- Une équipe scientifique a documenté en 2024 un comportement de cour entre un mâle et une femelle requin-baleine au récif de Ningaloo, en Australie-Occidentale, une observation capitale pour une espèce menacée.
- Le suivi et les morsures observés correspondent à des comportements d’accouplement connus chez d’autres requins, bien que cette interaction n’ait probablement pas abouti à une reproduction.
- Les données révèlent un déséquilibre frappant : une femelle pour trois mâles à Ningaloo, ce qui pourrait expliquer pourquoi les femelles évitent certains rassemblements pour réduire le stress et les sollicitations.
Concrètement en France
- Le requin-baleine est une espèce protégée au niveau international, et la France, présente dans de nombreuses mers tropicales via ses territoires d’outre-mer, est directement concernée par sa conservation.
- Des observations de requins-baleines sont régulièrement rapportées autour de La Réunion, de Mayotte ou en Polynésie française, où l’espèce attire aussi une activité d’observation touristique encadrée.
- En France comme en Australie, l’approche des grands animaux marins protégés est soumise à des règles de distance et de comportement, dont le non-respect peut être sanctionné.
- À retenir : mieux comprendre la reproduction de l’espèce aide à définir les zones à protéger, y compris dans les eaux sous souveraineté française.
Les repères
- Première observation en nature de l’accouplement d’un requin-baleine en 2024 sur le récif de Ningaloo en Australie-Occidentale
- Un mâle adulte a suivi et mordu une femelle, comportements typiques de la phase de cour chez les poissons cartilagineux
- Les requins-baleines, plus grands poissons de la planète (jusqu’à 12 mètres), restent mal connus quant à leur reproduction
- Sur le récif de Ningaloo, les mâles sont trois fois plus nombreux que les femelles, ce qui pourrait inciter les femelles à éviter ces zones
- 2009 à 2024 : Campagnes d’observation annuelles en mai sur le récif de Ningaloo
- 2024 : Observation et documentation de l’interaction de cour entre deux requins-baleines
Au large de l’Australie, une scène rarement observée apporte des indices précieux sur la reproduction du plus grand poisson de la planète.
Cette observation a eu lieu en 2024 sur le récif de Ningaloo, sur la côte nord-ouest de l’Australie-Occidentale. Le journal en ligne spécialisé dans l’environnement Earth.com rapporte qu’une équipe scientifique y a suivi les interactions inhabituelles entre deux requins-baleines, une espèce menacée dont la vie reproductive reste très mal connue.
Une interaction inédite entre deux géants marins
Les requins-baleines peuvent dépasser 12 mètres de long. Malgré leur taille spectaculaire et leur présence dans de nombreuses mers chaudes tropicales ou tempérées, les scientifiques connaissent encore peu de choses de leurs parades et de leurs accouplements.
Lors d’une mission de terrain menée en 2024, les chercheurs ont filmé et documenté le comportement d’un mâle adulte envers une femelle plus petite. Le mâle a suivi l’animal, puis l’a mordue. Ces gestes ne permettent pas d’affirmer qu’un accouplement a abouti ce jour-là. Ils constituent en revanche un indice direct d’une phase de cour chez cette espèce.
Le suivi rapproché et les morsures observés chez les deux requins-baleines correspondent à des comportements associés à l’accouplement chez d’autres poissons cartilagineux.
Les observations réalisées dans la nature sont particulièrement rares. Jusqu’ici, les chercheurs disposaient surtout de témoignages de pêcheurs et de données indirectes pour tenter de comprendre les relations entre mâles et femelles.
Des comportements connus chez d’autres requins
Christine Barry, doctorante à l’institut Harry Butler de l’université Murdoch et à l’Institut australien des sciences marines, explique que le suivi et la morsure sont fréquents lors de la copulation chez d’autres espèces de poissons cartilagineux.
Ces animaux regroupent notamment les requins, les raies et les chimères. Chez plusieurs requins, le mâle peut mordre la femelle afin de maintenir sa position durant la reproduction. Le comportement constaté à Ningaloo s’inscrit donc dans un schéma déjà connu chez des espèces apparentées.
Christine Barry souligne aussi que des pêcheurs avaient, par le passé, décrit des attitudes comparables de mâles sexuellement matures envers des femelles, sur différents sites où les requins-baleines se rassemblent. La scène désormais observée apporte un élément concret à ces récits.
Une prudence nécessaire sur l’accouplement
L’équipe ne conclut pas que les deux animaux se sont effectivement reproduits. Selon Christine Barry, l’interaction constatée durant l’expédition ne semble pas avoir conduit à un accouplement réussi. Elle montre tout de même que les requins-baleines suivent probablement des codes de reproduction proches de ceux d’autres grands requins.
Les travaux, conduits avec Mark Meekan, de l’université d’Australie-Occidentale, ont été publiés dans la revue scientifique Frontiers in Marine Science. Les scientifiques souhaitent désormais multiplier les observations et les analyses génétiques afin de mieux identifier les conditions qui permettent une reproduction effective.
Pourquoi les femelles semblent éviter certains rassemblements
Le récif de Ningaloo est inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco. Chaque mois de mai, entre 2009 et 2024, des équipes y ont mené des campagnes d’observation, au moment où de nombreux requins-baleines migrent vers cette zone.
Les données recueillies révèlent un déséquilibre frappant : les mâles y sont bien plus nombreux que les femelles. À Ningaloo, la proportion évoquée par Christine Barry est d’une femelle pour trois mâles. Ce constat se retrouve sur de nombreux autres sites d’agrégation à travers le monde.
- Les femelles pourraient privilégier des zones où les mâles adultes sont moins présents.
- Les jeunes femelles pourraient chercher à limiter les sollicitations répétées.
- Les tentatives de cour non désirées peuvent entraîner un coût énergétique et du stress.
- La répartition très inégale des sexes peut modifier la structure des groupes observés.
Cette hypothèse ne signifie pas que toutes les femelles fuient systématiquement les rassemblements. Elle offre une piste pour expliquer leur faible présence dans les zones les plus surveillées par les scientifiques. Identifier leurs espaces de refuge pourrait devenir déterminant pour protéger l’espèce.
Une espèce exposée à plusieurs menaces
Le requin-baleine est classé parmi les espèces menacées. Sa reproduction lente et encore largement mystérieuse rend chaque perte d’individu préoccupante. Les poissons peuvent être confrontés aux activités de pêche, aux collisions avec des navires et à la dégradation de leur habitat marin.
Connaître les lieux et les périodes de reproduction permettrait d’adapter les mesures de protection. Les autorités pourraient notamment mieux encadrer la navigation, la fréquentation touristique et certaines activités humaines dans les secteurs sensibles.
Comprendre où et comment les requins-baleines se rencontrent est une condition pour protéger les habitats dont dépend le renouvellement de leurs populations.
Les suivis répétés à Ningaloo ont aussi un autre intérêt : ils permettent de comparer les comportements d’une année à l’autre. Une observation isolée reste précieuse, mais une série de données recueillies sur plusieurs saisons aide à distinguer un comportement exceptionnel d’un phénomène régulier.
Quelle place pour la France dans la protection de l’espèce
La France est concernée par la sauvegarde du requin-baleine à travers ses espaces maritimes ultramarins et ses engagements internationaux en faveur de la biodiversité. L’espèce figure à l’annexe II de la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction, dite Cites. Cette inscription encadre son commerce international.
Dans l’Union européenne, dont la France fait partie, les règles relatives au commerce des espèces sauvages appliquent ce cadre international. Elles visent notamment à empêcher que les échanges commerciaux ne fragilisent davantage les populations déjà menacées.
Pour le public, l’enjeu se joue aussi lors des activités d’observation en mer. Le tourisme consacré aux requins-baleines peut contribuer à faire connaître l’espèce, à condition de limiter les perturbations : distance adaptée, absence de contact avec l’animal, limitation du nombre de bateaux et respect de ses déplacements.
Un poisson, pas une baleine
Malgré son nom, le requin-baleine n’est pas un mammifère marin. C’est un poisson cartilagineux, comme les autres requins. Il respire grâce à des branchies et se nourrit principalement en filtrant l’eau pour capturer de petits organismes, dont du plancton.
Sa taille imposante ne doit pas masquer sa vulnérabilité. Les résultats obtenus au large de l’Australie montrent que les scientifiques commencent seulement à éclaircir une étape décisive de son cycle de vie. Les futures observations devront préciser à quelle fréquence ces parades ont lieu, dans quelles zones elles se produisent et si elles conduisent à la naissance de nouveaux individus.


