- Des expéditions en Antarctique menées entre 2008 et 2017 ont révélé huit espèces de crinoïdes du genre Promachocrinus, dont quatre étaient inconnues de la science.
- Ces animaux, surnommés « monstres marins » en raison de leur allure inhabituelle, possèdent vingt bras plumeux et un corps central ressemblant à une fraise, utilisant ces bras pour filtrer les particules alimentaires.
- L’analyse combinée de l’ADN et de la morphologie physique a permis aux chercheurs de distinguer des espèces très proches morphologiquement et de mieux comprendre la biodiversité des abysses polaires.
Concrètement en France
- La France dispose de territoires austraux proches de cette zone, notamment les Terres australes et antarctiques françaises, ce qui la rend directement concernée par la recherche polaire.
- Des institutions françaises de recherche marine et naturaliste participent régulièrement à des campagnes océanographiques et à la description de nouvelles espèces.
- Les comatules et autres échinodermes existent aussi dans les eaux françaises, y compris en Méditerranée et en Atlantique, sous des formes moins spectaculaires.
- Pour le lecteur, l’essentiel est qu’une grande partie de la vie marine reste non décrite, y compris autour des côtes et territoires français.
Les repères
- Découverte de huit espèces de crinoïdes du genre Promachocrinus en Antarctique, dont quatre jamais décrites scientifiquement auparavant
- L’animal possède vingt bras plumeux et un corps central évoquant une fraise, avec des teintes allant du violet au rouge sombre
- Les crinoïdes sont des invertébrés marins (échinodermes) vivant librement entre environ 20 mètres et 2 000 mètres de profondeur
- L’identification des espèces a combiné l’analyse de l’ADN et l’étude morphologique pour différencier des organismes très semblables
- 2008 à 2017 : Expéditions scientifiques menées durant près de dix ans pour étudier les crinoïdes du genre Promachocrinus
Dans les profondeurs glaciales de l’Antarctique, des prélèvements scientifiques ont révélé une forme de vie aussi étonnante que méconnue.
Cette observation concerne les eaux antarctiques, loin des côtes françaises. Le média scientifique en ligne Earth.com rapporte qu’une équipe a distingué plusieurs espèces de crinoïdes du genre Promachocrinus, dont certaines n’avaient encore jamais reçu de description scientifique.
Un animal à l’allure de fraise et aux vingt bras
Le surnom de « monstre marin » doit beaucoup à son apparence. L’animal possède vingt bras plumeux, déployés autour d’un corps central qui évoque, selon les scientifiques, la forme d’une fraise. L’une des espèces étudiées porte d’ailleurs le nom scientifique Promachocrinus fragarius, souvent désignée comme la comatule-fraise antarctique.
Ses couleurs peuvent aller de nuances violacées discrètes à un rouge sombre. Ces teintes, sa silhouette et ses bras très nombreux donnent à l’animal un aspect inhabituel, surtout dans l’imaginaire associé aux grands fonds.
Ce « monstre » n’est pas un prédateur géant : il s’agit d’un invertébré marin appartenant au groupe ancien des crinoïdes.
Les crinoïdes sont des échinodermes, le même vaste groupe zoologique que les étoiles de mer et les oursins. Ils ne sont donc ni des poissons ni des céphalopodes. Certaines espèces vivent fixées au fond grâce à une tige : on les appelle alors lys de mer. D’autres, telles que les comatules, mènent une vie libre et peuvent se déplacer dans l’eau ou à proximité du sol marin.
Des missions menées durant près de dix ans
Les expéditions mentionnées par Earth.com se sont déroulées entre 2008 et 2017. Leur objectif visait des habitants discrets des fonds antarctiques appartenant au genre Promachocrinus. Avant cette étude, Promachocrinus kerguelensis était la seule espèce clairement reconnue au sein de ce groupe.
Les scientifiques ont établi la présence de huit espèces distinctes. Quatre n’avaient jamais été décrites ni nommées auparavant. Elles ont été observées entre environ 20 mètres et 2 000 mètres sous la surface.
- Les spécimens viennent des eaux froides de l’Antarctique.
- Ils ont été examinés sur une période couvrant près d’une décennie.
- Huit espèces ont été distinguées au total.
- La moitié de ces espèces était inconnue de la communauté scientifique.
Ces animaux étaient déjà soupçonnés d’appartenir à ce genre lors de campagnes antérieures. Les données disponibles ne permettaient pas de trancher avec assez de précision. L’étude a apporté les éléments nécessaires pour mieux séparer les espèces proches les unes des autres.
L’ADN et la forme du corps pour départager les espèces
Les chercheurs ne se sont pas limités à l’observation extérieure. Ils ont croisé l’étude de l’ADN avec celle de la morphologie, c’est-à-dire les caractéristiques physiques des organismes. La forme du corps, l’organisation des bras et d’autres détails anatomiques peuvent différencier deux espèces qui paraissent très semblables au premier regard.
« Leur capacité à identifier de nombreux autres membres distincts du genre n’est devenue possible que grâce à l’examen de l’ADN et de la morphologie physique de ces organismes », indiquent les chercheurs.
Cette méthode est devenue centrale en taxonomie, la discipline qui classe le vivant. Chez les espèces marines, deux individus peuvent partager une apparence générale très proche tout en appartenant à des lignées différentes. L’analyse génétique aide alors à éviter les confusions.
Les scientifiques soulignent aussi le caractère particulier des comatules antarctiques. « Bien que semblables à d’autres invertébrés océaniques, comme les étoiles de mer et les concombres de mer, les comatules se distinguent par leur grande taille et leur apparence d’un autre monde lorsqu’elles nagent », écrivent-ils.
Comment ces comatules se nourrissent-elles ?
Les longs bras de Promachocrinus ne servent pas à capturer de grosses proies. Ils permettent surtout de filtrer l’eau. De petites particules alimentaires restent retenues par les ramifications fines des bras, puis sont dirigées vers la bouche, située au centre du corps.
Ce mode d’alimentation explique l’apparence en plume de ces animaux. Chaque bras porte des prolongements latéraux qui augmentent la surface disponible pour intercepter les particules présentes dans l’eau. Dans les milieux profonds, où la nourriture peut être rare et dispersée, cette vaste surface de filtration représente un atout.
Un groupe très ancien
Les crinoïdes figurent parmi les animaux marins connus depuis très longtemps dans les archives fossiles. Ils apparaissent dès l’Ordovicien, une période géologique très ancienne. Leurs fossiles intéressent les spécialistes, car ils fournissent des indices sur les anciens environnements marins et sur l’évolution des échinodermes.
Leur corps central est nommé calice. Il abrite les organes internes. Chez certaines formes fixées, une tige constituée de petits éléments empilés relie l’animal au fond marin. Ces éléments peuvent se retrouver isolés dans les roches fossiles.
La recherche polaire vue depuis la France
La France participe aussi à la recherche scientifique en Antarctique. Les Terres australes et antarctiques françaises administrent notamment la Terre Adélie, territoire français situé sur le continent antarctique. L’Institut polaire français Paul-Émile-Victor organise et soutient des programmes de recherche dans les régions polaires, avec des équipes travaillant sur le climat, la biodiversité, l’océan ou la glaciologie.
Les observations réalisées dans les eaux antarctiques ont une portée qui dépasse la seule description d’une espèce spectaculaire. Elles améliorent la connaissance de la biodiversité marine dans une région soumise à de fortes contraintes environnementales : températures très basses, glace, saisonnalité extrême et profondeurs difficiles d’accès.
Les auteurs de l’étude, publiée dans la revue scientifique Invertebrate Systematics, estiment qu’un travail d’inventaire beaucoup plus vaste reste nécessaire. « Une étude complète sera indispensable pour acquérir ne serait-ce qu’une compréhension élémentaire de l’abondance de la vie dans les eaux antarctiques », concluent-ils.
L’expression « monstre marin » renvoie ici à une silhouette déroutante, pas à un danger pour l’être humain. Cette comatule illustre surtout l’ampleur des formes de vie qui demeurent mal connues sous la surface des océans polaires.


