- Un pêcheur et apnéiste sicilien, Giacomo De Mola, a détecté au sonar une anomalie près de Mazara del Vallo qui s’est avérée être une épave romaine vieille de près de deux millénaires.
- Le navire contient une cargaison de plusieurs centaines d’amphores destinées au transport de vin, ainsi que des ancres en plomb et un tuyau en plomb, étalés sur environ 20 mètres de long.
- Les autorités italiennes ont classé cette trouvaille parmi les découvertes archéologiques sous-marines majeures de ces dernières années et prévoient des études futures sans remonter l’ensemble du site pour préserver son intégrité.
Concrètement en France
- En France aussi, les épaves et objets archéologiques reposant dans les eaux territoriales relèvent du domaine public et ne peuvent pas être prélevés librement par les plongeurs.
- Toute découverte fortuite en mer ou sur terre doit être déclarée aux autorités compétentes, et non conservée ou revendue, sous peine de poursuites.
- Les côtes méditerranéennes françaises, notamment autour de la Provence et de la Corse, ont livré de nombreuses épaves antiques liées au commerce romain du vin et de l’huile.
- Comme en Italie, les sites sous-marins français sont souvent laissés en place et surveillés, la fouille intégrale étant coûteuse et parfois plus risquée pour les vestiges.
Les repères
- Découverte d’une épave romaine au large de Mazara del Vallo en Sicile, à 46 mètres de profondeur, contenant des centaines d’amphores destinées au transport de vin
- Le navire aurait sombré entre le IIe et le Ier siècle avant Jésus-Christ, période où la Sicile jouait un rôle central dans les échanges méditerranéens
- Deux hommes, le pêcheur Giacomo De Mola et son ami Igor Bisulli, ont détecté l’épave grâce à un sonar et signalé la découverte aux autorités italiennes
- Le site renferme aussi des ancres en plomb et un tuyau en plomb; les amphores appartiennent principalement au type Dressel 1A, avec d’autres provenant d’Afrique du Nord et de tradition néo-punique
- IIe et Ier siècle avant Jésus-Christ : Sombrage du navire romain chargé d’amphores
Au sud-ouest de la Sicile, une anomalie repérée au sonar a révélé un site archéologique sous-marin vieux de près de deux millénaires.
Les faits se déroulent en Italie, près de Mazara del Vallo. Selon Smithsonian Magazine, un magazine américain consacré notamment à l’histoire et aux sciences, deux hommes ont signalé aux autorités italiennes un amas spectaculaire d’amphores reposant au fond de la Méditerranée.
Une forme inhabituelle repérée au sonar
Giacomo De Mola, pêcheur et apnéiste, inspectait les fonds marins avec son ami Igor Bisulli lorsqu’il a détecté une silhouette intrigante grâce à un sonar. L’objet se trouvait à environ 46 mètres de profondeur, à quelque 4,8 kilomètres de la ville actuelle de Mazara del Vallo.
Au premier regard, l’écho pouvait évoquer un gros rocher. En s’approchant, Giacomo De Mola a distingué des formes régulières, incompatibles avec une formation naturelle. Elles correspondaient à une accumulation de récipients en céramique, munis de cols étroits et d’anses.
Le site abrite une cargaison d’amphores entassées sur près de deux mètres de hauteur, sur une zone d’environ vingt mètres de long et six mètres de large.
Les autorités italiennes ont identifié l’ensemble comme l’épave d’un navire romain. Le bâtiment aurait sombré entre le IIe et le Ier siècle avant Jésus-Christ, à une période où la Sicile occupait une position centrale dans les échanges méditerranéens.
Giacomo De Mola a décrit son émotion sur les réseaux sociaux : « Il est difficile de décrire ce que l’on ressent en faisant partie des premiers humains à revoir cet endroit après presque vingt siècles. C’est sans aucun doute la découverte la plus incroyable de ma vie. »
Des amphores destinées au transport du vin
Les amphores étaient des contenants essentiels du commerce antique. Ces grandes jarres servaient surtout à acheminer des denrées liquides ou alimentaires sur les navires. Le vin figurait parmi les marchandises les plus transportées, même si l’huile, les sauces de poisson ou d’autres produits pouvaient aussi circuler dans ce type de récipient.
Les premiers examens indiquent que la majorité des objets appartiennent au type Dressel 1A. Ces amphores sont associées à la période romaine tardive. D’autres exemplaires présentent une forme nord-africaine, tandis que certains semblent relever d’une tradition néo-punique plus ancienne.
- Des centaines d’amphores constituent la cargaison visible ;
- Deux imposants stocks d’ancres en plomb ont été localisés près de l’amas ;
- Un tuyau en plomb figure aussi parmi les éléments signalés ;
- Les spécialistes cherchent encore à identifier l’origine précise de la cargaison et sa destination.
La diversité des récipients pourrait renseigner les archéologues sur les réseaux commerciaux de l’époque. La Méditerranée reliait alors les territoires romains, les côtes d’Afrique du Nord et de nombreuses cités portuaires. Un navire marchand pouvait transporter une cargaison issue de plusieurs régions, au fil d’itinéraires complexes.
Un site laissé au fond de la mer
Alessandro Giuli, ministre italien de la Culture, a qualifié cette trouvaille de « l’une des découvertes archéologiques sous-marines les plus importantes de ces dernières années ». Il a souligné que l’épave témoigne « des peuples, des routes et des échanges qui ont fait de la Méditerranée un carrefour de civilisations ».
Les premières vérifications ont réuni les carabiniers, force italienne chargée notamment de missions de police, et la Surintendance de la mer de Sicile, l’organisme régional compétent pour le patrimoine archéologique maritime.
Les équipes doivent retourner sur place dans les prochains mois. Elles tenteront de dater plus finement le naufrage, d’établir le trajet du navire et d’évaluer l’état de conservation des vestiges. Elles examineront aussi l’éventualité de pillages antérieurs.
Les autorités italiennes ne prévoient pas, à ce stade, de remonter l’ensemble de l’épave. Certains objets pourraient être prélevés pour être étudiés.
Cette prudence s’explique par la fragilité d’un tel ensemble. Le retrait précipité d’objets peut modifier l’équilibre du site ou endommager des matériaux restés stables sous l’eau durant des siècles. Un porte-parole du ministère italien de la Culture a indiqué que l’épave resterait pour l’instant protégée, étudiée et mise en valeur.
Une position tenue secrète
La localisation exacte du navire ne sera pas rendue publique. Simon Stoddart, archéologue à l’université de Cambridge, a estimé qu’elle devait rester confidentielle jusqu’à ce que les autorités déterminent si une fouille est réalisable et correctement financée.
Cette précaution vise à limiter les risques de prélèvements illégaux. Les amphores antiques attirent les collectionneurs, mais leur valeur historique ne repose pas seulement sur l’objet lui-même. Leur emplacement, leur position dans la cargaison et leur association avec les ancres ou le navire apportent des indices précieux sur le voyage interrompu.
La protection des épaves en France
En France, les biens culturels maritimes relèvent de la protection du patrimoine. Une épave ancienne et les objets qu’elle contient ne peuvent pas être récupérés librement, même lorsqu’ils reposent dans les eaux françaises. Les interventions archéologiques nécessitent des autorisations et s’inscrivent dans un cadre scientifique.
Le Département des recherches archéologiques subaquatiques et sous-marines, rattaché au ministère de la Culture, coordonne les recherches sur ce patrimoine. Il assure notamment la protection, l’étude et la valorisation de vestiges situés sous l’eau.
Pour les chercheurs, une amphore ne renseigne pas uniquement sur le vin qu’elle pouvait contenir. Sa forme, son argile, ses marques éventuelles et son lieu de fabrication peuvent aider à retracer les circuits commerciaux antiques. L’épave sicilienne pourrait ainsi éclairer un épisode précis des échanges qui reliaient la Sicile romaine aux autres rives de la Méditerranée.


