- Les personnes présentant des traits narcissiques grandioses déclarent plus souvent se sentir exclues et sont effectivement davantage évitées par leur entourage, selon une vaste étude suisse publiée en 2025.
- L’exclusion sociale et les comportements narcissiques s’alimentent mutuellement sur plusieurs années : une augmentation des traits narcissiques engendre plus d’expériences de rejet l’année suivante, et inversement.
- Bien que fondée sur des données rigoureuses, l’étude souligne l’importance de ne pas réduire les difficultés relationnelles à un simple diagnostic de narcissisme, les causes des tensions étant multiples et complexes.
Concrètement en France
- Le narcissisme grandiose décrit ici est un trait de personnalité, pas un diagnostic médical, et ne doit pas être confondu avec un trouble psychiatrique posé par un professionnel.
- En France, ces dynamiques d’évitement se retrouvent surtout dans la vie de bureau et les groupes d’amis, où un comportement perçu comme dévalorisant peut vite conduire l’entourage à prendre ses distances.
- Le sentiment d’être mis à l’écart au travail ne relève pas automatiquement du harcèlement moral, notion qui suppose en droit français des agissements répétés dégradant les conditions de travail.
- À retenir : l’étude décrit une tendance statistique sur des groupes, elle ne permet pas de conclure quoi que ce soit sur une personne en particulier de votre entourage.
Les repères
- Une étude suisse portant sur plus de 77 000 personnes révèle que les personnes aux traits narcissiques grandioses sont plus souvent ignorées et exclues par leur entourage
- Le narcissisme grandiose se caractérise par un fort sentiment de supériorité, l’attente d’un traitement particulier et un besoin soutenu d’admiration
- Les personnes narcissiques perçoivent plus fréquemment des signaux de rejet, même subtils, en raison d’une sensibilité accrue aux indices sociaux
- Deux comportements narcissiques compliquent particulièrement les relations: la recherche d’admiration et la rivalité antagoniste qui pousse l’entourage à prendre ses distances
- Les expériences en laboratoire montrent que les personnes aux traits narcissiques sont davantage évitées dès les premiers contacts
- 2025 : Publication de l’étude menée par l’université de Bâle dans une revue de psychologie
En Suisse, une vaste recherche met en lumière un cercle relationnel qui peut isoler durablement certaines personnes aux traits narcissiques.
Le média scientifique Study Finds rapporte les résultats d’une étude menée par des chercheurs de l’université de Bâle, en Suisse, et publiée en 2025 dans une revue de psychologie. Les travaux interrogent autant le comportement des personnes concernées que la manière dont leur entourage réagit à leurs attitudes.
Un sentiment d’exclusion plus fréquent
Les chercheurs se sont intéressés au narcissisme dit grandiose. Cette expression désigne des traits tels qu’un fort sentiment de supériorité, l’attente d’un traitement particulier et un besoin soutenu d’admiration.
Selon les résultats, les personnes qui présentent davantage ces caractéristiques déclarent plus souvent avoir le sentiment d’être mises à l’écart. Elles sont aussi plus fréquemment exclues par les autres dans les situations observées par les scientifiques.
Les travaux ne décrivent pas seulement une impression d’être rejeté : ils montrent aussi que l’entourage tend davantage à éviter les personnes affichant des comportements narcissiques.
La recherche repose sur sept études et plus de 77 000 participants. Une première série de données, recueillie auprès de 1 592 personnes en Allemagne, a mis en évidence un lien entre l’intensité des traits narcissiques et la sensation d’être laissé de côté dans un groupe.
Une autre expérience a suivi 323 participants pendant deux semaines à l’aide d’une application sur smartphone. Ils devaient noter les moments où ils se sentaient exclus, qu’il s’agisse d’une absence d’invitation ou d’un échange durant lequel ils avaient le sentiment de ne pas être écoutés.
Une perception parfois amplifiée par la sensibilité au rejet
Christiane Büttner, principale auteure de l’étude, rappelle que l’ostracisme peut relever d’une expérience subjective. « Se sentir ostracisé est une expérience subjective fondée sur la perception des signaux sociaux par l’individu », explique-t-elle.
Autrement dit, il existe une différence entre une exclusion volontaire et la conviction d’avoir été écarté. Une réponse tardive à un message, une décision prise sans consultation ou une conversation qui change de sujet peuvent être interprétées comme des signes de rejet.
Les chercheurs soulignent que les personnes aux traits narcissiques semblent particulièrement attentives à ces signaux. Cette vigilance peut les conduire à percevoir une mise à l’écart là où les intentions des autres ne sont pas forcément hostiles.
Deux comportements repérés par les chercheurs
L’étude distingue deux formes de comportements associées au narcissisme grandiose :
- la recherche d’admiration, qui peut se traduire par le besoin de parler de ses réussites ou de recevoir des compliments ;
- la rivalité, qui prend une forme plus antagoniste, avec la tendance à dévaloriser autrui, à rechercher un statut ou à mal réagir lorsque quelqu’un d’autre attire l’attention.
La seconde dimension semble particulièrement susceptible de compliquer les relations. Les comportements compétitifs ou agressifs peuvent pousser l’entourage à prendre ses distances, parfois très rapidement.
Des signes d’évitement observés en laboratoire
Dans des expériences réunissant plus de 2 500 personnes, les participants devaient visionner de courtes vidéos montrant des inconnus puis indiquer s’ils souhaiteraient travailler avec eux. Les personnes présentant des traits narcissiques étaient plus souvent évitées.
Ce résultat suggère que certaines attitudes sont perçues dès les premiers contacts. Il ne s’agit pas forcément d’un rejet ouvert. Dans la vie quotidienne, l’éloignement peut être discret et difficile à identifier.
Au travail, il peut prendre plusieurs formes :
- ne pas être inclus dans une chaîne de courriels ;
- ne pas être convié à un déjeuner entre collègues ;
- voir ses propositions peu prises en compte pendant une réunion ;
- recevoir moins de sollicitations dans les échanges informels.
Ces pratiques ne résolvent pas nécessairement les tensions. Lorsqu’une personne se sent exclue, elle peut répondre sur la défensive. Cette réaction risque alors d’alimenter les difficultés avec le groupe.
« Le narcissisme peut contribuer à l’exclusion sociale, mais l’ostracisme lui-même peut aussi alimenter le développement de traits narcissiques », indique Christiane Büttner.
Un cercle qui s’étend sur plusieurs années
Le résultat le plus marquant concerne la durée. Les scientifiques ont analysé quatorze années de données en Nouvelle-Zélande, portant sur plus de 72 000 personnes. Ils ont constaté qu’une hausse des comportements narcissiques était associée à davantage d’expériences d’exclusion l’année suivante.
Le mouvement inverse est aussi apparu : vivre davantage de rejet pouvait être suivi d’une accentuation des traits narcissiques l’année d’après. La relation décrite n’est donc pas à sens unique.
Christiane Büttner estime que cette dynamique peut accroître les tensions dans un groupe social ou professionnel. Une sensibilité plus forte aux signes d’exclusion peut aussi favoriser des réactions agressives, qui renforcent à leur tour l’éloignement des autres.
Quelle mise en perspective en France ?
En France, le narcissisme n’est pas un diagnostic que l’on peut poser à partir d’un comportement isolé, d’une publication sur les réseaux sociaux ou d’un conflit au travail. La recherche évoquée porte sur des traits de personnalité mesurés par questionnaires et expériences, non sur une évaluation clinique individuelle.
Le trouble de la personnalité narcissique relève, lui, d’une appréciation médicale spécialisée. Les difficultés relationnelles peuvent avoir des causes très diverses : stress, souffrance psychique, conflit ancien, environnement de travail dégradé ou maladresses dans la communication. Assimiler trop vite une personne difficile à un « narcissique » risque donc de simplifier abusivement une situation complexe.
Dans le cadre professionnel, l’isolement d’un collègue peut également fragiliser le collectif. Une mise à l’écart répétée peut détériorer les échanges, rendre les désaccords plus vifs et compliquer la résolution des conflits. L’étude invite ainsi à regarder les interactions dans leur ensemble, sans excuser les comportements blessants ni faire du rejet une réponse automatique.
Les limites à garder en tête
Les auteurs précisent que leurs travaux se concentrent avant tout sur le narcissisme grandiose. Ils ne couvrent pas toutes les formes possibles de traits narcissiques.
Une partie des données repose aussi sur le récit des participants. Or, le sentiment d’exclusion dépend en partie de la lecture que chacun fait des situations sociales. Les expériences vidéo étaient courtes et ne reproduisent pas toutes les nuances d’une relation construite dans le temps.
Ces réserves n’annulent pas le constat central : les comportements narcissiques et l’exclusion sociale peuvent se renforcer mutuellement. Pour les groupes concernés, l’enjeu consiste à éviter que les tensions ne se transforment en mécanisme durable d’isolement et de réactions défensives.


