- Des archéologues ont découvert une sépulture datant de 475 à 300 avant notre ère près d’Aspendos, en Turquie, contenant un squelette et des monnaies d’argent ornées de deux lutteurs nus.
- Le ministre turc de la Culture et du Tourisme suggère que la personne enterrée pourrait être liée au sport, voire être un lutteur professionnel, mais cette hypothèse reste incertaine.
- Les experts rappellent que les monnaies seules ne suffisent pas à identifier une profession, car elles circulaient largement dans la population; des analyses complémentaires sur les os et le contexte de l’inhumation sont nécessaires.
Concrètement en France
- En France aussi, toute découverte archéologique fortuite doit être déclarée aux autorités, et les fouilles sur un chantier relèvent de l’archéologie préventive encadrée par l’État.
- Des sépultures antiques accompagnées de monnaies ont été mises au jour sur le territoire français, notamment dans les anciennes cités du sud de la Gaule.
- Comme ici, les archéologues français rappellent qu’un objet déposé dans une tombe renseigne rarement à lui seul sur le métier du défunt.
- Les musées français conservent de nombreuses monnaies grecques antiques, souvent visibles dans les collections de numismatique.
Les repères
- Une tombe vieille de 2 400 ans découverte près d’Aspendos en Turquie contient un squelette et des monnaies d’argent portant l’effigie de deux lutteurs nus
- Les monnaies retrouvées suggèrent un possible lien avec les compétitions sportives antiques, mais ne constituent pas une preuve formelle du métier du défunt
- Aspendos était une cité grecque prospère qui frappait sa propre monnaie ornée de lutteurs pendant plus d’un siècle, soulignant l’importance du sport dans son identité civique
- Des analyses complémentaires du squelette sont nécessaires avant de pouvoir associer formellement la sépulture à un athlète, notamment l’examen des traces de blessures ou d’efforts physiques
- Ve siècle avant notre ère : Aspendos est fondée par des colons grecs
- entre 475 et 300 avant notre ère : La tombe est datée de l’époque classique d’Aspendos
- 2000 : Publication d’une étude de l’archéologue Oğuz Tekin sur l’importance de la lutte à Aspendos
En Turquie, une fouille menée près de l’ancienne cité d’Aspendos livre de nouveaux indices sur la vie de ses habitants.
Dans un cimetière antique situé près d’Aspendos, dans le sud-ouest de la Turquie, des archéologues ont mis au jour une sépulture contenant un squelette et plusieurs objets. Le média scientifique en ligne Live Science rapporte que les monnaies retrouvées dans la tombe pourraient suggérer un lien avec les compétitions sportives de l’Antiquité.
Une sépulture de l’époque classique
La tombe se trouvait à l’extérieur de l’ancienne ville d’Aspendos, dans l’un de ses cimetières. Les chercheurs y ont découvert les restes d’une personne déposée dans un sarcophage composé de dalles de pierre, semblable à une grande caisse funéraire.
La sépulture remonterait à une période comprise entre 475 et 300 avant notre ère. Cette chronologie correspond à l’époque classique de la cité. Aspendos était alors une ville grecque prospère, avant de devenir plus tard une cité du monde romain.
La tombe contient un squelette et des monnaies d’argent portant la représentation de deux lutteurs nus.
Ces pièces constituent l’élément le plus frappant de la découverte. Elles montrent deux hommes engagés dans un combat de lutte. Pour Mehmet Nuri Ersoy, ministre turc de la Culture et du Tourisme, ces monnaies ainsi que les autres objets déposés dans la tombe indiquent que la personne enterrée aurait pu être liée au sport, « peut-être même un lutteur ».
Des monnaies qui racontent l’histoire d’Aspendos
Aspendos se trouvait à environ 16 kilomètres de la mer Méditerranée. Fondée par des colons grecs au Ve siècle avant notre ère, la ville s’est rapidement imposée comme un centre commercial actif. Elle échangeait notamment du sel, de l’huile d’olive, du bois et des chevaux.
La cité frappait sa propre monnaie. Parmi ces pièces figuraient des statères d’argent ornés de deux lutteurs. Le statère était une monnaie utilisée dans plusieurs cités grecques de l’Antiquité. À Aspendos, ces représentations ont été produites pendant plus d’un siècle.
Cette longévité laisse penser que la lutte occupait une place visible dans l’identité civique locale. Une étude publiée en 2000 par l’archéologue Oğuz Tekin, de l’université Koç en Turquie, estimait que ces monnaies soulignaient l’importance de ce sport pour la cité.
- Les pièces montrent deux lutteurs face à face.
- Elles ont circulé pendant une longue période dans la ville.
- Leur présence dans une tombe peut avoir une valeur symbolique, économique ou funéraire.
- Elle ne prouve pas, à elle seule, le métier ou l’activité du défunt.
Pourquoi l’hypothèse du lutteur reste incertaine
La présence de monnaies figurant des athlètes ne suffit pas à identifier la personne enterrée. Sarah E. Bond, historienne à l’université de l’Iowa, qui n’a pas participé à la découverte, appelle à la prudence.
Selon elle, des analyses complémentaires devront être menées avant de pouvoir associer formellement le squelette à un lutteur de l’époque classique. L’examen des os peut parfois apporter des indices. Un nez cassé puis ressoudé, par exemple, pourrait être compatible avec la pratique d’un sport de combat.
« Les monnaies seules ne peuvent pas indiquer qu’il s’agissait d’un lutteur grec de l’époque classique », a souligné Sarah E. Bond.
L’historienne rappelle que ces pièces étaient nombreuses et qu’elles servaient de moyen de paiement à l’ensemble de la population. Un commerçant, un artisan, un citoyen ou un voyageur pouvait donc en posséder. Leur dépôt dans une tombe ne permet pas de trancher sans étudier le squelette, les autres objets et le contexte précis de l’inhumation.
Ce que les chercheurs devront examiner
Les spécialistes pourront rechercher plusieurs types d’indices, sans qu’aucun ne soit décisif isolément :
Les os peuvent porter la marque d’un traumatisme, d’une activité répétitive ou d’une maladie. Ils ne permettent pas toujours d’identifier une profession avec certitude. Les chercheurs doivent donc croiser les observations anatomiques avec les données archéologiques.
Un sport très présent dans l’Antiquité grecque
La lutte faisait partie des disciplines athlétiques connues dans les cités grecques. Elle était pratiquée dans les gymnases et lors de concours. À Aspendos, cette présence se lit aussi dans les monnaies, plusieurs siècles avant la construction d’un vaste stade romain.
Ce stade a été édifié au IIe siècle de notre ère et pouvait accueillir jusqu’à 8 000 spectateurs. Les habitants pouvaient y assister à des courses, à des épreuves de lancer de javelot et à des combats de lutte. Il a donc été construit bien après la tombe récemment fouillée, mais il témoigne de la place durable des spectacles athlétiques dans la cité.
Dans l’Antiquité, les athlètes ne correspondaient pas forcément à l’image moderne du sportif professionnel. Certains compétiteurs pouvaient recevoir des récompenses, obtenir du prestige ou être soutenus par leur cité. Les sources disponibles ne permettent pas d’affirmer que la personne enterrée à Aspendos vivait de la lutte.
Ce que prévoit l’archéologie en France
En France, les fouilles archéologiques sont encadrées par l’État. Elles nécessitent une autorisation et sont placées sous le contrôle des services compétents du ministère de la Culture. Les services régionaux de l’archéologie interviennent notamment dans l’instruction et le suivi des opérations.
Avant de construire une route, un immeuble ou une zone d’aménagement, une opération d’archéologie préventive peut être prescrite si le terrain risque de contenir des vestiges. L’Institut national de recherches archéologiques préventives fait partie des organismes qui réalisent ce type d’intervention, aux côtés d’autres opérateurs agréés.
Comme à Aspendos, l’interprétation d’une tombe ancienne en France repose rarement sur un seul objet. Une arme, une monnaie ou un outil placé près d’un défunt ne suffit pas automatiquement à définir son statut, son métier ou son identité. Les archéologues confrontent les données de terrain, l’étude des os, le mobilier funéraire et les comparaisons avec des sites voisins.
Un cimetière encore en cours de fouille
La sépulture s’inscrit dans une campagne de fouilles plus large, menée dans un cimetière récemment identifié à Aspendos. Chaque tombe peut aider à mieux comprendre l’organisation sociale de la ville, ses rites funéraires et les liens entre ses habitants et les activités sportives.
Mehmet Nuri Ersoy a assuré que les nouvelles trouvailles d’Aspendos permettraient de compléter les pages manquantes de l’histoire locale, tout en protégeant ce patrimoine grâce aux études scientifiques. Pour l’heure, la tombe pose davantage de questions qu’elle n’apporte de certitudes : les pièces évoquent la lutte, mais l’identité du défunt reste à établir.


