- Jiaju a franchi la ligne d’arrivée du Tor des Géants à 3 h 55 du matin à Courmayeur, devenant le premier Asiatique vainqueur de l’épreuve.
- Il a bouclé les quelque 330 kilomètres et près de 24 000 mètres de dénivelé positif en un peu plus de 66 heures, selon le classement de l’organisation.
- Son parcours, d’ouvrier en Chine à chasseur de primes, contraste avec l’image du sportif sponsorisé et élargit le récit habituel de l’ultra-trail.
À Courmayeur, les rues étaient encore vides quand Jiaju a franchi la ligne du Tor des Géants à 3 h 55 du matin. Derrière lui, 330 kilomètres de sentiers valdôtains, des cols à répétition et une vie qui ne ressemble pas aux récits lisses des champions : ouvrier en Chine, puis chasseur de primes, il est devenu le premier Asiatique à remporter cette course hors norme.
Il faisait froid dans la nuit italienne, ce moment étrange où les bénévoles parlent bas et où les quelques spectateurs présents cherchent un visage dans l’obscurité. Jiaju est arrivé sans théâtre inutile, le corps marqué par des dizaines d’heures de montagne, avec cette démarche raide que connaissent les ultra-traileurs après avoir dépassé leurs propres limites. À 3 h 55, le chronomètre s’est arrêté et une page du Tor des Géants s’est tournée. On imagine les messages qui ont dû partir vers la Chine au même instant, les proches réveillés par une notification, les anciens collègues peut-être incrédules. *Certaines victoires commencent bien avant le coup de pistolet.* Celle-ci en est une.
À 3 h 55, une arrivée qui dépasse le simple résultat
Le Tor des Géants n’est pas une course que l’on gagne en accélérant dans les derniers mètres. C’est une épreuve de patience, presque une négociation permanente avec la fatigue, le froid, les douleurs et l’envie très humaine de s’arrêter quelques minutes de trop. Jiaju a dompté les sentiers du Val d’Aoste avec une régularité qui a fini par faire la différence. À l’arrivée, l’image était saisissante : un homme venu d’un autre continent, dans une petite ville alpine encore endormie, portant sur ses épaules un exploit que beaucoup jugeaient inaccessible. Les barrières tombent parfois dans le silence.
Avec ses quelque 330 kilomètres et près de 24 000 mètres de dénivelé positif, le Tor des Géants appartient à une catégorie à part dans le calendrier mondial de l’ultra-trail. Les coureurs traversent les vallées, grimpent au-dessus de 3 000 mètres, dorment peu et mangent comme ils peuvent dans les bases de vie. Jiaju a bouclé l’aventure en un peu plus de 66 heures, selon le classement de l’organisation. Ce chiffre donne le vertige, mais il ne raconte pas tout : deux nuits dehors, des pieds gonflés, les descentes qui brûlent les quadriceps et cette solitude que même les encouragements ne font pas disparaître.
Sa victoire compte aussi parce qu’elle déplace le regard. L’ultra-trail de très haut niveau reste souvent raconté à travers les mêmes nations, les mêmes marques, les mêmes visages installés dans le paysage depuis longtemps. Voir Jiaju s’imposer offre un autre récit, plus rugueux, moins attendu. Son parcours professionnel, fait de travail manuel puis de chasse aux primes, contraste avec l’image parfois confortable du sportif sponsorisé dès ses débuts. Soyons honnêtes : personne ne fait vraiment cela tous les jours. Construire une endurance pareille demande du talent, mais aussi une capacité rare à avancer quand la journée a déjà été lourde.
Le parcours d’un homme habitué à tenir quand les autres ralentissent
Il serait facile de transformer Jiaju en héros parfait, arrivé de nulle part pour terrasser la montagne. La réalité semble plus intéressante : les années de travail forgent souvent des réflexes très concrets, comme gérer son énergie, accepter l’inconfort ou poursuivre une tâche sans attendre d’applaudissements. Sur un ultra, cette économie mentale vaut parfois autant qu’une séance de fractionné. Le coureur ne lutte pas seulement contre les autres ; il doit régler son allure, boire avant la soif, manger avant d’avoir faim et ne pas céder au chaos intérieur. Une méthode simple, sur le papier. Terriblement difficile sur le terrain.
Pour les amateurs qui regardent cette victoire avec admiration, la leçon n’est pas de copier son volume d’entraînement ou de partir courir deux nuits d’affilée. L’action la plus utile est beaucoup plus modeste : apprendre à durer. Une sortie lente chaque semaine, un peu de dénivelé, un test de matériel sous la pluie et une vraie récupération posent des bases solides. Le Tor des Géants rappelle que la préparation ne se joue pas dans une publication spectaculaire, mais dans les habitudes discrètes. Préparer son sac la veille, connaître ses ravitaillements, accepter de marcher dans une montée : ce sont ces détails qui sauvent une course.
L’erreur fréquente consiste à croire que les grands résultats naissent d’une volonté surhumaine, comme si souffrir davantage suffisait à devenir meilleur. Beaucoup de coureurs se reconnaîtront dans cette tentation : on rate une séance, on culpabilise, puis on essaie de compenser trop vite. Jiaju raconte plutôt la valeur d’une endurance construite dans le temps, avec une forme de sobriété. Son arrivée à Courmayeur ne dit pas que chacun doit se faire violence ; elle montre que la persévérance prend des visages très différents, parfois loin des projecteurs et des discours bien calibrés.
Une victoire chinoise, un signal pour toute la communauté du trail
Le succès de Jiaju résonne forcément au-delà de la Chine et de l’Italie. Il rappelle que les courses de montagne deviennent un langage commun : on ne parle pas tous la même langue à une base de vie, mais un bol de soupe chaude, une frontale qui faiblit ou une descente trop longue racontent la même histoire. Les athlètes asiatiques sont déjà présents sur de nombreuses épreuves internationales, avec des communautés de traileurs en pleine expansion. Cette première victoire asiatique au Tor des Géants peut donner une visibilité nouvelle à ce mouvement. Et peut-être encourager des jeunes coureurs qui ne se voyaient pas encore à cette place.
Il faut aussi garder une part de lucidité. Une course de 330 kilomètres ne se résume jamais à une morale facile sur le mérite ou le courage. Il y a les conditions météo, le soutien des équipes, les choix alimentaires, le sommeil, l’expérience de la haute montagne et une dose d’incertitude impossible à éliminer. C’est précisément ce qui rend l’exploit de Jiaju si parlant : il n’a pas gagné contre un décor, mais au cœur d’un système complexe où le moindre mauvais calcul se paie des heures plus tard. **La montagne ne distribue pas les récompenses à l’avance.**
Dans l’ultra-trail, les meilleurs conseils tiennent souvent dans quelques mots, presque banals, que l’on comprend vraiment après une mauvaise nuit dehors. Jiaju vient d’ajouter à cette sagesse une trajectoire qui échappe aux cases habituelles.
« On ne gagne pas une course aussi longue sur un seul moment fort : on la traverse décision après décision. »
- Partir à une allure que l’on peut réellement tenir, même lorsque l’enthousiasme pousse à accélérer ;
- Manger et boire avant que la fatigue ne transforme un petit oubli en grosse crise ;
- Accepter de marcher, de douter, puis de repartir sans faire de ce doute une défaite.
Ce que l’arrivée de Jiaju raconte de nos propres lignes d’arrivée
Nous connaissons tous ce moment où une tâche semble trop longue : une journée de travail qui déborde, un projet laissé de côté, une période où l’on avance sans voir clairement le bout. La victoire de Jiaju ne prétend pas comparer ces réalités à 330 kilomètres dans les Alpes. Elle rappelle plutôt une chose très simple : les grandes distances se réduisent parfois à la prochaine action utile. Un pas, une gorgée d’eau, un virage, puis un autre. Son histoire d’ouvrier devenu chasseur de primes, puis vainqueur du Tor des Géants, parle de cette capacité à ne pas laisser son point de départ décider seul de son arrivée.
À 3 h 55 du matin, Courmayeur a vu bien plus qu’un coureur franchir une arche. Elle a vu un continent entrer dans le palmarès d’une course mythique, et un itinéraire de vie improbable devenir une source d’élan pour d’autres. **Jiaju n’efface pas les difficultés de son parcours ; il leur donne une autre lumière.** Dans les clubs de trail, sur les sentiers chinois, italiens ou français, son nom circulera désormais avec une question discrète : jusqu’où peut-on aller quand on cesse de se définir par ce que l’on était hier ?
| Point essentiel | Détail | Valeur ajoutée pour le lecteur |
|---|---|---|
| Une victoire historique | Jiaju est devenu le premier coureur asiatique à remporter le Tor des Géants, avec une arrivée à 3 h 55 à Courmayeur. | Comprendre pourquoi ce résultat dépasse largement le classement sportif. |
| Une épreuve extrême | Le Tor des Géants propose environ 330 kilomètres et près de 24 000 mètres de dénivelé positif dans le Val d’Aoste. | Mesurer concrètement l’ampleur physique et mentale de l’exploit. |
| Une leçon de régularité | Son parcours rappelle l’utilité de l’allure, de la récupération, de l’alimentation et des habitudes simples. | Retenir des repères applicables à la course comme aux défis du quotidien. |


