- Des analyses génétiques de prélèvements conservés depuis 2007 ont révélé 26 espèces bactériennes inconnues dans les salles blanches du centre spatial Kennedy où a été assemblée la sonde Phoenix Mars Lander.
- Ces bactéries possèdent des mécanismes de survie remarquables : résistance aux produits de nettoyage, formation de biofilms protecteurs et capacité à réparer leur ADN endommagé par les rayonnements.
- Les chercheurs préparent une chambre de simulation pour tester si ces espèces peuvent survivre aux conditions extrêmes de Mars, avec les premiers essais prévus début 2026.
Concrètement en France
- La France dispose elle aussi de salles blanches pour l’assemblage de satellites et d’instruments spatiaux, notamment chez les industriels du secteur et dans les centres de recherche.
- La protection planétaire, qui vise à éviter de contaminer d’autres corps du système solaire, est un engagement international auquel les agences spatiales européennes, dont l’agence française, se conforment.
- Le même type de contrôle microbiologique existe dans des secteurs très présents en France comme la pharmacie, l’agroalimentaire et les blocs opératoires hospitaliers.
- À retenir : aucun environnement n’est totalement stérile, et la persistance de bactéries résistantes aux désinfectants est un sujet suivi aussi dans les hôpitaux français.
Les repères
- 26 espèces bactériennes jusque-là inconnues découvertes dans les salles blanches du centre spatial Kennedy de la NASA en Floride
- Ces bactéries ont été trouvées dans les prélèvements effectués lors de la préparation de la sonde Phoenix Mars Lander en 2007
- Les microbes possèdent des mécanismes de survie sophistiqués : résistance aux détergents, formation de biofilms, réparation d’ADN et production de spores dormantes
- L’étude publiée en mai dans la revue Microbiome a pu identifier ces espèces grâce aux progrès du séquençage génétique réalisés en 17 ans
- avril 2007 : Premiers prélèvements de souches bactériennes avant l’arrivée de la sonde Phoenix
- juin 2007 : Prélèvements poursuivis pendant l’assemblage et les essais de Phoenix
- août 2007 : Derniers prélèvements après le transfert de la sonde vers le pas de tir
- mai : Publication de l’étude portant sur les 26 espèces nouvelles dans la revue Microbiome
En Floride, des prélèvements conservés depuis une mission martienne révèlent les limites inattendues des environnements ultra-stériles.
Les faits se déroulent aux États-Unis, dans les installations du centre spatial Kennedy de la NASA. Le site d’information scientifique Live Science rapporte que des analyses génétiques récentes ont mis au jour des bactéries capables de persister dans des salles blanches conçues pour protéger les sondes spatiales de toute contamination terrestre.
Des survivantes dans un environnement hostile
Les salles blanches de la NASA comptent parmi les espaces les plus contrôlés au monde. Elles servent notamment à assembler des engins destinés à quitter la Terre. Leur objectif est clair : éviter que des organismes terrestres ne voyagent involontairement à bord d’une sonde vers Mars ou une autre destination.
Air filtré en continu, humidité strictement surveillée, détergents chimiques et lumière ultraviolette font partie des barrières utilisées contre les micro-organismes. Malgré cet arsenal, la vie microbienne n’a pas totalement disparu.
Les chercheurs ont identifié plus de deux douzaines d’espèces bactériennes jusque-là inconnues dans les salles blanches où la sonde Phoenix Mars Lander a été préparée en 2007.
L’étude, publiée en mai dans la revue scientifique Microbiome, porte sur 26 espèces nouvelles. Elles ont été repérées parmi des souches prélevées au sol dans l’installation de traitement des charges utiles dangereuses du centre spatial Kennedy.
Alexandre Rosado, professeur de biosciences à l’Université des sciences et technologies du roi Abdallah, en Arabie saoudite, parle d’un véritable moment où il a fallu « s’arrêter et tout vérifier à nouveau ». Il précise que ces microbes restaient peu nombreux, tout en étant présents sur une longue durée et dans plusieurs environnements de salles blanches.
Des échantillons prélevés pendant la préparation de Phoenix
Les prélèvements ne sont pas récents. Une équipe conduite par Kasthuri Venkateswaran, chercheuse principale au laboratoire de propulsion à réaction de la NASA, avait recueilli et conservé 215 souches bactériennes lors de l’assemblage de Phoenix.
Les échantillons ont été pris à plusieurs étapes de l’opération :
- avant l’arrivée de la sonde, en avril 2007 ;
- pendant son assemblage et ses essais, en juin 2007 ;
- après son transfert vers le pas de tir, en août 2007.
À l’époque, les scientifiques ne disposaient pas encore des outils permettant d’identifier avec précision un grand nombre de nouvelles espèces. Dix-sept ans plus tard, les progrès du séquençage génétique permettent d’examiner presque tous les gènes portés par ces bactéries et de comparer leur ADN avec d’autres relevés effectués dans des salles blanches au fil des années.
Cette approche permet de suivre leur présence selon les lieux et les périodes. Elle aide aussi à comprendre comment certaines espèces se maintiennent dans des conditions où les nutriments sont rares et les traitements d’assainissement répétés.
Des mécanismes de résistance sous surveillance
L’analyse des génomes a fait apparaître plusieurs stratégies de survie. Certaines bactéries possèdent des gènes associés à la résistance aux produits de nettoyage. D’autres peuvent former des biofilms, des couches de micro-organismes adhérant à une surface et protégées par une matrice produite par les cellules elles-mêmes.
Les scientifiques ont aussi relevé des capacités liées à la réparation de l’ADN endommagé par les rayonnements. Certaines souches peuvent produire des spores dormantes, des formes très résistantes qui permettent à une bactérie de traverser une période défavorable.
Ces bactéries pourraient servir d’organismes de référence pour tester l’efficacité des méthodes de décontamination et des systèmes de détection employés avant les missions spatiales.
Cette question dépasse la seule propreté des installations. Une bactérie qui échappe aux contrôles terrestres pourrait, en théorie, contourner une partie des mesures destinées à empêcher la contamination d’autres mondes par la vie venue de la Terre.
Alexandre Rosado souligne tout de même qu’aucun essai n’a encore démontré que ces espèces peuvent survivre jusqu’à Mars. Un tel voyage impose l’exposition au vide spatial, à des rayonnements intenses, au froid extrême et aux ultraviolets présents à la surface martienne.
Une future chambre pour reproduire les conditions martiennes
L’équipe prépare une chambre de simulation planétaire à l’Université des sciences et technologies du roi Abdallah. Les premiers essais pilotes sont annoncés pour le début de l’année 2026.
Cette installation doit recréer plusieurs contraintes rencontrées lors d’un voyage spatial ou sur Mars :
- une faible pression atmosphérique ;
- une atmosphère riche en dioxyde de carbone ;
- de forts niveaux de rayonnement ;
- des écarts de température extrêmes.
Les chercheurs pourront ainsi mesurer la réaction de ces bactéries face à plusieurs contraintes réunies. C’est un point déterminant, car la résistance à un produit de nettoyage ou à un manque de nutriments ne signifie pas automatiquement une résistance au vide, aux radiations et au froid martien.
Quel enjeu pour la France ?
En France, le Centre national d’études spatiales, l’agence spatiale française, participe aux activités spatiales nationales et aux programmes menés avec l’Agence spatiale européenne. La prévention de la contamination biologique des missions est un sujet suivi à l’échelle internationale, particulièrement pour les engins susceptibles d’atteindre Mars.
Le principe de protection planétaire vise deux objectifs : éviter d’emporter des formes de vie terrestres vers d’autres corps célestes et préserver la possibilité d’identifier, un jour, une éventuelle vie extraterrestre sans la confondre avec une contamination apportée depuis notre planète.
Les résultats obtenus en Floride rappellent pourquoi les protocoles ne peuvent pas se limiter à des contrôles ponctuels. Les chercheurs souhaitent désormais organiser des prélèvements sur le long terme dans plusieurs salles blanches, avec des méthodes harmonisées. Ils veulent établir quelles caractéristiques bactériennes posent réellement problème pour la protection planétaire.
Un biofilm illustre bien la difficulté : une bactérie isolée peut être éliminée plus facilement, tandis qu’un groupe fixé dans une microfissure ou sur une surface peut mieux résister à son environnement. Identifier ces mécanismes peut donc aider les agences spatiales à améliorer les procédures de nettoyage avant le lancement d’une mission.


