Dans le sud de la Chine, 86 000 véhicules passent chaque jour : cette route maritime réserve aussi une halte culturelle

En bref
Dans la baie chinoise, une liaison routière relie deux pôles économiques en combinant ouvrages maritimes, passage sous l’eau et accueil du public.
L’essentiel en 3 points
  • La liaison relie les deux rives de la vaste baie de Guangdong-Hong Kong-Macao. Avant son ouverture, les conducteurs devaient contourner une partie de la baie. Le parcours pouvait approcher deux heures selon les conditions de circulation.
  • La structure revendique dix records mondiaux, selon les médias chinois. L’un des plus marquants concerne son pont suspendu reposant sur des pylônes en acier. Il est présenté comme le plus long de ce type au monde.
  • La section immergée s’étend sur près de 7 kilomètres. Avec ses 46 mètres de largeur maximale, elle figure parmi les tunnels sous-marins en acier et béton les plus larges jamais construits. Huit voies y absorbent le trafic dans…

Sur le papier, le trajet ressemble à un défi difficile à imaginer. Les automobilistes roulent d’abord au-dessus de la mer, puis s’enfoncent dans un tunnel immergé avant de retrouver l’air libre. Cette infrastructure de 24 kilomètres, mise en service dans le sud de la Chine, a profondément changé les déplacements entre Shenzhen et Zhongshan, deux villes majeures de la région.

Un trajet ramené de deux heures à une demi-heure

La liaison relie les deux rives de la vaste baie de Guangdong-Hong Kong-Macao. Avant son ouverture, les conducteurs devaient contourner une partie de la baie. Le parcours pouvait approcher deux heures selon les conditions de circulation.

La nouvelle route réduit ce temps à environ 30 minutes. Un gain considérable pour les salariés, les entreprises de logistique et les voyageurs qui se déplacent entre les zones industrielles et les centres urbains de cette région très peuplée.

Sur 24 kilomètres, le trajet associe deux grands ponts, deux îles artificielles et un tunnel sous-marin à huit voies.

Le péage est annoncé autour de 10 euros. Il donne accès à la route G2518, pensée comme un axe rapide entre les deux bassins économiques. L’ouvrage ne se limite pas à une succession de viaducs : les ingénieurs ont dû composer avec les courants, les tempêtes, le trafic maritime et la faible profondeur de certains secteurs de la baie.

Un ensemble qui cumule les records techniques

La structure revendique dix records mondiaux, selon les médias chinois. L’un des plus marquants concerne son pont suspendu reposant sur des pylônes en acier. Il est présenté comme le plus long de ce type au monde.

Son ancrage impressionne tout autant. Les fondations ont nécessité 344 000 mètres cubes de béton. Cette masse sert à maintenir les câbles du pont et à résister aux forces exercées par le vent, les vibrations et le passage quotidien de milliers de véhicules.

Les essais ont aussi porté sur les rafales extrêmes. L’ouvrage a supporté des vents atteignant 83,7 mètres par seconde lors des tests de résistance. Cela correspond à près de 300 kilomètres par heure. Dans une zone régulièrement touchée par des épisodes tropicaux, cette donnée n’a rien d’anecdotique.

Pourquoi la route alterne pont et tunnel

Construire uniquement des ponts aurait gêné les grands navires qui empruntent la baie. Un tunnel sur toute la longueur aurait, lui, représenté une opération encore plus complexe et coûteuse. Le choix d’un tracé mixte répond donc à plusieurs contraintes.

  • Les ponts permettent de franchir les parties les moins profondes.
  • Le tunnel laisse un passage libre aux navires sur une zone maritime stratégique.
  • Les îles artificielles assurent la transition entre les sections aériennes et la partie immergée.
  • L’ensemble limite le détour routier autour de la baie.

Ces îles ne sont pas de simples plateformes techniques. Elles accueillent des équipements indispensables à la circulation, à la ventilation et à l’entretien de l’axe. L’une d’elles possède aussi une fonction inattendue pour une autoroute.

Un tunnel sous la mer surveillé par 14 robots

La section immergée s’étend sur près de 7 kilomètres. Avec ses 46 mètres de largeur maximale, elle figure parmi les tunnels sous-marins en acier et béton les plus larges jamais construits. Huit voies y absorbent le trafic dans les deux sens.

Un tunnel immergé ne se creuse pas comme un tunnel ferroviaire dans une montagne. Les équipes fabriquent généralement d’immenses éléments en béton et en acier, les transportent par flottaison, puis les immergent avec précision dans une tranchée préparée au fond de l’eau. Les éléments sont ensuite raccordés et étanchéifiés.

La sécurité constitue le point le plus sensible de ce type d’ouvrage. Un accident, un véhicule immobilisé ou un départ de feu peut rapidement perturber la circulation dans un espace fermé. La route chinoise utilise donc 14 robots chargés de patrouiller et d’observer la circulation en temps réel.

Les robots peuvent repérer une anomalie, relayer une alerte et participer à la gestion d’une évacuation d’urgence.

Le système d’extraction des fumées a aussi été conçu pour réagir rapidement en cas d’incendie. Les responsables du projet annoncent une efficacité supérieure de 42 % à celle de dispositifs plus classiques. Dans un tunnel routier, l’évacuation des fumées est déterminante : elles réduisent la visibilité et représentent souvent le danger principal pour les automobilistes.

Un trafic déjà très dense

Moins d’un an après l’ouverture, la route accueille environ 86 000 véhicules par jour en moyenne. Lors des périodes de forte affluence, le nombre de passages a dépassé 181 000 sur une seule journée.

Les cars express ont aussi trouvé leur public. Ils ont transporté près de 3 millions de voyageurs, favorisant les déplacements touristiques et professionnels entre les villes de la baie. Durant la fête nationale chinoise, le tourisme local aurait progressé de 102 %.

Longueur totale 24 kilomètres
Temps de parcours Environ 30 minutes
Ancienne durée estimée Près de deux heures
Trafic quotidien moyen 86 000 véhicules
Partie sous-marine Près de 7 kilomètres
Largeur du tunnel 46 mètres
Surveillance automatisée 14 robots

Une île artificielle pensée comme une créature légendaire

La partie la plus étonnante du parcours se trouve sur l’île artificielle située à l’ouest. Elle abrite un musée consacré aux grands chantiers maritimes et aux techniques utilisées pour bâtir des ouvrages en mer. L’espace d’exposition couvre environ 2 200 mètres carrés.

L’île elle-même s’étend sur 137 000 mètres carrés. Vue du ciel, sa forme évoque le Kunpeng, une créature de la tradition chinoise capable de se transformer d’un poisson géant en oiseau immense. Ce choix architectural donne une dimension culturelle à un site d’abord conçu pour répondre à une nécessité routière.

La présence d’un musée au cœur d’une infrastructure de circulation illustre aussi un changement d’approche. Le chantier devient un lieu de médiation : les visiteurs peuvent mieux comprendre le rôle des fondations, des caissons immergés, des systèmes de ventilation et des dispositifs de surveillance.

Pour les usagers, cette route reste avant tout un raccourci. Pour les ingénieurs, elle sert de vitrine technologique. Et pour les villes reliées par la baie, elle crée un axe supplémentaire dont les effets se mesurent déjà sur les trajets quotidiens, les transports collectifs et la fréquentation touristique.


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