Au nord de Rome, une tombe étrusque « du plus haut rang » vieille de 2 700 ans livre armes, bijoux et une paire de chaussures de femme d’une rareté exceptionnelle

En bref
Des archéologues ont mis au jour au nord de Rome une tombe étrusque vieille de 2 700 ans contenant armes, bijoux, objets en or et une paire de chaussures féminines d’une rareté exceptionnelle, confirmant le statut de plus haut rang du monument.
L’essentiel en 3 points
  • Au site de Vulci en Italie, une tombe de haut rang vieille de 2 700 ans recherchée depuis 1889 a été découverte cet été, comprenant trois chambres funéraires et un mobilier exceptionnel malgré les pillages anciens.
  • Le mobilier découvert comprend des armes, des éléments de char, des objets en or, un service de banquet presque complet, des bijoux et une paire de chaussures féminines particulièrement rare pour une époque aussi ancienne.
  • Le monument, baptisé tumulus Gsell, pourrait rivaliser avec la Cuccumella et représente l’un des ensembles funéraires les plus monumentaux de Vulci, témoignant des échanges méditerranéens et des pratiques rituelles étrusques.

Concrètement en France
  • La France possède elle aussi des vestiges liés au monde étrusque, notamment via les échanges commerciaux antiques en Méditerranée, dont témoignent des objets importés retrouvés sur des sites du sud du pays.
  • En France, toute découverte archéologique fortuite doit être déclarée à la mairie ou aux services de l’État, et le propriétaire du terrain ne peut pas disposer librement du mobilier mis au jour.
  • Les fouilles préventives, déclenchées avant certains travaux d’aménagement, constituent l’essentiel de l’activité archéologique française, à la différence des chantiers de recherche programmés comme celui de Vulci.
  • Les tombes anciennes fouillées en France posent les mêmes difficultés qu’en Italie : les matières organiques comme le cuir ou le textile ne se conservent qu’exceptionnellement.
Les repères
  • Découverte au nord de Rome sur le site étrusque de Vulci d’une tombe vieille d’environ 2 700 ans, baptisée « tombe de la chambre de pierre »
  • La sépulture contient trois chambres funéraires et un mobilier exceptionnel : armes, éléments de char, objets en or, bijoux et une paire de chaussures féminines d’une rareté exceptionnelle
  • Un service de banquet presque complet et un trépied en bronze en provenance de Rhodes ont été retrouvés intacts dans les chambres latérales
  • Le monument circulaire (tumulus Gsell) pourrait rivaliser avec la Cuccumella, le plus grand tumulus étrusque connu du site
Chronologie
  • 1889 : L’archéologue Stéphane Gsell repère l’enceinte circulaire du tumulus mais ne peut pas poursuivre ses travaux pour localiser le caveau
  • Fin du XIXe siècle : La chambre funéraire est recherchée sans succès
  • Été 2024 : Les fouilles menées dans le cadre du projet Retour à Vulci permettent d’identifier enfin la chambre funéraire

En Italie, une vaste sépulture antique révèle peu à peu les signes d’un pouvoir et d’une richesse longtemps enfouis.

Au nord de Rome, sur le site étrusque de Vulci, des archéologues ont mis au jour une tombe vieille d’environ 2 700 ans. Le média scientifique américain Live Science rapporte que cet ensemble funéraire, malgré les pillages subis au fil des siècles, conservait encore un mobilier exceptionnel.

Une chambre funéraire enfin retrouvée à Vulci

La sépulture a été baptisée « tombe de la chambre de pierre ». Elle se trouve dans l’ancienne cité de Vulci, en Italie centrale, territoire majeur de la civilisation étrusque avant la montée en puissance de Rome.

Les fouilles menées cet été s’inscrivent dans le cadre du projet Retour à Vulci. Elles ont permis d’identifier la chambre funéraire recherchée depuis la fin du XIXe siècle. En 1889, l’archéologue Stéphane Gsell avait repéré l’enceinte circulaire du tumulus, c’est-à-dire la grande butte recouvrant la tombe. Il n’avait pas pu poursuivre suffisamment ses travaux pour localiser le caveau.

Les archéologues estiment désormais avoir retrouvé la sépulture située à l’intérieur du tumulus repéré par Stéphane Gsell.

Le monument se révèle bien plus imposant que prévu. La tombe comprend trois chambres funéraires, dont les murs ont été dégagés par les équipes de fouille. L’effondrement ancien des toitures a aussi contribué à recouvrir et à préserver plusieurs objets pendant des siècles.

Armes, or et objets de banquet

Les vestiges retrouvés composent un inventaire qui renseigne sur le rang social des personnes inhumées. Les archéologues ont identifié des armes, des éléments de char, des objets en or, des plaques en bronze et des céramiques de grande qualité.

Christian Mazet, archéologue au British Museum et codirecteur du projet, a déclaré au média spécialisé Etruscan Times : « C’est la sépulture. Nous en sommes absolument certains. »

Selon lui, la présence conjointe d’armes, de pièces de char, d’objets en or et de céramiques raffinées ne laisse « aucun doute » sur le statut du monument.

« Il ne fait aucun doute qu’il s’agit d’une tombe du plus haut rang », a affirmé Christian Mazet.

Parmi les trouvailles figurent aussi des bijoux, des vêtements et une paire de chaussures féminines. Ces chaussures constituent un élément particulièrement rare dans une tombe aussi ancienne. Les matières organiques résistent rarement au temps, à l’humidité et aux perturbations causées par les pillages.

Un service de banquet presque intact

Les chambres latérales ont livré des objets encore plus inhabituels, selon la Surintendance de l’archéologie, des beaux-arts et du paysage pour la province de Viterbe et l’Étrurie méridionale, l’administration italienne compétente pour le patrimoine dans cette zone.

  • Un trépied en bronze fabriqué sur l’île grecque de Rhodes ;
  • Un service de banquet presque complet ;
  • Des récipients restés à leur emplacement d’origine ;
  • Des éléments associés aux parures et à l’habillement ;
  • Des fragments liés à un char funéraire.

La conservation de certains vases à leur position initiale représente un atout précieux pour les chercheurs. L’emplacement des objets peut éclairer le déroulement du dépôt funéraire, les gestes accomplis autour du défunt et la place symbolique accordée au repas dans les rites étrusques.

Un tumulus qui pourrait rivaliser avec la Cuccumella

Vulci est déjà célèbre pour ses tombes riches, dont des milliers ont été mises au jour au XIXe siècle. La nouvelle tombe se trouve sous le « tumulus Gsell », une structure circulaire dont Stéphane Gsell avait estimé le diamètre à environ 31 mètres.

Les premières évaluations du projet Retour à Vulci suggèrent que le monument pourrait approcher la taille de la Cuccumella, le plus grand tumulus étrusque connu sur le site. Celui-ci atteint environ 70 mètres de diamètre.

Christian Mazet a souligné auprès d’Etruscan Times que tous les indices conduisaient à y voir l’un des ensembles funéraires les plus monumentaux de Vulci. Les recherches devront préciser la taille réelle du monument et l’organisation complète de ses espaces.

Ce que ces objets racontent des Étrusques

Les Étrusques ont dominé une large partie de l’Italie centrale pendant plusieurs siècles. Leur civilisation a connu un recul à partir du IVe siècle avant notre ère, au moment de l’expansion romaine.

Leur langue n’est comprise que partiellement. Les tombes, les inscriptions et les objets constituent donc des sources majeures pour reconstituer leur société. Une sépulture de haut rang ne renseigne pas seulement sur une famille fortunée : elle permet aussi d’observer les échanges commerciaux, les techniques artisanales et les pratiques rituelles.

Le trépied provenant de Rhodes illustre ainsi l’existence de circulations d’objets et de savoir-faire à travers la Méditerranée antique. Rhodes se situe aujourd’hui en Grèce, près de la côte sud-ouest de la Turquie. Sa présence à Vulci témoigne de contacts entre les élites étrusques et d’autres régions méditerranéennes.

La recherche archéologique en France

En France, les fouilles archéologiques relèvent notamment de l’Institut national de recherches archéologiques préventives, l’Inrap, et des services régionaux de l’archéologie. L’archéologie préventive intervient avant des travaux d’aménagement susceptibles d’endommager des vestiges enfouis.

Les tombes antiques découvertes sur le territoire français peuvent elles aussi contenir des objets révélant le statut social, les rites ou les échanges des populations anciennes. Les équipes documentent minutieusement la position de chaque pièce avant son prélèvement. Cette méthode permet de conserver les informations que l’objet seul ne peut pas livrer.

Pourquoi la tombe a été recouverte

Après les fouilles, les archéologues ont recouvert la tombe et son tumulus afin de les protéger. Cette mesure limite l’exposition des structures à l’eau, aux variations de température, à l’érosion et aux intrusions.

Les recherches doivent reprendre en 2027. Elles pourraient aider à déterminer l’identité des personnes enterrées, la chronologie exacte des dépôts et le rôle de cette famille dans la société étrusque de Vulci.

Questions fréquentes

Où se situe exactement la tombe découverte ?
La tombe se trouve sur le site archéologique de Vulci, en Italie centrale, au nord de Rome. Elle était enfouie sous une structure circulaire appelée tumulus Gsell, que l’archéologue Stéphane Gsell avait repérée en 1889 sans pouvoir explorer le caveau à l’intérieur.
Pourquoi les chaussures féminines sont-elles si rares ?
Les matières organiques comme le cuir et les textiles résistent rarement au temps, à l’humidité et aux perturbations causées par les pillages au fil des siècles. La présence bien conservée de chaussures dans une tombe aussi ancienne constitue donc un élément d’une rareté exceptionnelle.
Comment la présence d’un trépied grec renseigne-t-elle sur les Étrusques ?
Le trépied en bronze fabriqué sur l’île grecque de Rhodes témoigne de l’existence de circulations d’objets et de savoir-faire à travers la Méditerranée antique, illustrant ainsi les contacts commerciaux entre les élites étrusques et d’autres régions méditerranéennes.
Pourquoi la tombe a-t-elle été recouverte après sa découverte ?
Les archéologues ont recouverts la tombe pour la protéger des variations de température, de l’érosion, des infiltrations d’eau et des intrusions. Cette mesure préserve les structures et les objets en attente des prochaines campagnes de fouilles prévues en 2027.
Que pourraient révéler les futures recherches ?
Les fouilles à venir devraient aider à déterminer l’identité des personnes enterrées, la chronologie exacte des dépôts funéraires et le rôle que cette famille occupait dans la société étrusque de Vulci.


Vous aimez cet article ? Partagez !