- Des scientifiques coordonnés par Garrick Allen à Glasgow ont retrouvé 42 pages perdues du Codex H, un manuscrit du VIe siècle basé sur des Lettres de saint Paul, en utilisant l’imagerie multispectrale pour lire des traces invisibles laissées par le texte sur les feuillets voisins.
- Le Codex H avait été démonté entre le Xe et le XIIIe siècle au Mont Athos, ses feuilles réemployées pour d’autres usages. Ses fragments sont restés dispersés en France, Italie, Grèce, Russie et Ukraine jusqu’à cette restitution numérique.
- Ces 42 pages ne révèlent pas de nouveaux chapitres du Nouveau Testament, mais enrichissent la connaissance de l’appareil eutalien (système éditorial ancien) et des pratiques concrètes des copistes et lecteurs chrétiens des premiers siècles.
Concrètement en France
- La France est directement concernée puisque des fragments du Codex H sont conservés dans des collections parisiennes, et que des analyses de datation ont été menées à Paris.
- Ce type de manuscrit ancien relève, en France, des collections patrimoniales publiques, soumises à des règles strictes de conservation et de consultation.
- L’imagerie multispectrale est aujourd’hui couramment utilisée par les laboratoires patrimoniaux français pour relire des écritures effacées sans abîmer le support.
- À retenir : il ne s’agit pas de textes inédits du Nouveau Testament, mais d’une meilleure compréhension de la fabrication et de la circulation des livres antiques.
Les repères
- Découverte de 42 pages perdues du Codex H, manuscrit du VIe siècle contenant les Lettres de saint Paul, grâce à l’imagerie multispectrale à Glasgow
- Le manuscrit a été démembré entre le Xe et le XIIIe siècle, ses feuilles réutilisées dans d’autres reliures selon une pratique médiévale courante
- Les pages ont pu être restituées par la lecture d’empreintes chimiques laissées lors d’un réencrement ultérieur du Codex H, créant un « texte fantôme »
- Les 42 pages appartiennent à des passages connus des Lettres de saint Paul mais offrent un témoignage rare de l’appareil eutalien, système d’orientation ancienne pour les lecteurs
- Les fragments du Codex H sont dispersés dans plusieurs pays (France, Italie, Grèce, Russie, Ukraine) et avaient déjà été partiellement catalogués au XVIIIe siècle par un moine français
- VIe siècle : Copie du Codex H sur parchemin contenant les Lettres de saint Paul
- Xe au XIIIe siècle : Démantèlement du Codex H au Grand Monastère de la Lavra sur le mont Athos, ses feuilles réutilisées dans d’autres livres
- XVIIIe siècle : Identification et catalogage partiel des matériaux dispersés du Codex H par un moine français
- 30 avril 2026 : Publication de la découverte des 42 pages retrouvées par imagerie multispectrale, rapportée par le média GreenMe
À Glasgow, en Écosse, des traces presque effacées sur des parchemins révèlent une nouvelle part de l’histoire des textes chrétiens.
Le média en ligne italien GreenMe rapporte, dans un article publié le 30 avril 2026, que 42 pages perdues du Codex H ont pu être relues grâce à l’imagerie multispectrale. Ce manuscrit du VIe siècle, lié aux Lettres de saint Paul, avait été démembré et dispersé pendant des siècles.
Un manuscrit ancien réduit à des fragments
Le Codex H a traversé près de quinze siècles dans un état incomplet. Copié au VIe siècle sur du parchemin, il contenait des textes des Lettres de saint Paul, une partie majeure du Nouveau Testament.
Son parcours mène au Grand Monastère de la Lavra, situé sur le mont Athos, en Grèce. Entre le Xe et le XIIIe siècle, le volume a été démonté. Ses feuilles ont alors servi à d’autres usages : certaines ont été intégrées à des reliures, d’autres ont été placées au début ou à la fin de livres afin de protéger les cahiers.
Cette pratique répondait à une logique matérielle. Le parchemin coûtait cher, résistait bien au temps et pouvait être réemployé. À l’époque médiévale, une feuille d’un vieux livre n’était pas nécessairement considérée comme un objet à préserver dans son intégralité.
Les pages du Codex H n’ont pas toutes disparu : certaines ont survécu sous forme de fragments, tandis que d’autres ont laissé une empreinte sur les feuillets voisins.
Les éléments connus du manuscrit se trouvent désormais dans plusieurs pays, dont la France, l’Italie, la Grèce, la Russie, l’Ukraine et la France. Son histoire passe aussi par Paris, Turin, Kyiv, Moscou, Saint-Pétersbourg et le mont Athos. Au XVIIIe siècle, un moine français avait déjà identifié et catalogué une partie de ces matériaux éparpillés.
Des empreintes d’encre devenues lisibles
La récupération des 42 pages repose sur un phénomène inattendu. À une période ultérieure, le Codex H a été réencré. Ce nouvel encrement a laissé des traces chimiques sur les feuilles placées à proximité.
Les mots disparus n’étaient donc plus présents sur leurs pages d’origine. Ils subsistaient sous la forme d’empreintes très faibles, comparables à un négatif ou à une image inversée. Les chercheurs parlent de « texte fantôme » pour décrire ces restes presque invisibles.
Une équipe internationale, coordonnée à Glasgow par Garrick Allen, enseignant en théologie et critique biblique, a étudié les feuillets conservés avec l’aide de la bibliothèque électronique des manuscrits anciens. Les scientifiques ont pu extraire plusieurs niveaux d’informations depuis une même feuille matérielle.
- Le texte visible sur le parchemin a été examiné.
- Les traces laissées par des pages disparues ont été isolées.
- Les images obtenues ont été comparées afin de restituer les passages.
- La datation du support a été contrôlée grâce à des analyses menées avec des spécialistes à Paris.
La datation au radiocarbone a confirmé que le parchemin remonte bien au VIe siècle. Elle renforce l’intérêt de ce témoin ancien des textes pauliniens et de leur circulation dans les communautés chrétiennes.
Ce que les 42 pages apportent réellement
Cette restitution ne révèle pas des chapitres inconnus du Nouveau Testament. Les passages concernés appartiennent à des portions déjà connues des Lettres de saint Paul. L’enjeu se situe dans la forme matérielle du livre, dans son organisation et dans les interventions successives des copistes.
Le Codex H contient l’un des témoignages les plus anciens de l’appareil eutalien. Ce système éditorial ancien aidait les lecteurs à se repérer dans le texte. Il pouvait réunir des prologues, des listes de chapitres, des divisions internes et des marques signalant certaines citations.
Une lecture guidée bien avant les outils modernes
À l’époque de ce manuscrit, les lecteurs ne disposaient ni de pagination moderne ni d’index normalisés. Les dispositifs présents dans le Codex H jouaient un rôle d’orientation. Ils permettaient de retrouver une section, de suivre la structure d’une lettre ou d’identifier un passage particulier.
Les nouvelles images montrent aussi des corrections et des annotations. Ces marques renseignent les spécialistes sur le travail concret des scribes : copie, vérification, ajustement et usage du texte au sein de communautés de lecteurs.
Pour Garrick Allen, le retour d’éléments sur l’apparence originale du Codex H constitue un résultat « monumental ».
Le manuscrit apparaît ainsi comme un objet utilisé et modifié, non comme un texte figé. Chaque correction peut éclairer les pratiques de lecture, de transmission et de conservation des écrits chrétiens au fil des siècles.
En France, des techniques aussi utilisées pour les manuscrits
La France conserve elle aussi un patrimoine considérable de manuscrits anciens, notamment à la Bibliothèque nationale de France. L’institution assure la conservation, l’étude et la numérisation d’une partie de ses collections patrimoniales. Sa bibliothèque numérique Gallica permet au public de consulter de nombreux documents anciens reproduits en image.
L’imagerie multispectrale intéresse les bibliothèques et les laboratoires spécialisés car elle limite les manipulations invasives. Au lieu de prélever de la matière sur une feuille fragile, les équipes prennent des séries de photographies sous différentes lumières. Les résultats peuvent faire ressortir une écriture effacée, des corrections, des dessins préparatoires ou des textes cachés sous une autre couche d’encre.
Comment fonctionne l’imagerie multispectrale
Cette méthode consiste à photographier un document selon diverses longueurs d’onde, y compris hors de la lumière visible. Chaque encre, pigment ou fibre du parchemin ne réagit pas de la même manière à ces éclairages.
Un traitement informatique permet ensuite de comparer les images. Une inscription illisible à l’œil nu peut alors se détacher du fond. La technique ne reconstitue pas automatiquement les lettres : les spécialistes doivent encore examiner les résultats, reconnaître les formes et confronter leurs lectures à d’autres témoins du texte.
Dans le cas du Codex H, la technologie permet de rapprocher virtuellement des fragments séparés depuis le Moyen Âge. Une nouvelle édition imprimée est en préparation, tandis qu’une version numérique doit rendre les matériaux récupérés accessibles aux chercheurs comme au public.
Les 42 pages ne retrouveront pas leur place physique dans le volume d’origine. Elles peuvent désormais être étudiées ensemble, au sein d’une reconstruction numérique qui redonne une cohérence à ce livre longtemps dispersé.


