
En 1542, une jeune femme du Périgord aurait été laissée sur une île battue par les vents, quelque part dans l’estuaire du Saint-Laurent. Son crime, selon les récits de l’époque : avoir aimé sans l’accord de son tuteur, le redouté Jean-François de La Rocque de Roberval. Deux ans plus tard, elle aurait reparu, amaigrie mais vivante, après avoir enterré son compagnon et sa servante sur cette terre isolée. Son nom, Marguerite de La Rocque, circule encore au Canada comme celui d’une survivante hors norme. Entre archives fragiles, mémoire populaire et légende maritime, son histoire garde une force presque dérangeante.
Imaginez le froid qui serre les doigts dès l’aube, le fleuve immense qui ressemble à une mer et cette impression très concrète d’être oubliée du monde. Marguerite de La Rocque aurait vécu cela au milieu du XVIe siècle, loin de son Périgord natal et des maisons de pierre où son existence avait commencé. À bord de l’expédition de Roberval vers la Nouvelle-France, elle n’était pas censée devenir une héroïne. Elle était une femme prise dans une affaire de famille, de désir et d’autorité. Puis l’île est arrivée. Le bateau est reparti. Elle est restée. Une histoire qui donne encore le vertige.
Marguerite de La Rocque, la femme que le fleuve n’a pas avalée
La scène apparaît dans les récits anciens avec une brutalité presque sèche : Marguerite est débarquée sur une île avec son amant et une servante ou une domestique, selon les versions. Cette terre est souvent associée à l’« île des Démons », au large de Terre-Neuve, même si sa localisation exacte nourrit toujours les débats. Le Saint-Laurent, ses îles et les côtes voisines formaient alors un territoire mal connu des Européens, où les cartes mélangeaient observations, rumeurs et peurs marines. Pour une jeune femme de condition noble, l’exil relevait autant de la punition que de l’abandon. *Le paysage devait être magnifique, mais il ne pardonnait rien.*
Marguerite serait née vers 1515 ou 1520 dans une famille liée au Périgord et à la petite noblesse française. Son tuteur, Jean-François de La Rocque de Roberval, dirige l’expédition lancée en 1542 pour coloniser une partie du Canada actuel au nom du roi François Ier. Les navires quittent la France avec des soldats, des artisans, des familles et des condamnés recrutés pour peupler cette Nouvelle-France rêvée. Les chroniqueurs rapportent que Marguerite entretient une relation avec un jeune homme du bord, dont l’identité varie selon les textes. Cette liaison aurait provoqué la colère de Roberval. À cette époque, la vie d’une femme pouvait basculer sur une décision prise par un homme de sa propre famille.
Le récit le plus célèbre vient du cosmographe André Thevet, qui l’évoque en 1558, puis de l’écrivain François de Belleforest. Ils racontent que l’amant et la servante meurent durant l’isolement, laissant Marguerite seule avec son fusil, quelques vivres et une endurance exceptionnelle. Elle chasserait des animaux, se protégerait du froid et repousserait même des bêtes sauvages. Les détails ont probablement été embellis au fil du temps, car les sources directes manquent. Cela ne retire rien à la puissance du noyau historique : une Française abandonnée dans les marges du monde colonial, devenue assez célèbre pour que son nom traverse les siècles.
Une légende canadienne née entre survie, silence et transmission
Pour comprendre cette histoire, il faut résister à un réflexe moderne : chercher une certitude parfaite là où les témoins ont laissé des fragments. Les historiens conseillent de croiser les récits, les dates et les itinéraires des expéditions plutôt que de prendre chaque épisode au pied de la lettre. Roberval a bien navigué vers le Saint-Laurent en 1542, et Marguerite de La Rocque apparaît dans plusieurs traditions écrites. Le lieu précis de son abandon demeure flou, tout comme la durée exacte de sa solitude. Cette incertitude fait partie du récit. Elle rappelle que les femmes des débuts de la colonisation ont souvent été racontées par d’autres qu’elles-mêmes.
L’erreur fréquente consiste à réduire Marguerite à une sorte de Robinson Crusoé au féminin, perdue avec son fusil et son courage. C’est plus confortable, presque cinématographique. Mais son aventure parle aussi de violence sociale : une femme punie pour avoir aimé, déplacée loin de tout repère, puis transformée en curiosité lorsqu’elle survit. Nous connaissons tous ce moment où l’on croit qu’une personne « forte » n’a plus besoin d’aide. C’est faux, et cette vieille histoire le montre avec une netteté troublante. Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours, survivre seul face au froid, au deuil et à la faim.
Les récits disent que des pêcheurs basques auraient fini par recueillir Marguerite après près de deux années d’isolement, avant son retour en France. Elle aurait ensuite vécu à La Rochelle, où elle racontait son expérience à ceux qui venaient l’écouter. La prudence reste nécessaire, mais quelques repères permettent de lire sa légende sans la vider de son émotion.
« Marguerite de La Rocque incarne moins une certitude documentaire qu’une mémoire de survie, portée par les voix qui ont refusé de la laisser disparaître. »
- 1542 : départ de l’expédition de Roberval vers la Nouvelle-France.
- Deux années : durée généralement retenue par la tradition pour son abandon.
- Une énigme : l’emplacement de l’île des Démons n’est pas établi avec certitude.
Pourquoi son destin continue de fasciner au Canada
Marguerite de La Rocque n’est pas seulement un personnage d’aventure que l’on croise dans les livres d’histoire régionale. Au Canada, elle est devenue un symbole de résistance féminine avant même que cette expression existe. Son nom a inspiré des romans, des chansons, des œuvres de théâtre et des recherches universitaires. Il y a quelque chose de très contemporain dans cette figure : une femme dont l’histoire a été confisquée, déformée, puis reprise pour faire entendre une autre voix. Elle ne correspond pas à l’image lisse des pionniers conquérants. Elle porte le froid, la perte et une volonté de vivre qui n’a rien d’héroïque au départ. Elle est simplement vitale.
Son histoire oblige aussi à regarder autrement les débuts français en Amérique du Nord. On évoque volontiers les explorateurs, les capitaines et les cartes tracées à l’encre sur des bureaux parisiens. On oublie les corps embarqués dans ces projets : les femmes, les domestiques, les condamnés, les enfants, tous ceux qui n’avaient pas forcément choisi le voyage. Marguerite se situe à l’intersection de ces réalités. Elle est noble, donc visible dans les textes, mais elle devient aussi une victime d’un pouvoir masculin très concret. Sa légende ne raconte pas une conquête glorieuse. Elle raconte ce qu’un monde nouveau pouvait coûter à celles et ceux que l’on y envoyait.
Il reste une question, presque intime, derrière les versions contradictoires : qu’aurait-elle gardé de ces deux années lorsqu’elle retrouvait une maison, une table, des voix humaines ? Peut-être le bruit du vent dans les arbres, la peur de voir disparaître une embarcation à l’horizon, ou le souvenir plus lourd des personnes mortes près d’elle. Les légendes survivent parce qu’elles laissent de l’espace à ce que les documents ne disent pas. Marguerite de La Rocque demeure ainsi une présence, pas seulement une date. Et son île, réelle ou déplacée par les cartes, continue de flotter dans l’imaginaire canadien.
| Point essentiel | Détail | Valeur ajoutée pour le lecteur |
|---|---|---|
| Une survivante du XVIe siècle | Marguerite de La Rocque aurait été abandonnée vers 1542 durant l’expédition de Roberval. | Comprendre l’origine d’une grande légende franco-canadienne. |
| Un récit à nuancer | Les sources anciennes confirment son existence, mais certains détails restent incertains. | Distinguer les faits établis des embellissements littéraires. |
| Une mémoire toujours vivante | Son destin inspire encore la culture et l’histoire des femmes au Canada. | Redécouvrir la colonisation à travers un regard moins habituel. |


