- Une recherche publiée dans PNAS analysant 6 262 participants à des rendez-vous à l’aveugle révèle que femmes et hommes expriment une préférence légère et comparable pour des partenaires plus jeunes.
- Les femmes déclaraient souvent préférer des hommes plus âgés avant la rencontre, mais cette préférence annoncée n’a pratiquement pas influencé leur attirance réelle mesurée après le rendez-vous.
- L’écart d’âge traditionnel observé dans les couples durables pourrait résulter de la mise en relation initiée par les professionnels et du poids des normes culturelles, bien au-delà des simples attirances individuelles.
Concrètement en France
- L’étude porte sur des célibataires américains inscrits à un service payant de mise en relation, un profil qui ne reflète pas forcément les usages français, dominés par les applications de rencontre gratuites ou par abonnement.
- En France comme ailleurs, les applications reposent massivement sur des filtres d’âge et des photos, un mode de sélection très différent des rendez-vous à l’aveugle étudiés ici.
- À retenir : ce travail suggère surtout un écart entre les critères que l’on déclare et ce que l’on ressent en rencontrant réellement quelqu’un, un décalage qui n’a rien de spécifiquement américain.
- L’écart d’âge entre conjoints reste un sujet d’observation statistique en France, mais cette étude ne permet pas d’en tirer de conclusions chiffrées sur les couples français.
Les repères
- Une étude américaine de 6 262 personnes en rendez-vous à l’aveugle montre que femmes et hommes manifestent une préférence comparable pour des partenaires plus jeunes, contrairement aux déclarations préalables des femmes.
- Les préférences annoncées avant une rencontre ne prédisent pas l’attirance réelle ressentie face à une personne, particulièrement chez les femmes qui affirmaient préférer un homme plus âgé.
- Les rendez-vous organisés contenaient peu d’informations (tranche d’âge approximative, présence d’enfants, centres d’intérêt) sans photographie ni profil détaillé.
- L’écart d’âge traditionnel des couples (homme plus âgé, femme plus jeune) peut résulter de la mise en relation elle-même (les professionnels proposaient en moyenne aux femmes des hommes trois ans et demi plus âgés) et des normes culturelles, au-delà des simples attirances individuelles.
- octobre 2023 à janvier 2024 : 4 542 rendez-vous à l’aveugle organisés auprès de célibataires américains via le service Tawkify
- 27 janvier 2025 : Publication de la recherche dans la revue scientifique PNAS
Aux États-Unis, une vaste étude de rencontres à l’aveugle bouscule une idée tenace sur les préférences d’âge amoureuses.
Publiée par le média en ligne Study Finds, cette enquête menée auprès de célibataires américains montre un écart notable entre les critères annoncés avant un rendez-vous et l’attirance réellement ressentie face à une personne.
Les préférences déclarées ne prédisent pas toujours l’attirance
L’idée selon laquelle les hommes rechercheraient des femmes plus jeunes, tandis que les femmes privilégieraient des hommes plus âgés, reste très présente dans les représentations amoureuses. Une recherche publiée le 27 janvier 2025 dans la revue scientifique PNAS vient nuancer fortement ce scénario.
Les chercheurs ont analysé les retours de 6 262 personnes ayant participé à 4 542 rendez-vous à l’aveugle organisés entre octobre 2023 et janvier 2024. Les participants, âgés de 22 à 85 ans, avaient en moyenne près de 47 ans. Tous s’étaient inscrits auprès de Tawkify, un service américain de mise en relation destiné aux personnes cherchant une relation durable.
Lors de ces premières rencontres, femmes et hommes ont manifesté une préférence légère, mais comparable, pour des partenaires plus jeunes.
Cette tendance ne signifie pas que chaque participant a systématiquement choisi la personne la moins âgée. L’effet observé est modeste. Il apparaît néanmoins de façon régulière dans les évaluations de l’attirance romantique, de l’expérience globale du rendez-vous et de l’envie de revoir l’autre personne.
Le résultat le plus marquant concerne les femmes. Beaucoup affirmaient avant la rencontre préférer un homme plus âgé ou fixaient un âge maximal pour leur futur partenaire. Or ces déclarations n’ont pratiquement pas influencé l’attirance mesurée après le rendez-vous.
Des rendez-vous organisés avec très peu d’informations
Les rencontres étudiées ne ressemblaient pas à une sélection sur une application. Avant de se voir, les participants recevaient seulement quelques éléments : une tranche d’âge approximative, la présence éventuelle d’enfants et certains centres d’intérêt. Ils n’avaient ni photographie, ni profil détaillé leur permettant de filtrer longuement les candidats.
Après chaque rendez-vous, les deux personnes remplissaient un questionnaire. Elles devaient notamment évaluer leur attirance, leur satisfaction et leur souhait d’avoir un second rendez-vous.
- Environ 15 % des rendez-vous associaient des personnes dépassant la limite d’âge annoncée par l’un des participants.
- Cette situation n’a pas fait disparaître la légère préférence observée pour la jeunesse.
- Les résultats restaient similaires lorsque les chercheurs étudiaient séparément les femmes et les hommes.
- Ils tenaient aussi pour les rendez-vous entre une femme et un homme, ainsi que pour les femmes de 40 ans ou moins.
Autrement dit, une personne peut se croire attirée par une catégorie d’âge précise, puis ressentir autre chose au moment d’une rencontre réelle. Les auteurs invitent donc à distinguer les préférences théoriques, formulées à tête reposée, et la réaction immédiate à une personne rencontrée.
Pourquoi les couples gardent souvent un écart d’âge traditionnel
Ce résultat soulève une question : si les femmes comme les hommes montrent une attirance comparable pour des partenaires plus jeunes, pourquoi les couples durables restent-ils souvent composés d’un homme plus âgé et d’une femme plus jeune ?
Les données de l’étude apportent une première piste. Les professionnels de Tawkify proposaient en moyenne aux femmes des hommes ayant environ trois ans et demi de plus qu’elles. Ce même écart apparaissait parmi les duos ayant tous deux accepté l’idée d’un second rendez-vous.
L’écart d’âge observé dans les couples peut donc être influencé dès l’étape de la mise en relation, et pas uniquement par les attirances individuelles.
Les chercheurs évoquent aussi le poids des habitudes sociales. Les normes culturelles, les attentes familiales, les trajectoires professionnelles ou le désir d’une relation stable peuvent peser au-delà de l’impression laissée par un premier échange. L’attirance initiale ne suffit pas nécessairement à déterminer la formation d’un couple durable.
Les auteurs rappellent également que les adolescentes entrent généralement dans la puberté un à deux ans avant les garçons. Cette différence pourrait contribuer, dès les premières expériences amoureuses, à installer des habitudes de rencontres avec des partenaires légèrement plus âgés.
Ce que cette étude dit des rencontres en France
En France, aucune règle ne fixe un écart d’âge entre deux adultes consentants. La majorité civile est fixée à 18 ans et les choix amoureux relèvent de la vie privée. Les critères d’âge proposés par les services de rencontre ne sont donc pas des règles juridiques : ce sont des filtres choisis par les utilisateurs ou suggérés par les plateformes.
Cette étude américaine ne permet pas de décrire à elle seule les comportements de l’ensemble des célibataires français. Son échantillon rassemble des personnes prêtes à rémunérer un service de mise en relation et à confier leur recherche à des professionnels. Les participants étaient aussi relativement aisés, selon les auteurs.
Elle offre tout de même un enseignement utile aux personnes qui utilisent des applications ou des agences : fixer une limite très stricte peut écarter des profils susceptibles de plaire en face-à-face. Un âge, une photo ou quelques indications biographiques ne renseignent pas à eux seuls sur l’humour, la qualité d’écoute, le sentiment de proximité ou la manière dont une conversation se déroule.
Un premier rendez-vous ne mesure pas une relation entière
La recherche porte sur l’attirance ressentie après une première rencontre. Elle ne mesure ni la durée des relations, ni leur qualité, ni la compatibilité à long terme. Les auteurs ne prétendent donc pas démontrer que les femmes choisiront finalement plus souvent des hommes plus jeunes.
Ils montrent plutôt qu’une préférence annoncée avant un rendez-vous ne permet pas de prédire avec précision la réaction réelle. Entre l’image que l’on se fait de son partenaire idéal et la personne qui suscite une envie de la revoir, l’écart peut être plus grand qu’on ne le pense.
Les filtres d’âge peuvent réduire les occasions
Les filtres d’âge simplifient les recherches et évitent des propositions manifestement incompatibles avec les attentes d’un utilisateur. Ils peuvent aussi enfermer les célibataires dans des préférences déclarées qui ne correspondent pas toujours à leurs réactions réelles.
Dans cette étude, les personnes interrogées ont parfois été placées face à un partenaire qui dépassait leur limite d’âge annoncée. Leur appréciation n’en a pas été mécaniquement moins bonne. Ce constat invite moins à supprimer tous les critères qu’à laisser une place à l’imprévu, surtout lorsque la recherche d’une relation se limite habituellement à quelques informations affichées sur un écran.


